Privatiser la gestion de quatre aéroports canadiens, une bonne…
Mark Carney a annoncé mardi son intention de privatiser les opérations des aéroports de Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver. Quel pourrait être l’effet de cette décision sur le prix des billets d’avion ? Sur la gestion des installations ? Sur les employés ? Le Devoir a discuté avec Jacques Roy, professeur émérite en gestion des transports à HEC Montréal. L’expert a réalisé, en 2019, une étude sur la privatisation des aéroports.
Que pensez-vous de l’annonce de Mark Carney ?
Il y a plusieurs modèles de gestion et il n’y en a pas un qui se distingue comme étant le meilleur. Certains aéroports sont publics, d’autres sont privés et s’en tirent quand même assez bien.
La solution pour améliorer la performance d’un aéroport et faire en sorte qu’il se démarque repose davantage sur son équipe de gestion, ses stratégies et ses compétences que sur son modèle de gouvernance.
Depuis 30 ans déjà, pour aller chercher un gain d’efficacité, nos aéroports au Canada sont gérés par des organismes à but non lucratif. La différence est qu’aujourd’hui, le gouvernement canadien veut en confier la gestion [à des investisseurs privés dans le but de faire des profits et de rentabiliser l’argent amassé].
Je ne recommande pas de privatiser, mais plutôt d’engager une personne indépendante ou un comité pour réexaminer les dépenses de ces quatre aéroports et émettre des recommandations. Comme ça, on saurait, en tant que contribuables, si ces aéroports sont bien gérés et si les projets [en cours] sont justifiés ou non.
Est-ce que c’est une pratique courante dans le monde ?
Oui, il y a de plus en plus [d’aéroports privés], surtout en Europe. Ce qu’on recherche en faisant cela, c’est d’aller chercher un financement qui est de plus en plus difficile à obtenir pour améliorer nos aéroports. Mais aussi avoir des gens compétents pour gérer ces derniers.
Quels sont les avantages de privatiser un aéroport ?
Le principal avantage, c’est que ça permet au gouvernement d’éviter d’investir des capitaux pour notamment améliorer les infrastructures, construire de nouvelles portes d’embarquement et faire des agrandissements. La motivation première est monétaire.
On cherche aussi à confier les opérations des aéroports à des équipes qui ont une expertise dans le domaine. Mais, si c’est ça l’objectif, c’est une forme de désaveu à l’endroit des gestionnaires actuels de nos aéroports canadiens.
Quels sont les inconvénients de privatiser un aéroport ?
Ce que l’on constate ailleurs dans le monde, c’est que les aéroports qui ont été privatisés, pour obtenir le rendement souhaité, ont dû augmenter les frais des voyageurs et des compagnies aériennes.
Les consommateurs doivent-ils s’attendre à une hausse du prix des billets ?
À mon avis, oui. À l’heure actuelle, les voyageurs [en partance de Montréal] doivent déjà payer 40 dollars plus taxes de frais d’amélioration aéroportuaire. Ce sont des frais en quelque sorte cachés dans le prix du billet d’avion. Et le seul moyen, selon moi, que cette somme n’augmente pas, c’est si les nouveaux gestionnaires sont trop efficaces.
Toutefois, il y a beaucoup de dépenses qui sont incompressibles. On ne peut pas prioriser le rendement au détriment de la sécurité en diminuant le nombre de camions de pompiers, par exemple.
Est-ce que changer le modèle de gestion va aider à ce qu’il y ait moins de vols annulés ?
Je ne crois pas. Peut-être qu’il y aura une meilleure coordination entre les différents intervenants, mais ça ne va pas empêcher des aléas climatiques, comme une tempête de neige.
Comment cette privatisation va-t-elle toucher les employés des aéroports ?
Il risque d’y avoir des changements en ce qui concerne certains dirigeants, mais ça ne risque pas de toucher l’emploi des personnes qui s’occupent de l’entretien ménager ou les commis au comptoir, par exemple. Cependant, il y aura certainement une renégociation des conventions collectives, puisque la gestion va changer.
Cette entrevue a été éditée à des fins de clarté et de concision.