Près de 100 personnes utilisées comme “appâts”? De nouveaux détails paraissent sur l’exfiltration insolite de Trump
Sous les yeux de la presse internationale, Donald Trump est monté à bord d’Air Force One le mois dernier à Ankara, avant d’en être exfiltré quelques minutes plus tard dans le plus grand secret. À bord d’un camion traiteur, le président américain a été transféré en toute discrétion vers un appareil plus petit en raison d’une menace iranienne “crédible”. L’Air Force One a tout de même décollé, avec plus d’une centaine de collaborateurs et de journalistes à bord. Ont-ils été involontairement impliqués dans une opération visant à détourner l’attention?
Ine Holmstock, Kevin Dupont
Source: HLN
13 août 2026, 07:35Dernière mise à jour: 08:06
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Nous sommes le 8 juillet à l’aéroport d’Ankara. Trump vient d’assister à un sommet de l’OTAN et s’apprête à partir pour la Grande-Bretagne. La veille au soir, les forces américaines ont de nouveau mené des frappes militaires contre l’Iran, après l’échec des négociations visant à mettre fin à la guerre.
Dans les coulisses, l’alerte a entre-temps été donnée. Les services de renseignement américains ont reçu des informations faisant état d’une menace iranienne crédible visant Trump ou son avion.
Plusieurs appareils sont prêts sur le tarmac, dont le célèbre Air Force One bleu et blanc à bord duquel Trump devait voyager. Un nouveau Boeing 747-8, cadeau du Qatar, devait s’envoler séparément vers la base britannique de Mildenhall, selon Trump, afin que les militaires américains puissent l’examiner sur place.
Devant les caméras
Trump est conduit dans sa limousine jusqu’à l’ancien Air Force One, monte les marches et salue les caméras. Il disparaît ensuite à l’intérieur de l’appareil. Quelques minutes plus tard, de l’autre côté de l’avion, la partie secrète de l’opération commence.
Un camion traiteur, habituellement utilisé pour charger des repas et d’autres provisions, est garé contre une porte d’Air Force One. Selon “The Washington Post”, Trump et quelques collaborateurs y montent puis sont conduits, à l’abri des regards, vers un C-32A plus petit, portant l’indicatif militaire peu évocateur de “Reach 18”.
Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, monte lui aussi à bord de cet appareil. C’est là que commence pour Trump le véritable vol vers la Grande-Bretagne.
Les journalistes montent à bord sans se douter de rien
À l’arrière d’Air Force One, le pool de presse de la Maison Blanche commence entre-temps à monter à bord. Les journalistes pensent que Trump se trouve dans le même avion. Plusieurs collaborateurs de la Maison-Blanche partagent cette conviction. Personne ne leur dit que le président a changé d’appareil quelques minutes plus tôt. Ils ne sont pas non plus informés de la menace concrète qui pèse sur lui.
Au moment de monter à bord, les journalistes reçoivent une consigne qui attire l’attention: les volets des fenêtres doivent être fermés.
Pendant le vol, l’appareil reçoit l’indicatif d’appel “AF1”, comme c’est habituellement le cas lorsque le président est à bord. L’avion transporte plus d’une centaine de collaborateurs et de journalistes qui ne sont pas au courant de l’opération.
Pendant ce temps, Trump se rend discrètement à la même destination à bord d’un avion plus petit. Les systèmes permettant de suivre facilement l’appareil ont été désactivés, ce qui le rend invisible sur les sites publics de suivi des vols.
La supercherie se poursuit après l’atterrissage
Vers 22h20, l’avion transportant Trump atterrit à la base britannique de Mildenhall, suivi quelques minutes plus tard par Air Force One. On ignore comment le président est sorti du plus petit appareil, mais lorsqu’il apparaît devant les caméras, il descend tout simplement les marches d’Air Force One. Pour le grand public, l’illusion est totale: Trump vient “tout simplement” d’arriver d’Ankara.
Même après son arrivée sans encombre en Grande-Bretagne, le véritable déroulement des événements reste méconnu. Pendant des semaines, la Maison-Blanche continue d’affirmer que Trump a pris Air Force One depuis la Turquie. Trump lui-même garde également le secret sur ce changement d’avion.
Lorsque les journalistes lui demandent plus tard pourquoi ils ont dû fermer les volets lors du décollage à Ankara, le président nie toute menace concrète. Il laisse toutefois entendre qu’ils se trouvaient “probablement à bord d’un vol dangereux”. “Mais si je pars, vous partez aussi. N’est-ce pas?”, ajoute-t-il d’un ton laconique.
La révélation
Pendant des semaines, l’opération reste secrète. Mais elle a laissé des traces: des photos de presse du camion traiteur, les mouvements inhabituels des différents appareils et les données de vol. Ce n’est que lorsque le Washington Post reçoit des informations d’un fonctionnaire américain au courant de l’opération et d’une deuxième source ayant connaissance du voyage de Trump que les pièces du puzzle s’assemblent. Le journal reconstitue ensuite ce qui s’est passé ce soir-là à Ankara à partir de ces témoignages, des documents auxquels il a pu avoir accès et des images existantes.
L’attention se porte ainsi sur la centaine de personnes qui, sans savoir ce qui se passait, ont poursuivi leur vol à bord d’Air Force One. “Il semble que l’idée était de réduire le danger pesant sur le président Trump en proposant aux Iraniens une centaine de personnes qui seraient tuées à sa place”, dénonce Steven Cash, ancien responsable de la CIA.
Des critiques acerbes s’élèvent également du monde journalistique. José Zamora, du Comité pour la protection des journalistes, estime que les journalistes auraient dû être informés afin de pouvoir évaluer eux-mêmes les risques. Le présentateur de CNN, Jake Tapper, souligne par ailleurs que “les initiés ne connaissent aucun précédent où un Air Force One rempli de membres du personnel de la Maison-Blanche et de journalistes aurait été utilisé comme appât face à une menace réelle”.
Une autre solution
Le fait que les services de sécurité recourent à la désinformation pour protéger un président n’est pas nouveau. Lorsque Bill Clinton s’est rendu au Pakistan en 2000 alors que les menaces étaient fortes, une manœuvre de diversion avait également été mise en place. Mais contrairement à aujourd’hui, il était apparu peu après son arrivée que Clinton avait voyagé à bord d’un autre avion, et l’association de la presse en avait été informée à l’avance à titre confidentiel.
Mardi, Trump a finalement confirmé qu’il avait changé d’avion en secret, mais a souligné qu’il avait suivi les instructions du Secret Service et de l’armée. “Ils voulaient que je prenne un autre vol et un autre avion, alors c’est ce que j’ai fait. Je fais ce qu’ils me disent.”
Il a déclaré ne pas savoir exactement pourquoi cela avait été nécessaire. “Je suppose qu’il y avait une menace. Je n’ai pas trop cherché à en savoir plus.” Selon Trump, cela ne signifiait pas pour autant que l’appareil dans lequel les autres étaient restés était plus dangereux. “En fait, je pense que c’était l’avion dans lequel je me trouvais qui courait le plus grand risque.”