Paris : renvoi du procès de la messagerie du crime Sky ECC
Sky ECC est une application cryptée que James Bond n’aurait pas reniée...
© Illustration Dévrig Plichon
Stéphane Sellami 24/09/2026 à 19:54, Mis à jour le 24/09/2026 à 20:16
INFO PARIS MATCH. L’audience devant la cour d’assises spéciales de Paris devait s’ouvrir le 26 octobre. Des requêtes déposées par plusieurs des 28 accusés ont notamment justifié ce renvoi.
C’est un report qui tombe très mal. Selon les informations de Paris Match, le procès de 28 personnes, soupçonnées d’avoir joué un rôle à divers degrés dans la commercialisation de la messagerie cryptée Sky ECC, présentée par l’accusation comme l’un des principaux moyens de communication utilisés par des narcotrafiquants et des membres du grand banditisme du monde entier, a été renvoyé à une date ultérieure.
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Cette audience, qui devait initialement se tenir devant la cour d’assises spéciales de Paris, composée de magistrats professionnels, compétente pour le trafic de stupéfiants en bande organisée, du 26 octobre au 4 décembre 2026, a notamment été reportée après le dépôt de douze requêtes par les avocats de plusieurs des accusés.
Toujours selon les informations de Paris Match, ce report a aussi été décidé après la réception, au début du mois de septembre, d’un certain nombre de documents transmis par les autorités judiciaires canadiennes, concernant l’un des accusés.
Face à ces nouveaux éléments, le président de la cour d’assises, Benoît Blanchy, a fait savoir, ce jeudi 24 septembre, à l’ensemble des parties, que « l’état de la procédure ne permet pas d’envisager sérieusement une audience de jugement des 28 accusés, et qu’il convient dès lors de renvoyer l’examen de ces mises en accusation ».
En revanche, aucune nouvelle date pour la tenue de ce procès n’a, pour l’heure, été communiquée. Contactée, la cour d’appel de Paris n’a pas donné suite.
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Pour Philippe Ohayon et Paul Sin-Chan, les avocats d’un ressortissant canadien, Thomas Herdman, qui a passé plus de 4 ans en détention provisoire en France et qui a toujours nié son implication, ce report constitue « un énième dysfonctionnement dans ce dossier ». « Cela fait longtemps que la défense de Thomas Herdman soutient que les investigations n’ont pas été menées à leur terme et que ce dossier n’est pas en état d’être jugé. Le parquet avait été demandé la reprise des investigations en fin d’instruction sans être écouté lui aussi ».
Installée sur des téléphones classiques achetés de la main à la main, en espèces ou en cryptomonnaies, avec des tarifs pouvant aller jusqu’à plus de 2 000 euros les six mois, l’application de messagerie Sky ECC, développée par la société canadienne Sky Global, permettait, avec son système de chiffrement, d’échanger de façon sécurisée et anonyme. Pour l’accusation, Sky ECC était « un moyen de communication à destination (quasi) exclusive des organisations criminelles », ce qui était contesté notamment par le dirigeant de Sky Global, Jean-François Eap, renvoyé en procès mais qui se trouve au Canada.
Dix-sept accusés sont en fuite et font l’objet d’un mandat d’arrêt. Le décryptage du système en 2019 par une équipe d’enquêteurs belges, néerlandais et français avait notamment permis de mettre au jour, de manière jusqu’alors inédite, des échanges entre les groupes criminels les plus dangereux. Cette enquête souche a été à l’origine de nombreuses procédures judiciaires en France et un peu partout en Europe après le déchiffrage de la messagerie et a abouti au démantèlement de cartels et de réseaux de trafiquants.