Parlez-leur de ce corps qui les dérange et les démange
Le théâtre, la littérature, l'art, l'amour, l'amitié, c'est tout cela, et plus encore qui, aide les enfants à grandir. Ou à Grand dire comme le suggère la compagnie Domya dans un spectacle acidulé où la douceur de l'enfance se mêle à la peur de l'adolescence. Du théâtre musical présenté aux Rencontres jeune public à Charleroi.
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Tout en fausse naïveté, en vraie justesse, en réaliste candeur, Aline Piron, Martin Goossens et Maxime Van Eerdewegh déroulent leurs confidences sur scène, ponctuées de notes de guitare électrique ou d'harmonica. Ils se souviennent des cases dans lesquelles on les rangeait : fille ou garçon, méchant ou gentil, grand ou petit… "Moi, j'étais tout petit. Je ne pouvais jamais faire les attractions à Walibi parce que je faisais moins d'1m40".
"J'aime les frites, les glaces". "J'aime partager mes émotions ".
"L'amitié entre filles et garçons, vous y croyez ? "
"Pour moi, l'amitié, c'est très important, c'est un endroit où déverser les larmes, où déposer les armes".
Une succession de phrases, sans lien, mais intimes et universelles, livrées en humour et légèreté, avec, parfois, un irrésistible effet lipping, avant d'entrer dans le vif du sujet : l'adolescence, l'apparition, ou non, des premiers poils, celle des boutons, des règles tant attendues, du choix à faire entre les serviettes hygiéniques ou culottes ad hoc, le tout abordé sans tabou, avec pertinence et simplicité.
"Qui a peur de rentrer en secondaires ?" "Qui a gardé ses amis de primaires ?" "C'est quoi être une fille ?". Elles se bousculent, les questions, sur le plateau comme dans la tête des spectateurs et spectatrices et dans celles des préados qui ont été rencontrés par la compagnie Domya pour écrire ce spectacle qui explore avec justesse ce moment fragile où on quitte l'enfance pour basculer dans l'adolescence. La quête d'identité, les changements corporels, le regard des autres, les questions de genre, tout y passe à l'heure du grand huit.
Entre slams, solos, chansons, ou textes poétiques, Grand Dire dit grand et fort ce que les préados pensent tout bas et l'humilité des comédiens ajoute à la légitimité du propos. Un spectacle délicieusement utile, qui parlera aux premiers concernés, et à tous ceux et toutes celles qui se souviennent de leurs dix, onze ou douze ans. (Dès 10 ans).
Se libérer de sa carapace

De corps, d'émotion, de sincérité, d'emprisonnement, il est également question dans Carapaces, un spectacle des Mutants, qui joue de la danse et des métaphores, pour nous apprendre à être vrai, à accepter nos fêlures et fissures. Un spectacle tout terrain, écrit et mis en scène par Jeanne Dailler, Elena De Vega et Miriam Youssef, appelé à être joué en classe, en bibliothèque, en réfectoire, au milieu des élèves qui s'approprient d'abord l'espace et se reconnectent à leur intérieur avant de découvrir la passion de Jeanne et de Elena pour les carapaces, que celles-ci évoquent la coquille, la tortue, la cachette, une prison, une protection ou encore une maison. Des carapaces, qu'elles se nomment plastron, frustule ou exosquelette, il en existe de toutes sortes que l'on soit vertébré ou invertébré, tortue, crevette, noix Saint-Jacques ou Bernard L'Hermitte. Et le thème révèle ses secrets.
Coup de tonnerre avant les Rencontres théâtre jeune public : "Quand j'ai appris que leur visa était refusé, j'ai eu une crise de larmes"Les deux artistes dansent, racontent, dialoguent, dévoilent ces chaussures à paillettes, plus carapaces qu'on le croit. "Quand je les porte, on ne voit qu'elles", confie Jeanne. Avant de rappeler que les carapaces nous collent à la peau, qu'elles soient sourire, paillettes, bla bla, écouteurs, cartables trop lourds, maquillage, colère… Elles sont partout, nous protègent et nous enferment, nous empêchent de dévoiler nos fissures, nos richesses. Soudées par notre éducation, nos carapaces nous appauvrissent. Alors, ne nous perdons pas de vue, semblent dire, chanter et danser les artistes aux jeunes enfants qu'elles rencontrent.(Dès 6 ans).
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