Pologne : le parti conservateur PiS implose après l'exclusion de Mateusz Morawiecki
Pologne . En pleine crise interne, le PiS se divise sur son avenir : va-t-il élargir son électorat vers le centre ou assumer un tournant vers la droite plus radicale ? Alors que les élections nationales approchent, la rupture entre ses deux figures fortes fragilise considérablement le camp conservateur.
Publié le 26/07/2026 à 11:17
Jarosław Kaczyński, chef du parti Droit et Justice (PiS), regarde le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki le jour où ce dernier présente le programme de son gouvernement et sollicite un vote de confiance au Parlement à Varsovie, en Pologne, le 11 décembre 2023. Sławomir Kaminski/Agencja Wyborcza.pl via REUTERS À L'ATTENTION DES RÉDACTEURS : CETTE IMAGE A ÉTÉ FOURNIE PAR UN TIERS.
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Le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS), qui a dirigé la Pologne entre 2015 et 2023, s'est scindé en deux vendredi 24 juillet après une brouille interne. C’est l'exclusion de l'ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki, ainsi que d'une trentaine de députés par le chef du parti, Jarosław Kaczyński, qui a provoqué l’implosion de cette structure politique.
Cette rupture fragilise le camp conservateur et compromet ses efforts pour renverser le Premier ministre pro-européen Donald Tusk lors des élections de l’année prochaine. Les nationalistes espéraient jusqu’ici capitaliser sur la victoire à la présidence de la République du très conservateur Karol Nawrocki, en mai 2025, pour préparer leur retour au pouvoir lors des législatives de 2027. Mais le PiS est en recul dans les sondages : crédité de 26 % des intentions de vote, il est désormais devancé par la Coalition civique du Premier ministre Donald Tusk, à 32 %, selon l'agrégateur de sondages de Politico.
Les conservateurs divisés par la tentation de l’extrême droite
L'ancien Premier ministre et figure forte du parti Mateusz Morawiecki avait créé Rozwoj Plus ("Développement Plus"), une association qu'il présentait comme un cercle de réflexion sur les politiques économiques et démographiques. Mais la direction du PiS y voyait une tentative de bâtir un courant autonome, voire un futur parti. Après avoir exigé que ses membres renoncent à cette formation et signent une déclaration de loyauté, le chef actuel du parti Jarosław Kaczyński a exclu ceux qui ont refusé. "Tout le monde savait ce qu'il était censé signer et, en même temps, tout le monde connaissait les conséquences d'un refus. Ils ont donc pris la décision qu'ils ont prise", a assuré le dirigeant du PiS à Politico.
Cette scission est donc le résultat d'une lutte de pouvoir liée à un désaccord stratégique et politique entre Mateusz Morawiecki et Jaroslaw Kaczynski. Le premier défend une stratégie d'ouverture vers les électeurs centristes et les milieux économiques. Tandis que le second a choisi en mars une figure de la ligne dure, plus proche de l’extrême droite, l'ancien ministre de l'Éducation Przemyslaw Czarnek, pour incarner le PiS aux futures législatives, et donc comme candidat du parti au poste de futur Premier ministre.
Depuis la perte du pouvoir du PiS en Pologne, l’hypothèse d’une alliance entre le parti conservateur et l’une des formations d’extrême droite, notamment Konfederacja, était régulièrement évoquée par les analystes en cas de difficulté à former une majorité parlementaire.
Le PiS sérieusement affaibli
Malgré un compromis annoncé en avril, Morawiecki a donc maintenu son association Rozwoj Plus, officiellement enregistrée en mai. Ses proches devraient désormais former un groupe parlementaire distinct au sein de la Diète (chambre basse du Parlement polonais), réduisant le PiS à environ 140-145 députés.
Cette division risque de disperser davantage l'électorat conservateur entre le PiS, deux partis d'extrême droite et le nouveau courant de Morawiecki, considéré comme le plus modéré. "Je regrette que nous ayons été exclus (...). Nous avons simplement été jetés hors du parti pour avoir essayé de l'élargir", a confié à Politico Pawel Jablonski, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et allié de Morawiecki. En assurant malgré tout que "l'adversaire politique reste Donald Tusk et son gouvernement".