Pressions, tromperies, raids : en Russie, des civils enrôlés de force pour aller combattre en Ukraine
Guerre en Ukraine. Les témoignages de terrain provenant de différentes régions de Russie suggèrent que les autorités du pays ont de plus en plus recours à la pression, à la tromperie et aux raids pour augmenter leurs effectifs militaires.
Par Juliette Laffont
Publié le 28/08/2026 à 08:30
Deux hommes regardent un panneau publicitaire faisant la promotion du service militaire sous contrat au sein des Forces armées russes et fournissant des informations sur les rémunérations, à Moscou, en Russie, le 27 août 2026. REUTERS/Ramil Sitdikov
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La pression monte d'un cran en Russie pour enrôler un maximum d'hommes dans l'armée. Sans l'avouer publiquement, par peur de répercussions sur les élections prévues le mois prochain à la Douma d'Etat, Vladimir Poutine aurait enclenché une nouvelle campagne de recrutements forcés. On savait déjà que Moscou avait recours à différentes tactiques, à commencer par les incitations financières, pour renforcer ses troupes. On sait désormais que les forces de sécurité du pays n'hésitent pas à recourir à la force, en arrêtant contre leur gré des civils dans la rue, chez eux ou sur leur lieu de travail, pour les contraindre à signer des contrats militaires.
Des pressions croissantes sur les civils
Mi-août, la plateforme russe de défense des droits humains dite Lesom, qui aide les Russes à ne pas participer à la guerre, aurait ainsi reçu 14 demandes d’aide de personnes assurant avoir été interpellées et contraintes ou poussées à signer des contrats militaires par les forces de sécurité russes, soit dans des commissariats, soit directement dans des bureaux de recrutement de l’armée. L’administration pénitentiaire serait également utilisée comme canal de recrutement. Des représentants d’ONG aidant les Russes à quitter le pays signalent eux aussi une forte hausse des demandes de départ - notamment vers la Géorgie et l’Arménie, des pays où les Russes peuvent entrer sans visa – depuis la mi-juillet, rapporte Euronews.
Outre les tentatives de quitter le pays, les habitants de plusieurs régions russes ont également entamé des mesures de résistance en réaction à ces pressions. Certains ont formé des patrouilles de volontaires, comme à Bashmakovo, pour empêcher que leurs voisins ne soient enrôlés de force et envoyés au front, raconte Radio Free Europe. En clair, les bénévoles se coordonnent via un groupe - qui comptait 250 personnes au début du mois - sur VK, le plus grand réseau social russe, et se relaient pour surveiller les rues 24 heures sur 24.
1,4 million de pertes pour l'armée russe depuis 2022
Depuis le début de l'invasion à grande échelle en février 2022, l'armée russe a enregistré 1,4 million de pertes (morts, blessés, disparus), dont 450 000 soldats tués, selon les estimations du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) basé à Washington, publiées au début de l'été. Le groupe de réflexion souligne aussi qu’en 2026, la Russie perd plus de 30 000 militaires par mois - soit environ 3 000 de plus que les quelque 27 000 nouveaux engagés sous contrat qu’elle recrute chaque mois.
Le 15 juillet, lors d’un forum sur la défense en Pennsylvanie, le directeur de la CIA John Ratcliffe avait avancé un chiffre donnant une idée de l'ampleur des pertes : l’espérance de vie moyenne d’un soldat russe fraîchement recruté sur la ligne de front en Ukraine ne serait, assurait-il, que de 20 à 30 minutes. De leur côté, les responsables russes nient tout nouveau projet de mobilisation. "Nous n’avons pas besoin de mobilisation de masse pour le moment ; elle n’est ni prévue ni attendue", a déclaré vendredi Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie à l’ONU. Avant d'ajouter : "À ma connaissance."