"Pendant le baptême, on se construit une nouvelle famille" : à l'UCL, le folklore estudiantin fait sa rentrée et se défend des critiques

Ce lundi 14 septembre, les étudiants du supérieur font leur rentrée à Louvain-la-Neuve. Pour la Régionale royale du Brabant wallon – la "Béwé" –, comme pour d'autres régionales étudiantes, c'est aussi le jour du traditionnel barbecue d'accueil, lors duquel les potentiels nouveaux "bleus" feront leurs premiers pas dans le folklore estudiantin.

Pour en parler, nous avons rencontré son président, Milo Parmentier, sa vice-présidente, Sarah Doutsis, et son responsable baptême, Louis Steeno, dans leur kot de dix chambres, rue des Bruyères.

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Milo Parmentier, de Nivelles, est étudiant en première master en criminologie à l'UCLouvain. Sarah Doutsis vient de Braine-l'Alleud. Infirmière diplômée, elle poursuit ses études en suivant une spécialisation d'un an en oncologie à la haute école Léonard de Vinci. Le Nivellois Louis Steeno s'est réorienté vers une formation en réalisation audiovisuelle à l'IFAPME de Wavre.

Les régionales de l'UCLouvain disposent en effet d'un quota d'étudiants qui ne sont pas inscrits à l'université.

Quel est votre état d'esprit à quelques jours de la rentrée académique ?

Milo: Je suis très excité que ça commence. Cette semaine est un peu une semaine de team building, et lundi, nous organisons le barbecue d'accueil en face du Cesec. On essaye de vendre le baptême. On nous pose beaucoup de questions, certains stressent. Mais on tient à les rassurer: à l'UCLouvain, les baptêmes sont très encadrés, notamment via un protocole. L'alcool y est interdit durant les activités, tout comme la nudité, par exemple.

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Le baptême étudiant traîne parfois une image négative dans la presse et l'opinion publique. Qu'en pensez-vous ?

Louis: Beaucoup de gens qui émettent des critiques n'ont pas fait leur baptême et jugent donc sans savoir. On ne peut pas vraiment leur en vouloir. En outre, la mauvaise image vient surtout des baptêmes tels qu'ils se pratiquaient il y a 20 ans. Cela ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui.

Milo: Nos activités évoluent. Cette année, par exemple, il n'y aura pas ce jeu qui consistait à imiter des positions sexuelles. Il mettait tout le monde mal à l'aise.

Sarah: Personne n'était forcé à rien, mais ce jeu avait finalement peu d'intérêt. On l'a donc supprimé.

Louis: Avec lui, les bleus et bleuettes n'apprenaient rien sur les valeurs du baptême et le folklore. C'était plus gênant qu'autre chose et cela n'avait plus sa place dans le baptême. La société évolue. Et puis, il ne faut pas confondre l'essence du folklore et la manière de l'appliquer.

Et le rituel du "gueule en terre" ?

Louis: Vu de l'extérieur, je comprends que cette posture puisse être perçue comme humiliante. Mais elle montre que tout le monde est au même niveau, qu'on est tous équivalents. Elle permet aussi de casser le mythe de l'autorité: on l'exagère tellement qu'on montre que ce système d'autorité est ridicule, que ce n'est que du vent.

Un rite de passage, sans obligation

Quelles valeurs essayez-vous de transmettre à travers le baptême ?

Louis: On essaie d'inculquer des valeurs de camaraderie, de solidarité, d'entraide et d'investissement aussi. Le baptême est un événement où l'on essaye de se dépasser et de prouver à soi-même qu'on peut le faire.

Sarah: J'ai aussi appris beaucoup sur moi-même lors du baptême. C'est un rite de passage.

Milo: Le baptême est différent pour chaque bleu car on s'adapte à chacun.

Louis: Ces quatre semaines de baptême sont hyper intenses, mais elles définissent les cinq prochaines années à l'université: on se construit une nouvelle famille.

Milo: Mais ce n'est pas parce qu'on ne va pas au bout du baptême qu'on ne sera pas accueilli dans la régionale. Il n'y a aucune obligation.

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Pourquoi avez-vous fait votre baptême ?

Milo: Voir des étudiants avec leur calotte, le côté symbolique et folklorique m'a toujours intéressé. J'avais envie de m'amuser mais aussi de trouver une petite famille sur Louvain-la-Neuve, un peu comme je l'avais chez les scouts. Sinon, je pense que j'aurais déprimé ici.

Sarah: Je voulais faire de nouvelles rencontres et voir un autre côté de la vie étudiante.

"Tu te retrouves avec des inconnus et après deux-trois activités, les trois quarts sont devenus de très bons copains"

Louis: Mon papa l'avait fait et un copain, Félicien, m'a accompagné. Mais surtout, je n'allais pas très bien et j'avais besoin de faire le vide dans ma tête. Cela m'a libéré. Le baptême est une porte d'entrée pour se faire de nouveaux copains. Après six ans de secondaire, tu peux redéfinir qui tu veux être sans les a priori des autres. C'est ça, la vraie qualité du baptême: tu te retrouves avec des inconnus et après deux-trois activités, les trois quarts sont devenus de très bons copains.

