« Je ne l’ai jamais vu seul »… Au tribunal, Rachida Dati prend ses distances avec Carlos Ghosn
Caroline Politi
Publié le 17/09/2026 à 23h36 • Mis à jour le 18/09/2026 à 00h31
L'essentiel
- Rachida Dati, soupçonnée d’avoir passé un pacte corruptif avec Carlos Ghosn, l’ancien PDG de Renault-Nissan, a longuement été entendue par le tribunal correctionnel de Paris.
- Pendant quatre heures, Rachida Dati s’est efforcée de démontrer que la mission qu’elle effectuait auprès de Renault relevait de ses fonctions d’avocates.
- Entre 2009 et 2013, Rachida Dati, qui était à l’époque avocate et députée européenne, a reçu 900.000 euros pour des prestations de conseil auprès d’une filiale de Renault-Nissan. La justice estime que cette somme cachait en réalité des activités de lobbying.
Au tribunal correctionnel de Paris,
On la connaissait mordante, éruptive, capable de coups de sang mémorables. Mais ce jeudi, devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Rachida Dati a montré un tout autre visage. Ses explications sur les soupçons de corruption et de trafic d’influence qui pèsent à son encontre sont livrées dans un demi-murmure difficilement audible tant elle parle vite. A de nombreuses reprises, la présidente, Claire Saas, est obligée de la reprendre : « parlez plus fort », « parlez bien dans le micro », « redites-moi ça moins vite »… Pour autant, Rachida Dati garde son calme, imperturbable, et reprend son explication là où elle l’avait laissée, avec le même débit.
Celle qui fut ministre de la Justice puis plus récemment de la Culture, est soupçonnée d’avoir touché 900.000 euros entre 2009 et 2013 pour faire illégalement du lobbying pour Renault au sein du Parlement européen, où elle était députée. Si elle reconnaît sans difficulté avoir signé une convention d’honoraires avec une filiale de Renault – RNBV – pour un tel montant, elle n’a eu de cesse de répéter tout au long de ces trois heures d’interrogatoire, que son rôle consistait uniquement à distiller des conseils d’ordre juridique pour « déterminer la stratégie du groupe sur son extension internationale », notamment au Maghreb et au Moyen-Orient. « J'ai exercé comme avocate », insiste-t-elle.
« Il n’y a jamais eu de contacts directs »
Rachida Dati cherche avant tout à démontrer que la convention d’honoraires au cœur du dossier n’avait rien d’un contrat signé sur un coin de table avec Carlos Ghosn. D’ailleurs, précise-t-elle, « le contrat avait été relu par le service juridique de Renault ». L’ancien PDG de Renault, soupçonné d’être l’autre moitié du « pacte corruptif », n'est pas présent pour s'expliquer: exilé au Liban, il a refusé de comparaître.
Rachida Dati jure ne jamais l’avoir « rencontré en tête à tête » ni avoir eu des « contacts directs ». « Il était très exigeant, jamais je ne l’ai vu seul, ce n’était pas quelqu’un dans l’empathie », insiste-t-elle. Elle en donne pour preuve cette fois où elle a dû laisser sa fille, hospitalisée, seule quelques heures pour faire un compte rendu à Carlos Ghosn. A l’en croire, le magnat de l'automobile n’avait qu’un mot à la bouche : « les résultats ».
« Je ne peux pas tout garder »
Mais comment alors expliquer qu’il existe si peu d’éléments objectivant son travail ? « Mon client ne souhaitait pas de compte rendu écrit, je me suis conformée à ses exigences », assure-t-elle. La convention d’honoraires prévoyait pourtant un bilan annuel. Elle affirme l'avoir fait en 2010 mais à partir de 2011, le groupe automobile est secoué par « l’affaire des espions » – un scandale de fausses accusations d’espionnage industriel cachant une escroquerie – et Carlos Ghosn « ne demande que des comptes rendus oraux ».
Quid des notes sur ses recherches, des documents attestant de rendez-vous…, interroge la présidente. Autant d'éléments qui auraient pu permettre de matérialiser son activité pour Renault. « Je ne peux pas tout garder et ce n’est pas une infraction pénale », rétorque Rachida Dati. Reste que les rares traces retrouvées sont en lien avec le Parlement européen. Le parquet a notamment retenu à son encontre trois questions écrites liées au secteur automobile. « Sur le parlement européen, je n’y vais pas tant que ça », balaye-t-elle.
Si l’audience s’est arrêtée avant que les avocats et le ministère public puissent poser leurs questions – ils le feront lundi – les débats qui se sont tenus plus tôt dans la journée sur la recevabilité des parties civiles ont donné un avant-goût de la teneur de leurs arguments. « L’univers dans lequel évolue Carlos Ghosn et Rachida Dati est un univers stérile, il n’y a aucun document », a tempêté Me Kami Haeri, l’un des conseils de Renault, accusant ses avocats de chercher à faire « dérailler l’audience ». Le ministère public ne s’est pas montré plus tendre. « Cela fait deux jours que la défense essaye de se faire passer pour une victime », a fustigé la procureure. Rachida Dati parviendra-t-elle à afficher le même calme lundi ?