Prolonger le crédit d'impôt pour soutenir la presse écrite : "Il est minuit moins une"
Le 31 décembre 2026, le crédit d'impôt fédéral pour la distribution des journaux et magazines s'arrêtera. Ce mécanisme, qui ne compense déjà que partiellement la défunte concession postale, vient en soutien à la presse écrite depuis 2024, pour amortir un tant soit peu les coûts liés à l'acheminement des journaux dans les boîtes aux lettres des lecteurs.
Le fédéral doit décider en ce moment s'il prolonge ce soutien fiscal ou si tout s'arrête à la fin de cette année, comme prévu il y a deux ans. Ce qui serait une mauvaise nouvelle de plus pour le secteur.
La fin du crédit d'impôt ne menace pas que le secteur des médias : "Et les Wallons doivent se faire entendre"Le groupe Ecolo, soutenu au Parlement wallon par l'opposition PS et PTB, a à nouveau plaidé en séance plénière mercredi une proposition de résolution : il s'agit de demander au gouvernement wallon de "plaider instamment" auprès de l'Arizona pour une prolongation de ce crédit d'impôt. Ou de demander la convocation d'un comité de concertation (Codeco).
Le chef de groupe Ecolo Stéphane Hazée rappelle que la charge de cette distribution est particulièrement lourde en Wallonie. "C'est également les titres de presse francophones qui sont dans une situation économique nettement moins florissante que les titres de la presse néerlandophone, et cela donne donc un effet absolument spécifique en Région wallonne", souligne le député. D'où son initiative dans l'enceinte parlementaire wallonne, face au gouvernement d'Adrien Dolimont.

"Le non-renouvellement conduira immanquablement à des augmentations de prix pour les abonnés et abonnées, dans une mesure qui risque bien d'être extrêmement importante. Ils risquent de ne pas pouvoir suivre. Nous allons au devant d'un désastre. Et il est minuit moins une", maintient Stéphane Hazée devant l'assemblée wallonne.
"À chacun ses arbitrages"
Mais comme en commission 15 jours plus tôt, la majorité MR/Engagés ne soutiendra pas le texte, au motif principal que la Région n'a pas à intervenir dans les arbitrages du fédéral.
Olivier Maroy (MR) a été lui-même journaliste pendant 25 ans. "Le groupe MR partage une série de constats posés par Ecolo. La crise profonde de la presse, la survie de certaines éditions locales, et même de certains titres, tout ça nous préoccupe au plus haut point". Tout comme l'ère des fake news, les Gafam, etc.
guillementCe système a bénéficié à 22 éditeurs pour 20,5 millions, dont 11 pour la seule Wallonie.
La Wallonie est davantage concernée par le coût de la distribution, vu la moindre densité des habitants. Oui, d'ailleurs les montants du crédit d'impôt tiennent compte de la densité de population, rappelle Olivier Maroy. "Ce système a bénéficié à 22 éditeurs pour 20,5 millions, dont 11 pour la seule Wallonie", note le député MR.
"Mais la prolongation de ce crédit d'impôt relève d'un arbitrage budgétaire et fiscal qui ne nous appartient pas", rappelle-t-il dans la foulée.
Pas moins de 200 emplois pourraient être menacés dans les centres d'impression de Nivelles et de Beauraing, comme l'a rappelé le patron de Rossel Bernard Marchant dans l'enceinte même du Parlement wallon, lors du cocktail de rentrée de notre journal à la mi-septembre.
Le député a bien entendu le message du CEO, il était présent. Le président du Parlement wallon Willy Borsus a d'ailleurs lui-même pris la parole ce soir-là, pour exprimer son soutien au secteur.
De surcroît, "on ne reste pas sans rien faire", fait remarquer Olivier Maroy. Ainsi, la ministre des Médias à la Fédération Wallonie-Bruxelles Jacqueline Galant (MR) a écrit "de façon officielle" à Jan Jambon pour "relayer avec fermeté l'inquiétude du secteur et solliciter une prolongation du crédit d'impôt", fait-il remarquer. Et des auditions sont organisées au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur la presse.
Mais il persiste: la prolongation du crédit d'impôt n'est pas l'affaire de la Région.
"Le risque communautariser un peu plus le débat"
Mêmes arguments pour Les Engagés : "Mon groupe partage vos préoccupations. Nous faisons consensus sur le sujet. Je soutiens votre proposition sur le fond. Mais cette matière relève du fédéral, et non de la Wallonie", martèle à son tour Armelle Gysen.
"Les parlements régionaux n'ont aucun intérêt à fragiliser les arbitrages menés au niveau fédéral. À vouloir intervenir systématiquement dans ces débats depuis les Régions, on court le risque de les communautariser davantage, et par effet miroir, d'assister à l'émergence de positions flamandes et francophones qui pourraient progressivement accentuer la fracture communautaire", pose la députée, comme elle l'avait déjà fait en commission.
"Ce n'est pas aux députés régionaux d'adresser des injonctions normatives à l'ensemble du gouvernement fédéral."
Le député Stéphane Hazée ne voulait pas mettre son texte au vote dans un premier temps. Mais il dit avoir été "sidéré" de constater que l'exécutif wallon "ne s'emparait pas de la question".
guillementPourquoi ce qui a été possible quand il y a une menace sur tel ou tel avion qui serait retiré de l'aéroport de Charleroi, ne l'est pas quand un secteur est au bord du désastre?
La Région n'a pas à intervenir dans le débat fédéral ? Ça dépend du débat, manifestement, observe-t-il "Quand le fédéral a décidé d'ajouter une taxe sur un aéroport wallon, le gouvernement wallon est bien monté au créneau. Pourquoi ce qui a été possible quand il y a une menace sur tel ou tel avion (NDLR: la flotte de Ryanair) qui serait retiré de l'aéroport de Charleroi, ne l'est pas quand un secteur est au bord du désastre ? Le gouvernement n'est pas obligé de réussir. Mais ne pas agir, c'est une faute par rapport aux conséquences d'une inaction potentielle."
Au final, si Ecolo a bien été suivi par le PS et le PTB, la majorité MR/Les Engagés a préféré ne pas apporter son soutien au moment du vote, intervenu vers 21h30. Le texte est donc rejeté majorité (40 voix) contre opposition (29 voix).