Pour sa vision internationale, Fréchette mise sur la continuité
Estimant que la population québécoise veut de la prévisibilité par-dessus tout, notamment dans le contexte actuel de conflit économique avec les États-Unis, la première ministre québécoise, Christine Fréchette, compte miser sur la continuité pour assurer la place du Québec à l’international si elle est élue lors des prochaines élections générales, qui doivent survenir en octobre.
« Quand tout change à vitesse grand V, la prévisibilité [et] la confiance deviennent un avantage concurrentiel énorme. Nos investisseurs, nos partenaires, nos alliés : tout le monde cherche un endroit où les choses ne changent pas du jour au lendemain. Cet endroit-là, c’est le Québec », a lancé la cheffe de la Coalition avenir Québec mardi, à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, en visite au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) dans le cadre de l’initiative Le monde dans l’urne.
Elle y a particulièrement vanté le travail sur la scène internationale qu’elle a effectué ces derniers mois à la tête du Québec en citant sa relation avec le premier ministre canadien, Mark Carney, ses voyages et ses rencontres diplomatiques aux États-Unis et en France ainsi que l’entente énergétique conclue avec Terre-Neuve-et-Labrador sur la centrale de Churchill Falls qui a été annoncée pas plus tard que lundi.
Mais sur toutes les lèvres, y compris celles de Christine Fréchette, se trouvait la menace du président américain, Donald Trump, d’imposer des droits de douane de 50 %. Ces derniers s’appliqueraient sur plusieurs importations canadiennes dès mercredi à 0 h 01 à défaut de la conclusion d’une entente d’ici là.
En mêlée de presse en marge de la discussion, mardi, la première ministre s’est dite « préoccupée » par cette ombre tarifaire qui ne fait que se rapprocher. « On n’a pas de confirmation que les choses vont bien aller [dans les négociations], et c’est très inquiétant pour les entreprises », a-t-elle évoqué, avant d’affirmer que son gouvernement sera « prêt ». Elle a ensuite souligné s’attendre « à ce que le fédéral ait des plans costauds pour aider les entrepreneurs, pour aider les travailleurs, [parce que] c’est lui qui est à la table de négociation avec les Américains, donc c’est lui qui va avoir à gérer les impacts de cette négociation-là ».
Quels gestes compte-t-elle poser ?
Questionnée par le directeur du Devoir, Brian Myles, dans le cadre de la discussion qu’il animait au CORIM, sur les gestes qu’elle compte poser pour assurer la sécurité économique du Québec si elle est élue en octobre prochain, Mme Fréchette a soutenu vouloir « réduire la pression sur le portefeuille des Québécois » et « donner de l’oxygène aux entreprises pour qu’elles puissent souffler [et] avoir plus de marge de manœuvre », sans toutefois s’avancer sur des promesses électorales concrètes.
Quant au besoin de renforcer la souveraineté culturelle du Québec, Christine Fréchette veut « travailler à connecter davantage la jeunesse à la culture québécoise, aux produits culturels québécois » et « travailler aussi avec les grandes plateformes numériques pour qu’il y ait davantage de présence des produits culturels, parce que, pour l’instant, ce n’est pas le cas ».
Dans les 100 premiers jours d’un potentiel deuxième mandat d’un gouvernement Fréchette, « c’est sûr que le commerce avec les États-Unis va rester central dans les gestes à poser à l’international », a-t-elle spécifié.
« [On veut] se connecter à la fois au milieu économique et au milieu politique américains pour faire entendre nos voix, pour rétablir un cadre le plus stable possible, mais également travailler avec les autres régions du monde, comme on l’a fait ces derniers mois [pour] diversifier nos exportations, diversifier nos partenariats, a-t-elle dit. Je pense qu’en jouant bien nos cartes avec l’expertise qu’on a sur le terrain, les ressources qu’on a sur le terrain, sur le territoire, on peut aller très loin et on est bien partis. »
L’indépendance, autre source d’incertitude pour Fréchette
En plus de se présenter comme la candidate de choix pour faire face à l’incertitude économique et géopolitique en provenance d’ailleurs, Christine Fréchette a cité la récente sortie du chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon — qui a confirmé mardi que, s’il remportait les prochaines élections, son parti n’allait pas déclencher de référendum tant que Donald Trump serait encore au pouvoir —, comme un autre exemple d’incertitude qu’elle a qualifiée d’« irresponsable ».
« Au lieu d’organiser un référendum rapidement, il l’organiserait à la fin d’un premier mandat. Et ça, c’est pire. Ça vient étaler [l’incertitude] sur quatre années plutôt que sur le début d’un mandat. »
Christine Fréchette était la cinquième cheffe de parti politique à exposer sa vision internationale devant le CORIM, après Charles Milliard (Parti libéral du Québec), Paul St-Pierre Plamondon (Parti québécois), Éric Duhaime (Parti conservateur du Québec) et Ruba Ghazal (Québec solidaire). Ce cycle de conférences s’inscrit dans l’initiative du CORIM Le monde dans l’urne, réalisée en partenariat avec Le Devoir et l’agence de relations publiques Tact, qui vise à faire connaître les positions des principaux partis à propos de la place du Québec sur l’échiquier international.