Plus de 1000 emplois seraient créés avec le projet de télescope Einstein, mais "qu'il se fasse ou pas, il a déjà permis de faire bouger les lignes"
Comment le projet est-il accueilli par la population ?
Que ce soit les habitants ou les élus locaux, ils sont essentiellement curieux. Une première étude de l'université de Hasselt, principalement, a permis de compléter à travers une démarche de participation citoyenne ce qui avait été retenu des séances d'infos, commune par commune. Son objectif était de déterminer toutes les opportunités que le télescope amènerait localement. Une seconde étude, menée par l'université de Liège, doit s'étendre de septembre à décembre.
Il faut bien avouer qu'il y a eu dans certaines communes une grande affluence à ces séances d'infos, avec beaucoup de personnes qui étaient intéressées et avaient une série de questions… dont des questions auxquelles on ne savait pas répondre à ce moment-là. D'ici peu, on va relancer une nouvelle campagne d'information parce que les questions des citoyens ont évolué mais les réponses aussi. On va pouvoir compléter probablement un certain nombre de choses.
C'est un projet porteur qui fait rêver, qui nous fait voir des étoiles chez nous. Cela vaut la peine de se battre pour, mais il ne faut pas oublier qu'il y a des gens qui vivent dans cette région, dans notre région au sens large. Cela va concerner l'ensemble des citoyens de l'Euregio. Autant à la Task Force qu'à l'Euregio Meuse-Rhin, l'ADN reste de faire ce lien entre le projet, qui survole tout le monde, et les personnes qui vivent dans cet endroit.
Projet de télescope Einstein, bien plus que "de la recherche pure", insiste Marc Genten de l'Euregio Meuse-RhinQuelles étaient les craintes soulevées ?
La grande inquiétude, c'est comment ces constructions vont se dérouler. C'est logique. On ne vient pas implanter quelque chose de 10 km de long (NDLR: chaque segment du triangle formé par le télescope) en sous-sol, sans que ça n'ait un impact sur l'environnement et le paysage.
Pour le moment, on ne sait pas encore répondre à tout, mais on peut leur assurer que leur inquiétude, nous la partageons. Et le fait de minimiser au maximum l'impact pour le citoyen, le paysage et l'environnement, fera partie intégrante du dossier de candidature. Pourquoi se préoccupe-t-on tellement de la gare de Montzen (NDLR : Infrabel et la SNCB ont accepté de mettre le site à la disposition) ? Parce que tout ce qu'on peut faire passer par la voie ferrée, c'est tout ce qui ne passera pas dans les villages et sur les routes. Même chose avec Chertal et la voie fluviale.

Le "project office" à Maastricht essaie vraiment de prévoir un maximum de choses. Toute une série d'acteurs de différents domaines ont été impliqués pour développer le meilleur choix possible en termes d'infrastructures, d'environnement, d'énergie, de logement… Je suis par ailleurs dans le comité directeur du parc Pays du Bocage pour l'Euregio Meuse-Rhin. Il y a une écoute mutuelle entre nous, mais aussi avec le "project office" de Maastricht.
Je suppose qu'il y a un plan établi également pour financer la construction et le maintien de l'outil ?
Oui mais je ne peux pas encore donner un chiffre définitif puisqu'il y a toujours des groupes de travail qui sont chargés d'évaluer le coût exact de l'infrastructure, des différents instruments qui vont y prendre place. Le montant dépend donc des recherches scientifiques en cours. Pour le moment, la seule chose qui est certaine c'est que les Hollandais ont réservé 870 millions de leur côté, la Flandre en a réservé 500 et la Wallonie a annoncé qu'elle réservait 200 millions pour le projet. L'Allemagne ne s'est pas encore prononcée mais ça devrait arriver bientôt (NDLR: nous disait-il le 15 juillet).
Le site ferroviaire de Montzen mis à la disposition du projet de télescope EinsteinParmi les retombées de l'implantation du télescope, on parle également des emplois créés. Ce besoin est-il chiffré ?
On parle en général de 34 000 années de travail. Ça représente grosso modo entre 1 200 et 1 500 emplois, que ce soit dans la phase de construction ou dans la phase de maintenance. Ce n'est pas que de grands cerveaux dont on a besoin mais aussi d'humains talentueux comme des ouvriers hautement qualifiés. Et de préférence une main-d'œuvre locale.
Le projet a d'ailleurs été un levier pour rapprocher toutes les universités et les hautes écoles de l'Euregio Meuse-Rhin. Ces dernières viennent de signer, fin mai, un protocole pour renforcer la collaboration transfrontalière pour pouvoir développer des formations pour nos étudiants, mais aussi attirer des talents de l'extérieur. On a une opportunité, armons-nous maintenant de telle manière à ce que si ce n'est pas pour cela, cela servira pour autre chose. On en revient aux industries car si on développe notre tissu industriel grâce à ce projet scientifique de haut niveau, on pourra garder ces talents chez nous et éviter une fuite des cerveaux.
'Le fait de minimiser l'impact pour le citoyen, le paysage et l'environnement fait partie intégrante de la candidature"
Le télescope a souvent été brandi comme un joker pour éviter le retour de mines… Est-ce véridique ?
Oui car pour que notre territoire soit apte à recevoir le télescope Einstein, il faut avoir l'emplacement le plus calme possible avec le moins d'interférences possible. Si le projet se développe dans notre région, l'ouverture de mines y sera incompatible.
Et des projets éoliens ?
Pour le moment, les éoliennes ne sont pas compatibles avec le projet mais des recherches sont en cours au sein de l'université de Liège, notamment, pour voir s'il n'y a pas des solutions pour permettre leur développement car il ne s'agit pas de freiner le développement économique d'une région. Il faut le faire en bonne harmonie entre les différents acteurs.
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