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  • 2026-07-28 10:35:15 +0000 UTC

    Jul 28, 2026

    La ville de Leiria toujours sinistrée, 6 mois après la tempête Kristin

    La tempête Kristin a atteint le Portugal, à la fin janvier, en pleine nuit, mais s'est fait sentir avec une violence inhabituelle dans des dizaines de municipalités, en particulier dans le centre du pays, figurant déjà parmi les plus grandes catastrophes naturelles de ce siècle dans le pays. C'était la troisième en moins d'une semaine, après Ingrid et Joseph, et la plus dévastatrice.

    Dès l'aube, on a découvert, dans toute sa brutalité, un paysage de destruction qui s'étendait des habitations et des entreprises jusqu'aux écoles et aux routes. La population s'est retrouvée privée de services essentiels : eau, électricité, communications.

    L'Institut portugais de la mer et de l'atmosphère (IPMA), l'autorité météorologique nationale, a décrit le phénomène comme une "cyclogénèse explosive" dont l'impact principal est lié à la force du vent.

    La rafale la plus violente, 208 km/h, a été enregistrée à Soure, au sud du district de Coimbra, même si trois des quatre victimes mortelles confirmées par la protection civile dans les premières 24 heures ont été retrouvées dans la municipalité de Leiria, où Euronews s'est rendue le lendemain du drame. Le décor était digne d'une zone de guerre, sur un territoire coupé du reste du pays et du monde.

    Le Premier ministre Luís Montenegro s'est rendu sur place pour décréter l'état de calamité, étendu ensuite à 68 municipalités. Au total, les dégâts ont dépassé 5,3 milliards d'euros.

    Début février, le gouvernement a approuvé un paquet de mesures pouvant aller jusqu'à 2,5 milliards d'euros pour venir en aide aux particuliers, aux entreprises, aux collectivités locales et aux infrastructures. Six mois plus tard, les aides accusent du retard et la reconstruction avance au compte-gouttes : pour des milliers de personnes, elle n'a même pas encore commencé à prendre forme.

    Les travaux de restauration au point mort

    Carlos Alberto et Maria do Rosário, habitants de Carvide, dans la municipalité de Leiria, étaient éveillés aux premières heures du 28 janvier. Ils ont entendu le "bruit horrible" des tôles du toit qui se détachaient et l'un des piliers de la maison s'effondrer. En quelques heures, ils ont perdu le logement où ils vivaient depuis plus de 30 ans.

    La souffrance vécue cette nuit-là pèse encore sur leur moral et s'accentue au fil des reports de la résolution du problème. "Chaque jour qui passe, c'est comme si c'était une année", confie Maria do Rosário à Euronews.

    Sans toit, ils ont emménagé chez leur fils et et n'ont aucune marge pour financer eux-mêmes la reconstruction. Le dernier devis demandé s'élève à 84 000 euros. "L'assurance intervient, elle nous a versé de l'argent, mais elle ne couvre pas toutes les dépenses ; dans ces conditions, je ne sais pas si je vais réussir à remettre la maison sur pied", explique-t-elle. Le couple attend toujours la réponse à la demande déposée auprès de la Commission de coordination et de développement régional du Centre (CCDRC).

    "Si l'État ne finance pas les fenêtres et les portes, ce sera encore plus difficile", remarque-t-elle. Maria do Rosário est lasse d'attendre et ne croit pas que les travaux démarrent avant octobre. "L'entrepreneur me dit qu'il doit d'abord avoir le matériel pour pouvoir venir ici, et moi je dois avoir l'argent pour pouvoir le payer", ajoute-t-elle.

    À Leiria, des milliers de demandes d'aide restent encore à instruire. "Si cela s'était passé à Lisbonne, les choses auraient bougé autrement. Quand on parle de la peau des autres et pas de la nôtre, c'est complètement différent", déplore-t-elle.

    Les aides de l'État ? "Un bluff"

    La fureur de Kristin a laissé des traces dans l'usine de moules que João Faustino dirige à Marinha Grande depuis 40 ans. Sur les cinq unités de production, deux ont été complètement détruites. Les pertes directes s'élèvent à 9 millions d'euros.

    L'un des ateliers a commencé à être reconstruit il y a quelques jours, mais plusieurs machines de haute précision, pourtant protégées par des bâches, n'ont pas échappé à la pluie et à l'humidité et ont subi une corrosion irréversible. Faute d'équipement pour fabriquer et tester les produits, l'entreprise ne tourne qu'à 30 % de ses capacités.