Sarah: Des liens spéciaux se tissent entre les co-bleus et entre les bleus et leur parrain ou marraine. Et maintenant, en tant que membres du comité, on voit aussi comment des bleus évoluent. Certains, introvertis, s'ouvrent petit à petit. C'est beau à voir. On est bienveillants envers les bleus et les bleuettes. Chez nous, moins d'un sur deux kottent, mais lors des activités, si on sait qu'un bleu n'a pas de kot, il peut toujours venir chez nous, par exemple.

Milo: On ne laissera jamais personne seul. On a un côté grand frère et grande sœur.

Louis: En période de baptême, on est encore plus alerte qu'en temps normal: on est avec des jeunes qui vivent leurs premières semaines sur Louvain-la-Neuve, une ville qu'ils ne connaissent pas toujours. On est là pour les accompagner, sinon, c'est comme s'ils étaient jetés dans la jungle.

Qu'apprennent les bleus sur le folklore et la région durant le baptême ?

Sarah: C'est plus poussé pour le passage de la calotte, mais on leur apprend des choses sur la région et l'histoire de l'UCLouvain, pour qu'ils comprennent où ils sont.

Un Tour Sainte-Gertrude à Louvain-la-Neuve !

Milo: De manière générale, pour les membres de la régionale, on organise aussi des visites. Certains d'entre nous ont ainsi participé à la Saint-Georges, à Grez-Doiceau. On va aussi découvrir le folklore d'autres régions: j'ai pris part à une marche de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Et cette année, pour la première fois, la BW va organiser un Tour de Sainte-Gertrude à Louvain-la-Neuve pour partager notre patrimoine.

Louis: Le baptême, c'est déjà tout un folklore en soi. Mais on apprend aussi, par exemple, le chant Viv Djan Djan, l'hymne aclot vieux de plusieurs siècles qui est aussi le chant de la régionale.

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Pourquoi faire son baptême dans une régionale plutôt qu'un cercle ?

Sarah: C'est vrai que les régionales sont moins connues que les cercles. C'est donc souvent le bouche-à-oreille qui joue ou le hasard.

Louis: Ce fut le cas pour moi. Je comptais rejoindre l'Adèle, le cercle de droit, mais j'ai été accueilli par un étudiant de la BW. Comme je suis de Nivelles, je me suis dit pourquoi pas. D'ailleurs, au départ, en voyant les flyers pour le barbecue de la BW, je m'étais même dit que c'était chouette que la Province organisait une fête pour nous (rires).

Milo: La dynamique est différente entre une régionale et un cercle. Les cercles sont très gros mais leur comité petit par rapport à leur taille. Nous, on a un bon équilibre entre le nombre de baptisés et les postes à occuper. Car on essaie que les baptisés s'impliquent dans la vie de la régionale. On a d'ailleurs peu de "fantômes", soit des étudiants qui terminent leur baptême puis disparaissent.

Sarah: On essaie que chacun trouve un poste qui réponde à ses envies.

Intégrer une régionale, ce n'est donc pas que faire la fête…

Milo: Exactement. C'est aussi un vrai apprentissage de vie: c'est exigeant, ça prend du temps, mais on apprend énormément. C'est un peu comme un job étudiant non rémunéré. Les bleus n'ont toutefois aucune obligation, les responsabilités venant par après. Être dans une régionale, ça fait grandir.

Louis: On gère une ASBL. Les études, c'est compliqué, gérer la BW, c'est compliqué, mais on arrive à débloquer des ressources qu'on ne soupçonnait même pas.

Cela reste-t-il compatible avec les études ?

Sarah: Le rythme de vie est intense, mais il n'y a rien d'incompatible. Si certains rencontrent des difficultés, on est là pour les soutenir. On reste attentifs si l'un d'entre nous ne fait que la fête ou s'implique trop, au détriment de ses études. On est là pour dire attention, pour en discuter mais pas pour dire ce qu'il faut faire. Trouver sa voie est déjà difficile. Cela ne vaut donc pas la peine de mettre ses études en péril. Construire son avenir, c'est le plus important.

"Instaurer un climat festif et sûr"

L'alcool reste toutefois bien présent: les régionales, à l'instar des cercles, font partie de l'univers de la guindaille…

Milo: On est dans le monde festif mais on fait de plus en plus de la prévention, que ce soit au niveau de l'alcool ou du consentement. On a des formations avec Univers Santé, notamment. Dans les soirées, on doit proposer des softs. Les bleus et bleuettes suivront une formation avec l'ASBL Thé OK qui sensibilise au consentement sexuel en guindaille. Il n'y a jamais d'obligation de boire une bière ou une autre boisson alcoolisée. Moi-même, je n'aimerais pas qu'on m'y oblige. Au final, on veut instaurer un climat qui soit festif et sûr.

Combien de bleus attendez-vous cette année ?

Milo: C'est impossible à dire. Nous sommes dans une dynamique positive et le comité apporte un nouveau souffle à la régionale, plus serein. L'an dernier, il y a eu 39 baptisés tandis qu'ils étaient une soixantaine à la première activité. La régionale compte plus ou moins 110 membres, dont une quarantaine issue d'autres régionales qui viennent nous soutenir. Pour mieux se connaître, on organise d'ailleurs des soupers entre régionales.

Louis: Le problème, c'est qu'il faut nettoyer le kot après.

Milo: Une fois, je me suis caché sur le balcon avec un étudiant de la Mouscronnoise pour éviter de le faire (rires).

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