Qu’est-ce que le FNLC-UC qui a menacé les non-Corses ?
Une conférence de presse dans la plus pure tradition du FLNC, plus vu depuis dix-huit mois. Un drapeau corse pour couvrir une table qui sert de pupitre, des hommes cagoulés dans une pièce aux murs en pierre et des armes lourdes et automatiques exhibées. Avec pour seule presse présente le journal Corse Matin, ces militants sont venus dire leur désaccord avec le projet d’autonomie de la Corse, annoncé en septembre 2023 par Emmanuel Macron, et actuellement étudié au parlement. Aussi, ce groupe clandestin indépendantiste Front de libération nationale corse - Union des Combattants (FLNC-UC) a menacé les « envahisseurs ».
Comprenez : les Français qui viennent s’installer en Corse, ou pire, venus y acquérir une résidence secondaire. « En attendant que nos droits nationaux soient reconnus et respectés, nous n’avons qu’un message à leur adresser : restez chez vous », « et dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national », avertissent-ils. Pourquoi une telle conférence de presse ? D’où vient le FLNC-UC ? Ont-ils les moyens de leurs menaces ? 20 Minutes fait le point.
Qu’est-ce que le FLNC-UC ?
Le mouvement indépendantiste corse a connu - et connaît encore - de nombreuses scissions et recompositions. Ainsi, le FLNC-UC - pour Union des combattants - est né le 23 décembre 1999 de la fusion de plusieurs groupes issus de l’ex-FLNC : le FLNC Canal Historique, Clandestinu, Fronte ribellu et le FLNC du 5-Mai, rejoints en août 2003 par Resistenza Corsa.
Ces fusions ont mis un terme à une décennie de rivalités sanglantes entre factions nationalistes, après une première scission au début des années 1990 entre FLNC Canal habituel, favorable à une voie négociée, et le FLNC Canal historique. Dans ce processus, l’assassinat du préfet Erignac en 1998, certes jamais revendiqué par le FLNC, avit pu être interprété comme une tentative de ressouder les différentes factions.
En juin 2014, après quinze ans de lutte armée, le FLNC-UC annonce son processus de démilitarisation et une sortie progressive de la clandestinité. Une démilitarisation relativement brève. En mars 2023, le FLNC-UC revendique avec le FLNC du 22 octobre, « une nuit bleue » avec 45 explosions, visant un centre des impôts désaffecté d’Ajaccio et des résidences secondaires.
Pourquoi cette conférence de presse ?
Un spécialiste de la sécurité en Corse interrogé par l’AFP sous couvert d’anonymat rappelle que cette communication du FLNC, qui a marqué ses cinquante ans d’existence en mai dernier, intervient juste avant les journées internationales de Corte (Haute-Corse), organisées samedi et dimanche par le parti indépendantiste et pro-lutte armée Nazione.
Ces journées réunissent les voix indépendantistes guyanaise, martiniquaise, guadeloupéenne, comorienne, calédonienne, catalane et basque. « Pour les militants, il faut marquer le coup mais on considère que c’est un communiqué plus politique que l’ouverture d’une campagne d’action violente », a estimé cet expert. Comme lors de leur précédente conférence de presse clandestine en janvier 2024, ils estiment que le projet de loi constitutionnelle, qui doit être examiné au Sénat en octobre, « aboutit à la négation de l’existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ». Ils annoncent être « déjà dans l’après-Beauvau ».
Pour mémoire, les nationalistes corses dénoncent ce texte de loi, et y voit une « décentralisation améliorée, une autonomie au rabais », l’Etat français ayant notamment refusé la création d’un statut de résident corse, et la co-officialité de langue corse avec la langue française.
Ont-ils les moyens de leur menace ?
Pour Thierry Dominici, politologue à l’université de Bordeaux, spécialiste des mouvements nationalistes, si ces menaces peuvent impressionner, elles sont « finalement moins agressives que dans les années 1980 où l’on s’attaquait directement aux “colons” comme ils disaient avec des courriers nominatifs et les fameux "valise ou cercueil", les tags IFF (I Francesi Fora, "les Français dehors"), etc... ».
« C’est une phrase qui doit servir d’accroche pour les médias » mais cette communication « vise davantage l’échelon local que national : ils sont dans une quête de légitimité au sein de la base militante nationaliste », a-t-il estimé auprès de l’AFP.
Notons enfin que les actions violentes du FLNC, hors règlement de compte internes, ont presque toujours ciblé les biens plutôt que les personnes.