    Unité de production de l'entreprise TJ Moldes, sans toit et avec des machines hors service à la suite de la tempête Kristin, Marinha Grande, 23 juillet 2026 Unité de production de l'entreprise TJ Moldes, sans toit et avec des machines hors service à la suite de la tempête Kristin, Marinha Grande, 23 juillet 2026

    "La réparation de ces machines coûte extrêmement cher et, en plus, les délais de livraison sont absurdes", souligne le directeur de TJ Moldes dans un entretien à Euronews. Une commande destinée au géant allemand Porsche a encore pu être sauvée, mais entre-temps d'autres ont été perdues.

    L'assureur a déjà versé des indemnités, et ce sont ces fonds qui permettent aujourd'hui de maintenir l'activité. João Faustino a choisi de ne pas recourir au soutien financier de l'État, qu'il considère comme "un bluff". "Si je veux recourir aux lignes de soutien de l'État, je vais créer davantage de dette. C'est de la dette sur de la dette. C'est de l'argent que nous devrons rembourser un jour, ce n'est pas un don", insiste le chef d'entreprise, en rappelant que la part de subventions prévue dans le dispositif mis en place par le gouvernement dépend "d'investissements" et "d'objectifs" qui peuvent être inatteignables compte tenu de "l'incertitude" du marché et de la "guerre commerciale" déclenchée par l'actuelle administration américaine.

    Même dans ce contexte de calamité, TJ Moldes a conservé l'ensemble de ses 112 salariés, qui, dans les premiers temps, ont aidé à déblayer les gravats et à déplacer et nettoyer les machines. João Faustino estime qu'il sera possible, d'ici novembre, de reprendre pleinement la production dans quatre des cinq unités, la cinquième, dont les piliers sont fissurés, nécessitant un temps d'évaluation plus long et pouvant devoir être reconstruite à partir de zéro.

    La caserne de pompier reconstruite grâce aux dons de particuliers

    La caserne des pompiers volontaires de Leiria est devenue l'un des symboles de la tragédie. Les vents violents ont arraché la toiture du bâtiment et les débris ont endommagé de nombreux véhicules de la compagnie.

    Aperçu des dégâts causés par la tempête Kristin à la caserne des pompiers volontaires de LeiriaAperçu des dégâts causés par la tempête Kristin à la caserne des pompiers volontaires de Leiria

    "Nous avons commencé la remise en état dès le 28 janvier. À 8 h 30, nous avions déjà des camions ici pour enlever les décombres. Et depuis, c'est une lutte permanente, car nous ne pouvions pas interrompre le secours à la population", a déclaré le commandant Almeida Lopes, président de cette association.

    Les travaux de reconstruction sont pratiquement achevés, grâce à un effort conjoint de la société civile. Les dons utilisés ont été collectés exclusivement auprès de particuliers.

    "Dès les trois ou quatre premiers jours, le président de la République, la ministre de l'Administration interne, plusieurs secrétaires d'État sont venus ici à notre caserne... Ils nous ont dit que nous pouvions avancer, que nous pouvions compter sur leur soutien, mais à ce jour, pas le moindre document pour dire si nous pouvions compter sur eux ou pas, avec un euro ou sans le moindre euro", affirme Almeida Lopes.

    Une poudrière aux portes des villages

    L'épisode de mauvais temps appartient déjà au passé, mais il a semé des foyers de danger qui guettent dans la forêt et au-delà. La mairie de Leiria estime que les vents ont abattu jusqu'à huit millions d'arbres. Selon la municipalité, 10 000 hectares de forêt ont été touchés et le processus de nettoyage pourrait prendre des années.

    La plupart des chemins forestiers de la commune ont été dégagés, mais les zones de transition entre la pinède et les localités restent à nettoyer faute de main-d'œuvre spécialisée. Dans une paroisse civile située à moins de deux kilomètres du centre-ville, Euronews a découvert des rues et des routes bordées d'un amas de troncs abattus, de branches et de végétation dense. Dans l'un de ces cas, la distance par rapport à un centre scolaire et à une infrastructure sportive est d'environ 100 mètres. Une véritable poudrière en plein été, alors que le risque d'incendie est maximal.

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