Polyarthrite : trois patients sur six en rémission après une thérap...
Dans les maladies auto-immunes, le système immunitaire se retourne contre l'organisme qu'il est censé protéger. Les traitements actuels peuvent freiner cette attaque, mais ils doivent souvent être pris pendant des années, restent parfois inefficaces et peuvent entraîner des effets secondaires. Une étude publiée dans la revue Nature Medicine explore une autre stratégie : éliminer les cellules immunitaires qui entretiennent la maladie afin de permettre au système immunitaire de repartir sur de nouvelles bases.
Une seule perfusion chez six patients en échec thérapeutique
L'essai de phase 1 COMPARE a réuni six adultes atteints d'une polyarthrite rhumatoïde particulièrement sévère. Tous avaient déjà reçu plusieurs traitements, jusqu'à huit pour certains, sans amélioration suffisante.
Les chercheurs ont prélevé leurs lymphocytes T, puis les ont modifiés en laboratoire pour leur ajouter un récepteur capable de reconnaître la protéine CD19, présente à la surface des lymphocytes B. Une fois réinjectées, ces cellules CAR-T peuvent repérer et détruire les lymphocytes B, y compris ceux présents dans les articulations, les ganglions lymphatiques ou la moelle osseuse.
Après une seule perfusion, l'activité de la maladie a diminué chez les six participants. Au terme d'un suivi de 36 à 52 semaines, trois étaient en rémission et présentaient une amélioration d'au moins 70 % selon les critères de l'American College of Rheumatology. Ces trois patients ont pu rester sans traitement contre la polyarthrite rhumatoïde.
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Vers une véritable « remise à zéro » de l’immunité ?
Le résultat le plus intrigant concerne la reconstruction du système immunitaire. Lorsque les lymphocytes B ont commencé à réapparaître, il s'agissait principalement de cellules jeunes, apparemment débarrassées de la mémoire pathologique à l'origine de la réaction auto-immune.
Les chercheurs ont également observé une forte diminution de plusieurs auto-anticorps associés à la polyarthrite rhumatoïde. Les anticorps protecteurs acquis contre certains agents infectieux ou grâce aux vaccinations sont, eux, restés largement préservés.
La thérapie ne se contenterait donc pas de suspendre momentanément l'inflammation : elle pourrait modifier certains des mécanismes qui l'entretiennent. Les auteurs parlent cependant de rémission, et non de guérison, car le recul reste insuffisant pour savoir si la maladie peut réapparaître plusieurs années plus tard.
Si vous faites souvent des cauchemars, cela pourrait annoncer une maladie auto-immune
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Une piste déjà explorée contre d’autres maladies auto-immunes
Ces résultats rejoignent ceux obtenus avec la même stratégie dans d'autres maladies auto-immunes.
En 2024, une série publiée dans le New England Journal of Medicine avait rapporté des réponses durables chez 15 patients atteints de lupus, de sclérodermie systémique ou de myosite inflammatoire. Tous avaient reçu des cellules CAR-T autologues dirigées contre CD19, selon le même principe général, mais avec un produit cellulaire différent.
Plus récemment, l'essai CASTLE, publié dans Nature Medicine, a atteint ses critères d'efficacité chez 22 des 24 patients traités pour l'une de ces trois maladies. Aucun n'avait repris de corticoïdes ni d'autres immunosuppresseurs durant les 24 semaines de suivi.
L'espoir doit néanmoins rester mesuré. L'étude sur la polyarthrite rhumatoïde ne compte que six participants, sans groupe témoin. La fabrication personnalisée des cellules CAR-T reste lourde et coûteuse. Le traitement nécessite aussi une chimiothérapie préalable et peut déclencher une réaction inflammatoire aiguë.
Si son efficacité et sa sécurité se confirment dans des essais plus vastes, cette stratégie pourrait dépasser le cadre de la polyarthrite rhumatoïde. Des thérapies cellulaires sont déjà étudiées contre le lupus, la sclérodermie, certaines myosites, la myasthénie ou encore la sclérose en plaques.
À plus long terme, d'autres maladies inflammatoires chroniques pourraient être concernées, à condition d'identifier précisément les cellules à cibler. L'objectif ne serait alors plus seulement de contenir le dérèglement du système immunitaire, mais de le corriger durablement.