Parcours, concurrence, équipiers et esprit de revanche : pourquoi Remco Evenepoel reste le grand favori des championnats d'Europe

C'est le lot des grands champions. Et encore plus quand ils s'appellent Remco Evenepoel. Une victoire et tout s'emballe : le voilà favori de chaque course à laquelle il participe. Une contre-performance et la machine s'inverse : sa condition inquiète, ses objectifs paraissent soudain hors de portée.

Dimanche, à Montréal, Remco Evenepoel n'a jamais retrouvé les jambes qui devaient lui permettre de viser le doublé arc-en-ciel. Sa douzième place a laissé un goût amer, mais elle ne doit pas effacer ses démonstrations au GP de Québec et au chrono des Mondiaux. Un jour sans ne suffit pas à faire de lui un champion à court de forme.

Reste à récupérer et à remettre son horloge à l'heure européenne. Revenu à Bruxelles mardi matin après un vol de nuit, Evenepoel a consacré ces deux journées à la récupération active avant de repartir ce jeudi en fin d'après-midi vers la Slovénie. Il rejoindra Ljubljana en soirée, avec une double priorité : effacer la fatigue des Mondiaux et retrouver ses repères après les six heures de décalage horaire.

"Il le faudra, répondait-il dimanche soir lorsqu'on lui demandait s'il serait suffisamment rétabli pour l'Euro, disputé une semaine plus tard entre Ljubljana et Sencur. Même si la préparation ne sera pas facile avec ce nouveau décalage horaire. Mais j'espère être nettement meilleur que dimanche."

Le sommeil et la récupération seront donc ses premiers adversaires. Pour le reste, quatre raisons permettent de continuer à le considérer comme le grand favori.

1 Parce qu'il a l'esprit de revanche

Ses jambes ont parfois cédé, jamais sa volonté. À Montréal, Evenepoel a multiplié les efforts pour revenir dans une course qui semblait lui échapper à chaque accélération. Il aurait pu renoncer, mais il ne l'a pas fait. Autant par fierté que par respect pour ses équipiers. "J'ai voulu continuer à me battre pour l'équipe", expliquait, après l'arrivée, celui qui a fait l'élastique à plusieurs reprises durant la dernière heure de course.

Ce caractère lui a déjà permis de transformer une déception en victoire. L'exemple le plus spectaculaire reste la Vuelta 2023 : le 8 septembre, il perdait plus de 27 minutes vers le Tourmalet et ses espoirs de conserver son titre. Le lendemain, il repartait à l'attaque et gagnait à Larra-Belagua. La comparaison a ses limites, mais la leçon demeure : une défaillance ne condamne pas nécessairement les jours suivants.

L'absence de Pogacar, champion d'Europe en titre, lui offre aussi des possibilités trop rares pour être abandonnées après un seul échec. Montréal devait en être une ; l'Euro en sera une autre. Et ce titre européen sur route manque toujours à sa collection, après les médailles d'argent de Trente en 2021 et de l'Ardèche en 2025. Son automne se poursuivra ensuite aux Trois Vallées varésines (6 octobre) et au Tour de Lombardie (10 octobre), avant de se terminer au Chrono des Nations, le 18 octobre. Il reste du temps pour donner une autre couleur à sa fin de saison.

2 Parce que le parcours de l'Euro peut lui convenir

Le changement de décor sera aussi un changement d'effort. Avec 196,3 kilomètres et 2 571 mètres de dénivelé, l'Euro sera nettement moins long et moins usant que les quelque 273 kilomètres et 3 800 mètres de dénivelé du Mondial. Après une approche plate de 85,8 kilomètres depuis Ljubljana, cinq tours de 22,1 kilomètres autour de Sencur constitueront le cœur de la bataille. De quoi durcir la course sans imposer les mêmes six heures de résistance qu'à Montréal.

Ce tracé n'offre toutefois aucune garantie à Evenepoel. Le circuit comprend une première montée vers Olsevek, puis surtout Mozjanca : 2,1 kilomètres à 10,2 %, avec des passages proches de 16 %. Ces rampes peuvent favoriser des grimpeurs plus légers et plus explosifs. Evenepoel a reconnu peser deux kilos de plus que pendant le Tour : sur de tels pourcentages, ce détail peut compter.

Mais le sommet, situé à environ 14 kilomètres de l'arrivée, ne mettra pas fin aux possibilités d'accélération. La route se poursuit sur les hauteurs pendant quelque trois kilomètres, sur un terrain vallonné, avant une descente technique puis une portion rapide vers la ligne. Remco pourra y prolonger son effort, creuser un petit écart ou revenir après une difficulté. Pour ses adversaires, lui prendre quelques mètres dans la bosse ne suffira donc pas forcément à l'éliminer.

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3 Parce que la concurrence est moindre qu'à Montréal

Le dernier doute a disparu mercredi matin : Pogacar ne défendra pas son titre. La publication de la sélection slovène sans son nom a officiellement refermé la porte à un retour anticipé après sa chute sur la Vuelta. Jonas Vingegaard, Wout van Aert, Paul Seixas et Mathieu van der Poel manqueront également à l'appel. Les Britanniques Tom Pidcock et Oscar Onley seront eux aussi absents, tout comme les Norvégiens et les Irlandais, leurs fédérations n'ayant pas engagé de sélection.

Le contraste avec Montréal est frappant : seuls six coureurs du top 20 des Mondiaux sont annoncés au départ. Outre Evenepoel, il s'agit de Mads Pedersen (6e), Giulio Ciccone (9e), Juan Ayuso (13e), Christian Scaroni (18e) et Mikkel Honoré (19e). Le plateau reste dangereux, avec notamment Primoz Roglic qui courra à domicile, mais offre bien moins de candidats capables de faire basculer la course. Même s'il faudra aussi surveiller la France, qui misera sur un groupe dense comprenant Romain Grégoire, Kévin Vauquelin et Alex Baudin. Sans oublier le Suisse Jan Christen et l'Allemand Marco Brenner.

Roglic, Ayuso et Ciccone étaient déjà présents à Montréal, mais pas Vauquelin.
Roglic, Ayuso et Ciccone étaient déjà présents à Montréal, mais pas Vauquelin. ©PHOTONEWS/DR

4 Parce qu'il sera bien entouré

Cette fois, la Belgique aura un unique leader. Avec Evenepoel, Serge Pauwels a retenu Maxim Van Gils, Ilan Van Wilder, Quinten Hermans, Louis Vervaeke, Jenno Berckmoes, Ramses Debruyne et Sander De Pestel, appelé en remplacement de Rune Herregodts. Une sélection construite autour de la conquête du maillot que Remco n'a encore jamais remporté sur route.

Van Gils et Van Wilder possèdent les qualités pour rester longtemps auprès de lui et peser dans les ascensions. Vervaeke connaît parfaitement sa manière de courir ; Hermans apporte son expérience des courses difficiles et son habileté sur un circuit où le placement sera essentiel. Berckmoes, lui, offre un profil offensif capable d'ouvrir la course de loin. Debruyne et De Pestel complètent un groupe qui devra protéger son leader et éviter de lui faire dépenser de l'énergie trop tôt.

Cette richesse donne des options et du soutien. Mais comme à Montréal, les jambes d'Evenepoel seront le facteur clé de la réussite de la journée.

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