Pourquoi votre patron sera-t-il difficile à convaincre si vous demandez une augmentation cette année?

Image d’illustration / Stijn Baert, expert en droit du travail chez HLN © Getty Images

Analyse

Votre salaire ne devrait pratiquement pas dépasser l’indexation automatique cette année. En moyenne, les travailleurs ne bénéficient que de 0,89 % d’augmentation supplémentaire, et quatre sur dix ne reçoivent rien. Stijn Baert, économiste du travail à l’UGent, qualifie les patrons qui en accordent une malgré tout de “mauvais élèves”, mais donne également des conseils pour inciter le vôtre à ouvrir son porte-monnaie.

Luc Beernaert / T.D.

Source: HLN

4 octobre 2026, 07:38Dernière mise à jour: 08:02

Ajoutez-nous à vos favoris Google

L’enquête annuelle sur les salaires de Randstad montre que la situation économique difficile des employeurs, qui sont confrontés à une croissance lente et à de faibles marges bénéficiaires, leur laisse très peu de marge de manœuvre pour accorder des augmentations en plus de l’indexation salariale obligatoire.

“Les entreprises qui ont augmenté les salaires au-delà de l’indexation automatique font erreur”, affirme Stijn Baert. “La norme salariale en vigueur en Belgique impose que les salaires n’évoluent pas plus vite que chez nos voisins. Sans cette règle, nos entreprises pourraient perdre en compétitivité.”

Selon l’économiste du travail, le fait qu’il y ait tout de même une augmentation salariale globale limitée (0,89 % en moyenne) s’explique par le grand écart auquel font face les employeurs: ils se retrouvent pris entre la menace d’une hausse des coûts salariaux et d’une perte de compétitivité d’un côté, et de l’autre la menace de ne pas pouvoir attirer ni fidéliser le personnel s’ils ne proposent pas de meilleurs salaires.

‌

Stijn Baert: “Parce que les employeurs y sont contraints. Ils peuvent se retrancher derrière la norme salariale. Pour de nombreuses entreprises, l’indexation automatique représente déjà un coût très important pour lequel elles doivent débourser plus que leurs concurrents étrangers.”

“L’une des principales critiques formulées à l’encontre de l’indexation automatique est qu’un chiffre unique s’applique à tous les secteurs, alors que l’industrie traditionnelle, par exemple, rencontre bien plus de difficultés. Dans de nombreux pays, ce secteur se situe, en matière d’évolution salariale, en dessous de notre indexation automatique. Cela ne facilite en rien la compétition pour une entreprise industrielle belge.”

Stijn Baert © VTM

‌

“Absolument. Selon une étude de Partena Professional, les chèques-repas constituent l’avantage extralégal le plus prisé dans notre pays. On a un peu l’impression d’aller faire ses courses ‘gratuitement’, ce qui en fait un excellent moyen de fidéliser les employés. Mais cela présente aussi un intérêt pour les employeurs.”

“Étant donné qu’aucun impôt n’est prélevé dessus, c’est une formule extrêmement intéressante pour augmenter le pouvoir d’achat des salariés sans trop alourdir les charges salariales. Vous pouvez ainsi respecter la norme salariale tout en offrant plus de pouvoir d’achat. ”

‌

“Cela passe intégralement par les avantages extralégaux: comme une voiture de fonction, la pension complémentaire, l’assurance hospitalisation et les options sur actions sont nettement moins taxées et soumises à moins de cotisations sociales. Votre employeur retient une partie du salaire brut afin de respecter la norme salariale, mais votre pouvoir d’achat augmente bien davantage.”

“Ce que je recommande tant aux employeurs qu’aux travailleurs, c’est de miser au maximum sur les plans cafétéria. Tout comme dans un restaurant en libre-service, l’employeur vous offre la possibilité d’utiliser une partie de votre salaire brut pour faire votre choix dans un menu complet d’avantages extralégaux.”

‌

Stijn Baert point trois conditions à respecter:

1. Choisissez le bon moment

“Il est conseillé d’appliquer ‘la règle des 2’: n’en demandez pas au cours de vos deux premières années, ni dans les deux ans suivant l’obtention d’une augmentation que vous aviez vous-même sollicitée.”

2. Préparez de bons arguments

“Pourquoi votre impact sur l’entreprise a-t-il été particulièrement fort cette année? Ici, j’appliquerais ‘la règle des 3’: structurez votre argumentation autour de trois points clairs. En dessous, cela manquera de consistance, et au-delà, cela deviendra vite confus.”

3. Avancez un chiffre

“Quelle est l’augmentation raisonnable à demander? Il peut être intéressant d’inviter votre patron à faire une première proposition. Une hausse située entre 5 et 10 % de votre salaire brut reste une demande raisonnable.”

Stijn Baert © Franky Verdickt

LIRE AUSSI

Aussi dans l'actualité