Pour lutter contre les incendies, la France fait appel à l'Union européenne : "Nous avons besoin d'un changement d'état d'esprit"
Face à une situation de moins en moins sous contrôle, le président Emmanuel Macron a demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (UCPM), permettant l'acheminement d'une aide rapide, efficace et coordonnée afin de lutter contre ces incendies. L'Espagne, fortement touchée, a également actionné ce mécanisme.
"Des moyens sont mis à disposition toute l'année, avec une augmentation à partir de mai", explique Hadja Lahbib, la commissaire européenne à la gestion des crises. Ouverte officiellement à partir de cette date, la saison des feux de forêt a pourtant débuté dès avril, précise-t-elle, avec une demande d'activation de l'UCPM par les Pays-Bas, suivis de près par la République tchèque. "Cette saison est plus étendue dans le temps et dans l'espace", pointe la commissaire.
Avions, hélicoptères, pompiers : la Commission européenne présente un plan XXL de lutte contre les feux de forêtLa Commission européenne dispose d'une réserve européenne de protection civile (rescEU), composée de 22 avions et 5 hélicoptères. Elle devrait en outre renforcer ses capacités avec 12 nouveaux Canadair ainsi que 3 hélicoptères. Ces appareils sont prépositionnés dans des endroits stratégiques afin d'être déployés rapidement dans les zones touchées. De plus, près de 800 pompiers venant de 14 pays différents sont positionnés depuis mai dans six pays à risque (Chypre, Grèce, Italie, France, Espagne et Portugal, NdlR). "En comparaison, en 2022, il n'y avait qu'une petite dizaine de pompiers prépositionnés. Les capacités ont donc terriblement augmenté", souligne Hadja Lahbib.
Coordination et anticipation
Des ajustements sont régulièrement faits concernant le positionnement de ces forces, en fonction des demandes des États membres et des analyses du centre de coordination de la réaction d'urgence de l'UE (ERCC), où près de 25 experts – des pompiers, des météorologues et des scientifiques – suivent la situation en temps réel et en permanence grâce aux cartes satellitaires produites par le réseau Copernicus. Si ce suivi donne une bonne projection de la situation actuelle, il permet également d'anticiper les risques à venir. "Nous savions par exemple que la projection de cette semaine était mauvaise avec des températures et des vents extrêmes, produisant des capacités propices pour répandre les incendies. Nous savions donc que nous ferions face à des situations extrêmement difficiles à gérer, surtout à cause de leur simultanéité", explique Hadja Lahbib.
"À 21 heures, le ciel était orange. Une heure plus tard, on a dû tout quitter" : les témoignages de Belges évacués en FrancePour la commissaire belge, le point le plus important du mécanisme réside dans l'anticipation. "Chaque été est une source de leçons et d'expertises. L'été dernier, nous avons découvert que nos capacités étaient insuffisantes pour réagir dans notre flanc extrême oriental méditerranéen donc nous avons ouvert un hub à Chypre", détaille-t-elle. Mais cette préparation demande des moyens conséquents. "À présent, nous sommes en pleine saison de crise mais au moment où il faudra investir, je suis sûre qu'il y aura malheureusement des États qui refuseront. Nous avons besoin d'un changement d'état d'esprit. Il faut cesser de prendre l'Union européenne seulement comme une réponse quand on est totalement dépassé par les événements. Il vaut mieux anticiper et avoir les capacités pour le faire plutôt que de répondre simplement", conclut-elle.
Polémique politique en France
Suite à l'appel d'Emmanuel Macron, la Commission européenne a prévu de déployer plusieurs appareils de sa réserve rescEU dans l'Hexagone. Deux avions prépositionnés au Portugal ont été envoyés à Bordeaux et un autre bombardier placé en Croatie devrait bientôt stationner à Nîmes. Deux hélicoptères venant de Slovaquie et de République tchèque seront aussi déployés en renfort en Gironde.
Dans les Landes, les pommes de pin se transforment en bombes incendiairesMais une polémique enfle chez nos voisins concernant une annulation en 2024 d'une commande de deux Canadair par Gabriel Attal, alors Premier ministre. Le candidat à la présidentielle est accusé par plusieurs membres de l'opposition d'avoir annulé près de 53 millions d'euros du "Programme 161", nécessaires pour l'acquisition de deux appareils. Une aubaine pour ses rivaux, qui n'hésitent pas à enfoncer le député Renaissance quelques mois avant le scrutin présidentiel.
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