PVT en Australie : le projet de tirage au sort inquiète le tourism...
Hôteliers et acteurs du tourisme demandent davantage de visibilité aux autorités

Un projet de tirage au sort pour accéder aux 2e et 3e années du Programme Vacances-Travail (PVT) ou Working Holiday Visa (WHV) a été annoncé en septembre dernier - Photo : WeTravelAustralia
En cuisine, au bar, dans l’hébergement ou l’événementiel, une vingtaine de backpackers travaillent actuellement pour North Coast Hotel Group, sur la côte nord de la Nouvelle-Galles du Sud.
Selon son directeur Harry Barry, le groupe en a employé environ 80 au cours des deux dernières années.
Ils participent à l’accueil de milliers de visiteurs chaque semaine. « Ils restent plusieurs mois, travaillent sur place et dépensent sur place », souligne l’hôtelier, également administrateur de Destination North Coast.
Leur présence intéresse aussi les professionnels français qui vendent l’Australie : leurs clients sont accueillis par ces équipes.
Aussi, le débat actuel sur les visas vacances-travail touche ainsi au fonctionnement des entreprises touristiques régionales et à leur capacité à préparer les prochaines saisons.
Un tirage au sort pour prolonger le séjour
Pour rappel, le 17 septembre 2026, le ministre de l’Intérieur australien Tony Burke, a annoncé un projet de tirage au sort pour accéder aux deuxième et troisième années du programme Working Holiday Maker, qui couvre les visas 417 et 462.
Les plafonds annoncés sont de 45 000 places pour la deuxième année et de 5 000 pour la troisième. À titre de comparaison, le ministre évoquait respectivement 57 000 et 31 000 personnes ayant rempli les conditions l’année précédente.
Le travail éligible exigé pour ces prolongations resterait nécessaire, mais donnerait accès au tirage sans garantir une année supplémentaire. Le gouvernement inscrit cette mesure dans sa volonté de maîtriser les flux migratoires et de laisser le temps à l’offre de logements de progresser.
Interrogé par TourMaG, Home Affairs, le ministère de l'Intérieur australien, a précisé le 16 octobre dernier que les modalités de mise en œuvre étaient encore en préparation et que les critères d’éligibilité restaient inchangés à cette date.
Aucun calendrier de lancement n’a été donné. Le ministère a également confirmé que les ressortissants britanniques seraient exclus du tirage au sort.
Des salariés qui restent aussi des voyageurs
Pour Peter Shelley, directeur général de l’Australian Tourism Export Council (ATEC), les inquiétudes concernent particulièrement les périodes de forte activité. « Nous sommes très préoccupés par ce que ces changements pourraient signifier pour les entreprises touristiques régionales, dont beaucoup dépendent fortement des Working Holiday Makers pour traverser leurs saisons les plus chargées », explique-t-il dans une réponse écrite à TourMaG.
Les deuxième et troisième années ont, selon lui, une valeur particulière : ces visiteurs apportent l’expérience acquise pendant leurs précédents séjours, tout en continuant à voyager et à dépenser dans les communautés régionales. Une diminution de leur nombre pourrait donc affecter les équipes, comme la clientèle.
L'ATEC demande une modélisation des conséquences et une concertation avec le secteur.
L’Australian Hotels Association (AHA) soulève une autre difficulté. Son directeur général national, Stephen Ferguson, estime que certains jeunes pourraient renoncer à plusieurs mois de travail en région si leur prolongation dépend ensuite du hasard. Harry Barry partage cette inquiétude : « Pourquoi remplacer cela par une loterie ? »
L’hôtelier réclame aussi l’élargissement des zones éligibles aux prolongations, pour inclure les emplois du tourisme et de l’hôtellerie-restauration à Coffs Harbour et Grafton. Cette demande concerne le zonage existant, indépendamment du futur tirage au sort.
Des départs français déjà difficiles à anticiper

Maïtena Hernandez - Photo : My Little France
À ces inquiétudes sur les prolongations s’ajoutent des difficultés pour rejoindre l’Australie. Maïtena Hernandez, fondatrice de My Little France, accompagne les jeunes Français dans leur installation et dirige également une entreprise touristique employant des backpackers.
Elle situe les premières répercussions sur son activité à la fin juillet, avant l’annonce de septembre : des clients attendent en France leur visa, ce qui complique l’organisation des entreprises préparant leur arrivée.
Elle décrit un effet domino, les petites structures en contact direct avec ces voyageurs, ressentant les difficultés avant d’autres acteurs du tourisme. « Les petites entreprises n'ont pas de visibilité », souligne-t-elle. Lorsque l’attente se prolonge, elle redoute que certains jeunes envisagent une autre destination ou un autre projet professionnel.
Mais Maïtena Hernandez distingue ce problème immédiat de l’incertitude sur les futures prolongations. Dans un communiqué daté du 8 octobre, le Backpacker & Youth Tourism Industry Panel (BYTAP) alertait également sur les conséquences des délais pour l’image de l’Australie à l’étranger.
L’organisation demande davantage de transparence, une campagne internationale de communication et de promotion, ainsi qu’un réexamen du projet de tirage au sort.
Lire aussi : RWC 2027 : le rugby rebat déjà les cartes du marché français de l’Australie
Un délai moyen de trois mois annoncé par le ministère
Dans sa réponse du 16 octobre à TourMaG, le Home Affairs a confirmé la reprise du traitement des demandes WHM déposées hors d’Australie pour les nationalités soumises aux exigences de travail éligible pour les prolongations.
Le ministère a indiqué un délai moyen d’environ trois mois, pour les visas 417 et 462, Français inclus. Cette moyenne ne garantit pas un délai individuel.
Il recommande également d’attendre l’octroi du visa avant de réserver des vols ou de prendre des engagements de voyage. Pour les professionnels français accompagnant ces départs, ce repère invite à anticiper les démarches, tout en distinguant les conditions actuellement applicables des modalités encore en préparation.
Les retards décrits depuis juillet et les risques soulevés pour les prochaines saisons relèvent de deux sujets différents : les premiers sont déjà ressentis par certains acteurs, les seconds restent des conséquences possibles de la réforme.
Pour Harry Barry, la contribution de ces jeunes se prolonge même après leur départ. De retour chez eux, ils racontent les villes où ils ont vécu, les personnes rencontrées et leurs expériences. Il y voit un bouche-àoreille précieux pour les destinations régionales.
Ces voyageurs prennent le temps de connaître une autre Australie, puis donnent à d’autres l’envie de la découvrir.
Lire aussi : "Green is Our Gold" : en Australie, la durabilité devient un argument touristique majeur

Sébastien Cros - Photo : SC
Sébastien Cros est journaliste indépendant et photographe basé en Australie, fondateur de WeTravelAustralia™.
Après vingt-cinq ans dans l'industrie touristique australienne, notamment comme Managing Director d'Across Australia (groupe Goway), il consacre désormais son écriture à des récits éditoriaux dédiés à la destination, à la croisée du storytelling, de la photographie et du regard de terrain.
Lu 337 fois
Notez
Dans la même rubrique :
