Faire campagne pendant les vacances, est-ce vraiment utile ?
Thibaut Le Gal
Publié le 16/08/2026 à 07h37 • Mis à jour le 16/08/2026 à 07h37
L'essentiel
- Les vacances d’été sont traditionnellement une période de repos pour la classe politique.
- Mais à huit mois d’une présidentielle 2027 incertaine, certains candidats redoublent d’efforts pour grappiller des points dans les sondages.
- Mais peut-on vraiment engranger des intentions de vote pendant la période estivale ?
Les Français sont-ils prêts à s’intéresser à la campagne présidentielle en plein cœur de l’été ? A moins de huit mois de l’élection à l’Elysée, la plupart des candidats sont déjà bien lancés dans la course pour s’installer au 55, rue du Faubourg Saint-Honoré. Mais avant la rentrée de chaque parti, lors des universités d’été, que font les responsables politiques de cette période estivale ? Certains préfèrent se reposer, non sans envoyer quelques « cartes postales » aux Français, pour mieux batailler à la rentrée. D’autres font feu de tout bois pour tenter de grappiller quelques points dans les sondages. Mais faire campagne pendant l’été, est-ce vraiment utile ?
Malgré les vacances, Gabriel Attal est de tous les fronts. L’ancien Premier ministre multiplie les déplacements et les déclarations fracassantes, comme encore ce vendredi en fustigeant la proposition de Jean-Luc Mélenchon de « foutre au feu » une partie de la dette publique française. « C’est le seul candidat vraiment en campagne pendant la pause estivale. Cela dit l’état d’esprit de certains qui se voient déjà arrivés », assène la députée Renaissance Prisca Thévenot. « Est-ce que l’actualité s’arrête pendant l’été ? Les campagnes qu’on ne gagne pas sont celles qu’on ne mène pas », ajoute la porte-flingue.
Dans le viseur, le rival Edouard Philippe, en avance dans les sondages, mais plus en retrait ces dernières semaines. « Les Français ont le droit à un moment de respiration politique et ont d’autres préoccupations pendant l’été. Cela ne sert à rien de courir sur tous les sujets comme un feu follet. Trop de com' tue la com' », réplique le député Horizons Xavier Albertini. Si le maire du Havre compte aussi accélérer, ce ne sera pas avant la fin du mois d’août. Deux stratégies différentes pour représenter le champion du bloc central, qui devrait être désigné à la fin de l’année.
« Tout est une question de dosage »
« Les vacances sont toujours un moment casse-gueule politiquement, c’est plus difficile de faire passer des messages politiques quand les Français débranchent », assure Arnaud Mercier, chercheur associé au laboratoire CHUS université catholique de l’Ouest. « Tout est une question de dosage : réussir à faire parler de soi, sans que cela paraisse forcé », ajoute le spécialiste de communication politique au laboratoire Cimeos de l’université Bourgogne Europe.
Gabriel Attal a aussi lancé un « cahier de vacances » très politique pour tenter d’intéresser les Français pendant cette période un peu délicate. Une option choisie aussi par Jean-Luc Mélenchon et les insoumis. D’autres tentent aussi d’innover pour accrocher les Français : Marine Tondelier a fait un tour de France en van électrique, François Ruffin a lui opté pour la campagne en auto-stop. « C’est un moment où certains candidats tentent de se démarquer avec des initiatives de communication originales, avec un peu d’humour pour tenter d’exister médiatiquement », avance Arnaud Mercier.
C’est particulièrement vrai à gauche, où l’offre politique est plus éclatée et indécise. Certains petits candidats peuvent profiter de cette période de « vide » pour tenter d’émerger, comme le député socialiste Philippe Brun, candidat à la primaire du Parti socialiste prévue début octobre. « J’ai fait toutes les matinales de France, et campagne tout l’été », insiste l’intéressé. « Les politiques désertent les plateaux télé, mais partir en vacances quand on veut être président c’est délirant. L’actualité ne s’arrête pas, les audiences sont toujours aussi élevées. Il y a un créneau à prendre sur cette période », reconnaît le socialiste, loin d’être favori face aux potentiels candidats Raphaël Glucksmann ou Olivier Faure.
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Arnaud Mercier résume : « L’été peut permettre de poser quelques jalons, ou d’exister médiatiquement pour les petits candidats, mais ce n’est pas un moment décisif dans une campagne présidentielle ».