"Prisoner 951" : le calvaire de Nazanin Zaghari-Ratcliffe dans les prisons des Mollahs

En 2016, Nazanin Zaghari-Ratcliffe (Narges Rashidi, sublime, qui porte le projet à bout de bras) et Gabriela, sa petite fille de 22 mois rendent visite à la famille, à Téhéran. Au moment de quitter l'Iran, la jeune mère est arrêtée par la police, sans aucune explication. Le bébé est confié aux grands-parents et commence alors pour l'Irano-Britannique un long cauchemar carcéral dont elle ne comprend ni les tenants, ni les aboutissants. À des milliers de kilomètres de là, son mari, Richard Radcliffe, après avoir espéré pendant quelques jours qu'il ne s'agissait que d'un terrible malentendu, doit se rendre à l'évidence : son épouse, détenue à l'isolement dans la prison d'Evin, ne rentrera pas. Accusée d'atteinte à la sécurité nationale et complot visant à renverser le régime iranien, elle est condamnée à cinq ans d'incarcération. Cinq longues années durant lesquelles Richard, ses parents, la famille Zaghari, des ONG et des sympathisants vont tout faire pour qu'elle retrouve la liberté. Cinq ans pendant lesquels elle ne verra sa fille que de loin en loin.

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Monnaie d'échange

D'abord il y a de la douceur. Celle d'une femme allaitant son bébé et murmurant des mots d'amour au téléphone. Dans quelques heures, elle retrouvera son mari, sa vie de famille, son métier. L'instant d'après, il y a la peur, l'incompréhension, la colère. Rarement on avait vu une bascule aussi intense et aussi brutale dans une mini-série. Sans violence, sans coups, sans cris, car ce n'est pas la peine d'en rajouter : ce qui se déroule là est suffisamment insensé. Le premier épisode de Prisoner 951 – ou comment déshumaniser une femme en la transformant un numéro – est étouffant, oppressant, de bout en bout. Nazanin, femme libre, doit se plier à toutes les humiliations, respecter des ordres abscons aboyés par des hommes.

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D'elle, bientôt, il ne reste plus rien. On la dépouille de ses bijoux, on cache son corps et ses cheveux sous des tissus, on cherche à vider son esprit et à atteindre son âme. La folie du régime des Mollahs entre en action et, face à elle, le gouvernement officiel ne peut rien. Dix ans plus tard – soit au début de cette année –, on verra les mêmes assassiner des milliers de manifestants dans les rues de Téhéran.

Reste la question du pourquoi ? En enquêtant, Richard Ratcliffe découvre que la Grande-Bretagne doit à l'Iran 400 millions de dollars. Un arriéré de paiement datant de la guerre Iran-Irak, dans les années 70, pour des chars commandés par le Shah et jamais livrés. Nazanin ne serait donc qu'une monnaie d'échange. Une thèse que les gouvernements successifs n'ont jamais reconnue. Toutefois, on apprendra que le montant a bien été versé, au moment même où Nazanin était autorisée à rentrer au Royaume-Uni.

Bien que légèrement adaptée pour les besoins de la fiction, Prisoner 951 raconte l'histoire vraie de Nazanin Zaghari-Ratcliffe. Ce qui rend la mini-série d'Arte plus indispensable encore.

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Série Création Stephen Butchard Réalisation Philippe Lowthorpe Avec Narges Rashidi, Joseph Fiennes, Nicholas Farrell,… Sur ArteTV 4 x 60 minutes environ.

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