Pointe-à-Callière souligne la Grande Paix de Montréal, 325 ans plus…
C’est le retour du document prodigue et prodigieux. Trois siècles et quart après sa signature en grande pompe en Nouvelle-France, le document historique de la Grande Paix de Montréal est revenu (temporairement) sur ses lieux d’origine.
Le traité de sept pages manuscrites, sur parchemin, est exposé depuis mardi dans une des magnifiques salles du complexe muséal d’histoire et d’archéologie de la métropole (le musée Pointe-à-Callière), sur le lieu même où il a été paraphé il y a 325 ans. Le lancement des commémorations s’est fait en compagnie de chefs des Premières Nations, de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et de Ian Lafrenière, vice-premier ministre et responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit.
La Grande Paix de Montréal a été paraphée le 4 août 1701 à Montréal entre les représentants de la Nouvelle-France, dont le gouverneur Louis-Hector de Callière (qui a aussi donné son nom au musée), et les chefs de 39 nations autochtones. Le document est considéré comme l’un des plus importants événements diplomatiques de l’histoire de l’Amérique du Nord.
L’entente négociée voulait sécuriser les routes de la traite des fourrures à une époque où l’Europe en consommait toujours plus. Les luttes pour les territoires et leurs ressources naturelles opposaient depuis un siècle les Haudenosaunee (les Iroquois) proches des Hollandais, puis des Anglais, et les Français et leurs dizaines de nations alliées.
Un changement radical
Les signataires haudenosaunee s’engageaient à rester neutres en cas de conflits entre la France et l’Angleterre. Les nations autochtones obtenaient en échange la reconnaissance de leur droit de circuler et de chasser sur de vastes territoires. La Grande Paix a permis plusieurs décennies de stabilité et l’expansion de la Nouvelle-France vers les Grands Lacs jusqu’à ce que la guerre de Sept Ans (1756-1763), considérée par Winston Churchill comme la première grande guerre mondiale, change radicalement la configuration géopolitique et culturelle de l’Amérique du Nord.
Le document historique de Montréal est tombé dans l’oubli pendant des siècles avant sa résurrection mémorielle par un article savant de l’historien Gilles Havard en 1991. Une délégation menée par André Dudemaine, membre fondateur du festival Présence autochtone, a ensuite convaincu le tout jeune musée Pointe-à-Callière (inauguré en 1992), la mairie de Montréal et le gouvernement du Québec de préparer une grande commémoration en 2001 au 300e anniversaire du document. Le parchemin qui avait été transmis au roi de France a alors refait le chemin transatlantique une première fois pour être présenté à plat.
Cette fois, le musée montréalais a entamé dès le tournant de la décennie les négociations avec les Archives nationales d’outre-mer de France pour un emprunt de trois mois. Le trésor documentaire, très fragile et rarement exposé, même en France, est présenté à la verticale pour permettre le visionnement des deux faces du parchemin.
Le texte daté du « quatrième aoust 1701 » est parfaitement compréhensible encore aujourd’hui. Il commence ainsi : « Ratification de la Paix faitte au mois de Septembre Dernier, entre la Colonie du Canada, les Sauvage Ses Alliéz et les iroquois dans une assemblée généralle des chefs de chacune de ces nations. » Suivent les signatures, en fait des dessins d’animaux totémiques de chacune des nations et leurs identifications en français.
La présentation documentaire clôt le parcours proposé par Pointe-à-Callière. La première étape renseigne sur le contexte des négociations plus que tricentenaires étalées sur des années. Elles avaient in fine rameuté plus de 1200 délégués sur l’île de Montréal, formant une sorte de société des nations du Nouveau Monde de l’époque. Des entrevues vidéo avec des figures autochtones majeures d’aujourd’hui permettent de saisir les retombées symboliques et politiques de la Grande paix.
Un chef-d’œuvre diplomatique
Les historiens voient cet événement exceptionnel non seulement comme un traité militaire, mais comme un chef-d’œuvre diplomatique interculturel appuyé sur des années de négociations dans le respect des traditions des peuples, avec l’échange de présents et de ceintures de wampum, des discours et des danses cérémonielles.
« On construit l’histoire avec les nations autochtones. En 2001, on sortait de la crise d’Oka et les relations étaient tendues. La confiance n’était pas au rendez-vous. Vingt-cinq ans plus tard, je peux garantir que le discours et les attitudes ont changé », a expliqué après la visite de presse Louise Pothier, archéologue en chef de Pointe-à-Callière, en soulignant le cahier spécial publié avec le concours du Journal de Montréal sur la Grande Paix où se retrouvent des analyses d’intellectuels des Premières Nations. Un symposium international sera organisé sur la Grande paix, du 17 au 19 septembre, avec des universitaires pour refaire le point sur les connaissances de l’événement.
Le festival Présence autochtone 2026 était aussi inauguré mardi avec la première du documentaire Nitassinan, coréalisé par Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin, sur l’histoire, la résilience et la vitalité du peuple innu. La clôture du festival le 14 août se fera autour d’un concert événement, Ici fut planté l’arbre de paix, commémoratif du 325e anniversaire de la Grande Paix de 1701 sous la direction artistique d’Alexandre Éthier. Au menu, musique, chanson et poésie avec l’ensemble des guitares Forestare, Joséphine Bacon, Richard Desjardins et une douzaine d’autres artistes.