Que risque-t-on à consommer trop de protéines ?
Lise Abou Mansour
Publié le 19/08/2026 à 07h02 • Mis à jour le 19/08/2026 à 07h02
L'essentiel
- Les besoins en protéines augmentent chez les sportifs, mais au-delà d’un certain niveau, en consommer davantage apporte peu de bénéfices supplémentaires pour la prise de muscle.
- Si une consommation élevée ne semble pas endommager les reins chez les personnes en bonne santé, elle peut notamment provoquer des troubles digestifs, tandis que les poudres protéinées contiennent souvent de nombreux additifs.
- Surtout, certains compléments alimentaires peuvent être contaminés par des substances interdites, d’où l’importance de bien vérifier leur composition et leur provenance.
Skyr, Whey et mêmes pâtes protéinées… Les rayons des supermarchés sont envahis de produits hyperprotéinés. Depuis la mode de la musculation et du corps sculpté, la prot' est partout. « C’est une nouvelle mode alimentaire mais au niveau de la population, les besoins en protéine sont déjà suffisants », souligne le médecin nutritionniste Laurent Chevallier, auteur de Le Pouvoir fascinant de vos mitochondries (Editions Robert Laffont).
Les Français en consomment en moyenne 1,4 g par kilo de poids corporel et par jour, soit bien plus que le 0,83 g recommandé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Mais pour les sportifs ? « Le muscle a besoin d’acides aminés pour construire ses propres protéines », explique Catherine Coirault, directrice de recherche à l’Inserm. Pour une personne qui veut prendre de la masse musculaire, il y a donc une certaine logique à augmenter sa dose de protéines. « Mais en l’absence de sollicitations mécaniques, c’est-à-dire d’exercice physique, augmenter ses apports en protéines n’aura pas d’effet sur la croissance musculaire », prévient la directrice de recherche.
Un excès inutile, voire dangereux
Les sportifs ont donc besoin de plus de prot' que la moyenne. « Les personnes qui font du cardio de manière intensive peuvent monter à 1,5 g par kilo et par jour, et celles faisant beaucoup de sport de force, comme de la musculation, de manière intensive, peuvent aller jusqu’à 1,8 g voire 2 g par kilo de poids corporel par jour », considère Nicolas Aubineau, diététicien nutritionniste du sport et en clinique.
L’Anses considère comme élevé un apport supérieur à 2,2 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour. « Cela ne sert à rien de prendre trop de protéines, insiste le docteur Chevallier. Pour prendre du muscle, d’autres paramètres entrent aussi en compte comme l’oxygénation et l’hydratation. » Au-delà, pour la prise de muscle, les bénéfices supplémentaires semblent diminuer à mesure que les apports augmentent. A contrario, les éventuels risques liés à une consommation très élevée doivent être pris en considération.
Reins et tube digestif
Les acides aminés dont l’organisme n’a pas besoin sont métabolisés et leur azote est notamment éliminé sous forme d’urée dans les urines. Longtemps, une consommation élevée de protéines a été soupçonnée d’endommager les reins. Une hypothèse que nuance fortement Catherine Coirault. « Toutes les études sont concordantes : un excès de protéine n’est pas toxique pour les reins, sauf pour les personnes ayant déjà des pathologies rénales chroniques », insiste la directrice de recherche de l’Inserm.
Mais d’autres risques existent bel et bien. « Un apport trop important en protéine peut entraîner un surplus au niveau du tube digestif et donner lieu à une diarrhée ou à des ballonnements », souligne le diététicien nutritionniste du sport Nicolas Aubineau.
Un risque de contamination
Le médecin nutritionniste Laurent Chevallier a « rarement vu des apports excessifs en protéine par l’alimentation ». Certains sportifs se tournent alors vers des poudres protéinées, présentées comme un moyen simple d’augmenter leurs apports. Une supplémentation qui « n’est pas justifiée chez les sportifs » selon le médecin, mais qui, en plus, peut s’avérer dangereuse. Ces produits ultratransformés peuvent contenir une succession d’additifs, comme des édulcorants, des arômes ou des épaississants. Certains font aujourd’hui l’objet de recherches sur leurs effets à long terme.
Dans l’expertise collective de l’Inser, « Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif » publiée le 24 avril dernier, les chercheurs mettent en évidence un risque de contamination de certains compléments alimentaires par des substances interdites. Jusqu’à 58 % des échantillons étudiés pourraient ainsi contenir des substances à des concentrations susceptibles d’entraîner un contrôle antidopage positif. Parmi les substances retrouvées figurent notamment des stéroïdes anabolisants. « Ces molécules favorisent la croissance du muscle mais peuvent avoir des effets toxiques sur la santé », insiste Catherine Coirault. De quoi vérifier à deux fois le contenu de votre prochain shaker.