Qu’est-ce que la mouvance True Crime Community qui fascinerait le collégien d’Aubagne ?
France 13/10/2026 19:30 Actualisé le 13/10/2026 20:07
L’élève de 14 ans qui a tiré sur un principal et une enseignante adhérerait à la True Crime Community. La mouvance est présente depuis quinze ans en France.

MIGUEL MEDINA / AFP
Le collège Lakanal, à Aubagne, où un collégien de 14 ans a tiré sur un principal et une enseignante lundi 12 octobre 2026.
EN BREF
• Un collégien d’Aubagne, impliqué dans une fusillade, serait lié à la True Crime Community (TCC), une mouvance glorifiant les auteurs de tueries de masse.
• La TCC, active en France depuis 15 ans, est un écosystème numérique incitant à la violence, avec des racines remontant à la tuerie de Columbine.
• Le phénomène, en expansion, est principalement masculin. Il peut être associé au masculinisme ou à l’ultra-droite, selon des rapports récents.
L’IA au HuffPost.
Un point de départ dans l’enquête sur la fusillade au collège d’Aubagne. Les premières investigations mettent en évidence « la probable adhésion à la mouvance True Crime Community » du collégien de 14 ans, qui a tiré sur un principal et une enseignante lundi, a fait savoir le parquet national antiterroriste (Pnat), ce mardi 13 octobre.
Le parquet définit la mouvance, aussi connue sous l’acronyme TCC, comme « un écosystème de communautés numériques qui glorifie les auteurs de tuerie de masse et incite, dans certaines formes, au recours à la violence extrême ». Le HuffPost fait le point sur ce que l’on sait de la mouvance et de l’état de la menace dans l’Hexagone.
• Une mouvance apparue avec la tuerie de Columbine aux États-Unis
La mouvance existe depuis la fin des années 1990, mais est identifiée depuis moins d’une vingtaine d’années sur le territoire français. Le phénomène « est apparu avec la tuerie de Columbine (Colorado) en avril 1999 », retrace le premier rapport dédié au sujet en France et publié par l’association Point de Contact en juin dernier.
L’association de lutte contre les cyberviolences souligne que la mouvance rassemble des individus particulièrement fascinés par « les tueries planifiées en milieu scolaire ». La tuerie du lycée de Columbine aux États-Unis en 1999, où deux adolescents de 17 et 18 ans avaient abattu douze camarades et un professeur, et son retentissement médiatique ont constitué le point de départ de ce phénomène d’émulation d’attaques centré sur les écoles.
« On parlait à l’époque d’effet Columbine puis de TCC à partir de la fin des années 2010 parce qu’il y a eu une communautarisation de gens qui se sont intéressés au sujet », complète auprès du HuffPost Alexandre Rodde, chercheur spécialisé dans les questions de terrorisme et d’extrémisme violent et co-rédacteur du rapport de Point de Contact.
Aux États-Unis, la mouvance a mené à plusieurs attaques ayant fait des morts, mais aussi à des cas d’enlèvements de mineurs. La mouvance s’est ensuite étendue en Europe et est aujourd’hui globale.
• Une communauté jeune qui s’est établie en ligne
Les individus qui adhèrent à la mouvance ont pour particularité de beaucoup échanger en ligne. La TCC s’est établie sur des réseaux sociaux variés au fil des décennies comme Tumblr, TikTok, Discord, Telegram ou encore Pinterest.
« Dans cet espace, certains utilisateurs produisent ou partagent des récits et des représentations de violences de masse, tandis que l’ensemble de la communauté valorise et esthétise les auteurs et actes de ce type de violence », décrit le rapport de Point de Contact. « Parmi ceux-là, certains cherchent à émuler les auteurs de tueries en milieu scolaire en passant à l’acte », note-t-il.
D’après le rapport, il est fréquent, depuis la pandémie de Covid-19, pendant laquelle la mouvance s’est consolidée, de retrouver des attaques planifiées en milieu scolaire « dont les auteurs fréquentaient les mêmes espaces en ligne ».
« Ce sont principalement des adolescents ou des jeunes adultes qui passent à l’acte. C’est un milieu qui est majoritairement masculin, mais qui voit quand même une féminisation progressive du mouvement », ajoute Alexandre Rodde.
• Des questionnements sur les liens avec l’ultra-droite et la mouvance incel
La mouvance a également été identifiée dans un rapport du Sénat, publié en juin, qui a, lui, fait le lien entre la TTC et le masculinisme. Dans une contribution écrite transmise aux rapporteures, la DGSI a souligné « une réelle proximité entre la mouvance incel et les mouvances d’ultra-droite mais également avec la True Crime Community ». « Ces deux univers partagent des caractéristiques aussi bien idéologiques que dans leurs modalités d’expression », a-t-elle fait savoir.
Selon le renseignement français, la TCC pourrait avoir été favorisée, ces dernières années, par le masculinisme, considéré comme « un excellent marchepied » pour la mouvance.
« On peut retrouver une esthétique d’ultra-droite, mais ce n’est pas un milieu qui est idéologisé particulièrement. Ce qui les intéresse, c’est la provocation et la violence, nuance Alexandre Rodde. Quant au masculinisme, ça n’est pas forcément non plus très adapté car on a aussi des femmes auteures de tels faits. »
• Une mouvance bien présente en France
Selon l’association Point de Contact, la mouvance connaît « une montée en puissance » en France, en raison de la multiplication d’attaques ces dernières années et de leur diffusion géographique sur des départements variés, et ce malgré la stricte réglementation des armes.
« Il y a une montée des attaques à travers le monde, et en France. La mouvance fait partie de la diversification récente qu’on a observée dans le paysage sécuritaire et constitue une menace qui évolue vite, mais qui reste mineure », résume le spécialiste Alexandre Rodde.
Entre 2008 et 2026, le rapport a comptabilisé huit attaques dans des établissements scolaires, « dont six depuis 2024 ». « Au moins six ont été déjouées », est-il ajouté. L’année 2025 a connu une expansion majeure du phénomène, avec la mort d’une élève de 17 ans au lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides, à Nantes, tuée par un camarade.
Judiciairement, c’est toutefois la première fois que le lien est fait directement, avec la fusillade du collège d’Aubagne, entre un passage à l’acte et un profil adhérent à la mouvance, avec la saisine par le Pnat ce mardi. Jusqu’ici, la mouvance n’était citée que parmi d’autres composantes dans le parcours vers des actes violents. « Ce type de violence est très récent, les services de sécurité intérieure s’y adaptent », a assuré le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
« Il y a un problème d’identification, on a déjà eu des attaques assez marquées et claires », estime, quant à lui, Alexandre Rodde. Son rapport met en avant que « le jeune âge des auteurs, les difficultés de qualification et la mauvaise compréhension du sujet dans le débat public ont donc très probablement entraîné une minimisation de la menace posée par ce phénomène ».