Pour les écoles, la mère reste le parent à contacter en priorité : une charge mentale qui renforce les inégalités ?
L’ESSENTIEL
Les tâches liées à la scolarité des enfants pèsent toujours plus sur les mères que sur les pères.
Dans leur manière d’échanger avec les familles, les établissements scolaires contribuent-ils à ce déséquilibre ?
Contacter les mères en priorité peut entraîner des inégalités même dans des couples qui se répartissent les tâches.
La rentrée scolaire s’accompagne d’une liste bien connue de responsabilités pour les parents : acheter les fournitures scolaires, remplir les formulaires, organiser les trajets et répondre à un flux constant d’e-mails envoyés par les enseignants et les responsables de l’établissement.
Bien que de nombreuses familles s’efforcent de partager ces responsabilités, les études montrent systématiquement que les mères ont tendance à assumer une plus grande part des tâches liées à la scolarité de leurs enfants. Cela inclut non seulement la participation aux événements scolaires ou la préparation des déjeuners, mais aussi les tâches moins visibles telles que la prise de rendez-vous chez le médecin, l’inscription aux activités extrascolaires et la réponse aux e-mails ou aux appels de l’école.
Nous sommes des économistes qui étudions les questions de genre et la famille. Nous souhaitions comprendre si les établissements scolaires eux-mêmes pouvaient contribuer involontairement à ce déséquilibre en ayant tendance à contacter davantage les mères que les pères. Nos récentes recherches suggèrent que c’est le cas.
Parentalité : répartition des responsabilités et conséquences professionnelles
Les économistes comme d’autres spécialistes en sciences sociales ont établi de longue date que les mères consacrent plus de temps que les pères à la garde des enfants, même lorsque les deux parents travaillent à temps plein. Et bien que les hommes aient assumé davantage de responsabilités en matière de soins au cours des dernières décennies, les femmes consacrent toujours plus de temps à s’occuper de leurs enfants et de leur foyer.
Cet écart est important, car la manière dont la garde des enfants est répartie a des répercussions bien au-delà des horaires de travail des parents. Elle peut contribuer à un stress chronique et à l’épuisement professionnel et influencer la façon dont les couples perçoivent l’équité au sein de leur relation.
Elle peut également influencer la carrière des parents en ayant un impact sur leurs horaires de travail, leurs perspectives d’évolution professionnelle et leur niveau de rémunération.
Une enquête de terrain aux États-Unis
Au cours de l’été 2022, nous avons mené une enquête de terrain auprès de plus de 80 000 chefs d’établissement du primaire et du secondaire à travers les États-Unis. Les écoles ont reçu un e-mail provenant d’un foyer fictif composé d’un père et d’une mère, tous deux désireux d’inscrire leur enfant. L’e-mail mentionnait les coordonnées des deux parents, avec un numéro de téléphone chacun, et demandait au chef d’établissement d’appeler l’un d’entre eux.
Comme nous avons varié de manière aléatoire les noms et la formulation des e-mails, nous avons pu déterminer si le sexe d’un parent influençait le choix de la personne à qui l’appel était adressé.
Et c’était bien le cas.
Lorsqu’aucun des deux parents ne semblait plus disponible que l’autre, les mères avaient environ 1,4 fois plus de chances que les pères de recevoir le premier appel téléphonique. Parmi les directeurs d’école qui ont rappelé quelqu’un, environ 60 % ont contacté la mère en premier et 40 % ont contacté le père.
Nous avons également cherché à savoir si le fait de fournir davantage d’informations modifiait ces tendances. Lorsque l’e-mail indiquait explicitement que le père était plus disponible pour discuter, les directeurs étaient nettement plus enclins à l’appeler. Mais même lorsque les pères étaient présentés comme le parent le plus disponible, de nombreuses écoles continuaient d’appeler les mères en premier lieu.

Un autre indice subtil a également joué un rôle. Lorsque le père envoyait l’e-mail en mettant la mère en copie, les établissements scolaires étaient plus enclins à le contacter. Pourtant, même dans ce cas, les mères continuaient de recevoir une part importante des appels.
Ces résultats suggèrent que de nombreux établissements scolaires considèrent encore les mères comme le parent par défaut à contacter au sujet de leurs enfants, même lorsqu’ils disposent d’informations indiquant que les pères sont tout aussi disponibles – voire davantage – que les mères.
Il est important de noter que cela ne signifie pas nécessairement que les membres du personnel scolaire contactent intentionnellement les mères. Les responsables scolaires disposent souvent d’informations limitées et prennent des décisions rapides en se basant sur leur expérience. S’ils ont constaté par le passé que les mères se montraient plus réactives, les appeler en premier peut leur sembler le choix le plus efficace.
Mais lorsque des décisions similaires se répètent des milliers de fois dans les écoles et d’autres organisations, elles peuvent renforcer la répartition inégale des responsabilités parentales qui existe déjà au sein de nombreuses familles.
Une tendance plus générale
L’école n’est qu’une source parmi d’autres des sollicitations concernant les enfants.
Des études antérieures ont montré que les mères sont plus susceptibles que les pères de prendre des rendez-vous chez le médecin, de coordonner les activités extrascolaires et de gérer bon nombre des tâches en coulisses qui permettent à la vie familiale de se dérouler sans heurts. Ces responsabilités sont souvent décrites comme la « charge mentale » liée à la parentalité, car elles impliquent de planifier, de suivre et de tout coordonner.
Nos recherches suggèrent que les écoles et d’autres organisations pourraient, sans le vouloir, accentuer cette charge mentale en adressant davantage de demandes aux mères.
Dans les enquêtes que nous avons menées parallèlement à notre expérience, les éducateurs et autres adultes qui interagissent régulièrement avec les familles
– notamment les professionnels de la petite enfance, les entraîneurs et les professionnels de santé – ont également indiqué contacter plus souvent les mères que les pères.
Un simple appel téléphonique peut sembler anodin. Mais au fil d’une année scolaire – entre les appels des cabinets médicaux, des clubs de sports, des colonies de vacances et autres activités –, ces interruptions peuvent s’accumuler. Elles constituent une contrainte supplémentaire sur le temps des parents, et cette charge pèse de manière disproportionnée sur les mères.
Cette perspective permet également d’expliquer pourquoi les inégalités entre les sexes en matière de prise en charge des enfants peuvent persister, même au sein de couples qui s’efforcent de partager les responsabilités de manière plus équitable. La répartition inégale des tâches parentales est déterminée non seulement par les décisions prises au sein du foyer, mais aussi par les attentes et les habitudes extérieures au foyer.
De nombreux établissements scolaires permettent aux familles d’indiquer qui doit être contacté en premier ou de désigner différentes personnes à contacter selon les situations. Ces procédures étant mises en place dès la rentrée scolaire, le fait d’exprimer clairement ces préférences peut contribuer à ce que la communication de l’établissement reflète mieux la manière dont chaque famille choisit de se répartir les responsabilités.