PORTRAIT. Un juriste devenu gendarme : qui est Benoît Dufaug, le colonel de 45 ans qui commande désormais les 400 gendarmes du Tarn-et-Garonne ?

l'essentiel Le colonel Benoît Dufaug commande le groupement de gendarmerie du Tarn-et-Garonne, à Montauban, où il succède à Marc de Rémond du Chélas depuis le 1er août 2026. Ce juriste de formation, passé par l’ENA et plusieurs cabinets ministériels avant de revenir « aux sources », découvre un département où il n’avait jamais servi, coincé entre la pression de Toulouse, une future ligne à grande vitesse et une délinquance qu’il entend combattre en multipliant la présence de ses hommes sur le terrain.

Dès la poignée de main, il prévient : on ne prononce pas le "g" de Dufaug. Une précision presque réflexe, qui confirme à elle seule qu’il découvre encore les usages du Sud-Ouest, où l’on aime au contraire faire sonner chaque lettre. Cet homme de 45 ans, natif d’Ambilly, près d’Annemasse, en Haute-Savoie, n’avait jamais mis les pieds en Tarn-et-Garonne avant cet été : il va devoir apprivoiser le rugby, et il entend préserver sa vie privée.

Depuis le 1er août 2026, le colonel Benoît Dufaug commande les quelque 400 militaires du groupement de gendarmerie du Tarn-et-Garonne, basé à la caserne de la Hire à Montauban, où il a remplacé Marc de Rémond du Chélas.

Un parcours qui n’a rien d’une évidence

Benoît Dufaug n’est pas de ceux qui rêvaient de gendarmerie dès l’enfance. « Il y a des vocations qui apparaissent comme ça », glisse-t-il, sans trop s’étendre. Recruté par la voie universitaire, il pousse ses études de droit jusqu’à un DEA de Défense et de Sécurité internationale à Grenoble, avant d’intégrer l’École des officiers de la gendarmerie nationale à Melun, entre 2003 et 2005.

Direction ensuite la gendarmerie mobile, à Belfort, puis quatre ans à Verdun, avant de prendre en 2009 le commandement d’une compagnie de 230 militaires couvrant 270 communes, à Neufchâteau, dans les Vosges. En 2017, il rejoint la Direction générale, à Paris, chargé de la doctrine antiterroriste. Puis bifurque : une année à l’ENA de Strasbourg, dans la promotion Molière, en alternative à l’École de guerre.

Suivent trois ans avenue de Ségur à Paris, au ministère de la Cohésion des territoires, à suivre l’exécution des réformes prioritaires du gouvernement, puis un passage à la Direction générale de l’administration et de la fonction publique, où il pilote la réforme des instituts régionaux d’administration (IRA). « C’était un autre métier », résume-t-il sobrement.

Un département qu’il découvre à 400 hommes près

Après un mois passé dans le Tarn-et-Garonne, département qu’il n’avait jamais servi et qu’il dit avoir choisi « pour le découvrir », le colonel Dufaug en dresse un premier portrait sans détour : « un département à taille humaine, mais qui concentre toutes les problématiques que l’on retrouve dans des départements plus grands ». Axes routiers majeurs, voie ferrée fréquentée, future LGV, pression de Toulouse sur le sud du territoire : autant de raisons, selon lui, de muscler le contrôle des flux, la sécurité routière, la lutte contre les cambriolages et le trafic de stupéfiants.

Le colonel Benoît Dufaug est le commandant du groupement de gendarmerie de Tarn-et-Garonne
Le colonel Benoît Dufaug est le commandant du groupement de gendarmerie de Tarn-et-Garonne DDM, Manuel Massip.

Le groupement compte un peu plus de 400 militaires, épaulés par 150 réservistes opérationnels, deux compagnies à Montauban et Castelsarrasin, un escadron de contrôle des flux (ex-EDSR) et une unité dédiée à la centrale nucléaire de Golfech, le PSPG. Une dizaine de postes doivent être créés d’ici 2026-2027 pour renforcer certaines unités. Une nouvelle brigade vient tout juste d’ouvrir, le 1er septembre à La Ville-Dieu-du-Temple, sur un secteur resté longtemps sans réponse de proximité entre Montauban et Castelsarrasin ; les effectifs, neuf au total, arriveront progressivement jusqu’en novembre.

« Être visible et réactif »

Pour ses hommes, le message est clair : « J’attends de mes gendarmes une présence sur le terrain », martèle-t-il, avant de résumer sa doctrine en une formule : la gendarmerie et les gendarmes sont « des producteurs de sécurité ».

Sur sa vie personnelle, l’homme reste discret : « Je ne suis pas sûr que cela intéresse. » Il consent tout juste à évoquer le tennis, pratiqué en loisir depuis une dizaine d’années, et une curiosité toute neuve pour le rugby, découvert à travers l’épreuve à VII des Jeux olympiques de Paris 2024. De quoi laisser deviner, derrière l’uniforme, un homme qui compte bien prendre le temps d’apprivoiser son nouveau territoire.