Parachutage du chef cab d'Ahmed Laaouej à Rabat : son salaire ne sera pas payé par hub.brussels : "C'est logique que des collègues soient furax"

La nomination, fin juillet, de Moustapha Budchich, futur ex-chef de cabinet d'Ahmed Laaouej, ministre bruxellois de l'Action sociale (PS), comme représentant bruxellois au Maroc a provoqué une vive inquiétude au sein de hub.brussels, déjà touché par les mesures d'économies et les suppressions de postes.

Selon nos informations, une solution a finalement été trouvée pour éviter que son salaire ne pèse sur le budget de l'agence : il sera pris en charge par Bruxelles International, le service public bruxellois en charge des relations diplomatiques et institutionnelles. De quoi calmer les craintes d'incendie budgétaire chez hub ? Certes. Mais sans dissiper pour autant certaines interrogations.

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"C'est logique que des collègues soient furax."

Il faut dire que le timing avait de quoi faire tousser. L'agence venait d'encaisser de lourdes économies, la fermeture de nombreux postes à l'étranger et des suppressions de postes. Et voilà qu'arrivait, sans procédure de sélection classique ni transparence, un nouveau représentant de la Région au Maroc, classé A5, soit un niveau de rémunération comparable à celui d'un haut dirigeant de l'administration.

Des délégués économiques en poste à l'étranger avaient officiellement demandé des comptes à leur direction sur la procédure, le coût du poste et son articulation avec le représentant économique déjà présent à Rabat. L'Echo révélait mi-août que ces interrogations étaient "largement partagées" au sein du réseau.

Plusieurs témoignages qui nous sont parvenus la semaine dernière faisaient état de craintes pour l'emploi à Bruxelles même, ainsi que des questions sur les moyens qui resteraient disponibles. "Comme on doit libérer un poste à 130 000 ou 140 000 euros minimum par an pour ce salaire, il va falloir libérer deux temps pleins en Belgique", résumait une source, avant l'accord budgétaire trouvé depuis.

Une boîte de pandore ?

Une autre crainte demeure : celle du précédent. Si un poste à l'étranger peut être créé ou transformé pour accueillir directement une personnalité politique, pour le "récompenser du bon travail accompli", qu'est-ce qui empêchera demain d'autres cabinets "de lorgner New York, Istanbul ou une autre destination pour l'un des leurs" ?

Le chef cab d'Ahmed Laaouej "parachuté" à Rabat : un compromis politique qui fait grincer certaines dents

Le contexte général n'aide pas. Le gouvernement bruxellois travaille parallèlement à une vaste restructuration de son administration et l'avenir même de hub.brussels fait l'objet de discussions. Une piste envisage son absorption partielle dans l'administration régionale (SPRB), avec un transfert du réseau international vers Bruxelles International. L'arrivée d'un profil particulièrement coûteux ne pouvait qu'attiser les tensions.

Finalement, Hub ne paiera pas

Selon nos informations, après plusieurs semaines de discussions, hub.brussels a donc visiblement obtenu il y a quelques jours que le salaire de Moustapha Budchich ne soit pas supporté par son budget, mais par Bruxelles International (BI). Exit du budget de hub, bien qu'in fine, la Région devra de toute façon faire l'allonge. "C'est un dossier pourri, quel sketch", entend-on encore.

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"Ils sont quand même incroyables."

Hub conserverait donc son propre représentant économique à Rabat, François De Vrije, chargé d'accompagner les entreprises et de développer les opportunités commerciales. Moustapha Budchich, lui, dépendrait de Bruxelles International et se concentrerait davantage sur les relations politiques, diplomatiques et institutionnelles, tout en profitant des infrastructures de Hub. François De Vrije devrait d'ailleurs rester en place, au moins dans les prochains mois afin de mener à bien, entre autres, la mission économique menée par la reine Mathilde en avril 2027.

"C'est logique que des collègues soient furax. Hub vient de subir des coupes budgétaires, il y a eu des licenciements et un poste A5 atterrit", lâche encore une source.

Et politiquement, qu'a obtenu le MR ?

Reste la question du jeu politique. Pour envoyer le chef de cabinet d'Ahmed Laaouej à Rabat pour cinq ans, le Parti socialiste avait besoin du soutien de ses partenaires de majorité, et notamment du ministre-président libéral, compétent pour les Relations extérieures et le Commerce extérieur, Boris Diliès.

Pourquoi les libéraux ont-ils accepté une nomination aussi politiquement marquée ?

"Qu'ont-ils donné en échange ?", s'interroge Nadia Kammachi (chef de groupe Ecolo à Anderlecht. Précisons que son parti est dans l'opposition au niveau régional), qui réclame toute la traçabilité de la procédure. "Ils sont quand même incroyables, peu après le scandale du Foyer anderlechtois", lâche-t-elle.

STIB, SLRB, Kanal… : à Bruxelles, les partis bouclent enfin le grand partage des mandats dans les conseils d'administration

Aucun élément ne permet aujourd'hui d'établir l'existence d'un donnant-donnant précis autour du cas de Moustapha Budchich. Mais sa nomination intervient au moment où les partis de la nouvelle majorité se sont partagé les postes dans les organismes régionaux.

Fin juillet, quelque 280 mandats ont ainsi été redistribués dans les conseils d'administration bruxellois, selon un cadastre consulté par La Libre.

Le MR, revenu au gouvernement régional après vingt-deux années d'opposition, a notamment récupéré plusieurs positions importantes qu'il ne contrôlait pas auparavant. L'ancien ministre Guy Vanhengel (certes du parti Anders, ancien Open VLD, mais proche du MR) a été désigné à la présidence de la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB), tandis que le député MR Geoffroy Coomans de Brachène a hérité de celle de la Société d'Aménagement Urbain (SAU). Aline Godfrin (MR) présidera Neo, et sera d'ailleurs épaulée, entre autres, par Raphaël Jehotte, le futur chef cab d'Ahmed Laaouej.

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"C'est normal, avec le retour du MR dans la majorité, ça fait partie des négociations, il faut arrêter de fantasmer."

Dans le même mouvement, la socialiste Myriem Amrani a obtenu citydev.brussels. "Il ne faut pas aller chercher plus loin. C'est normal, avec le retour du MR dans la majorité, ça fait partie des négociations, il faut arrêter de fantasmer", glisse une source proche des libéraux.

Cela prouve-t-il que Moustapha Budchich a été échangé contre l'une de ces présidences ? Non. Mais personne ne contredit que cela puisse faire partie d'un tout dans ces échanges politiques. Les nominations s'inscrivent dans un équilibre global entre les sept partis de majorité (MR, PS, Les Engagés, Groen, Anders, Vooruit et le CD & V), où chacun compte ses postes et ses zones d'influence.

Le Maroc, un choix économique stratégique ?

Sur le fond, renforcer la présence bruxelloise au Maroc "n'a rien d'absurde", nous affirme-t-on. Le pays traverse une forte phase d'investissement. La Banque mondiale estime que la croissance marocaine a atteint 4,9 % en 2025, "son meilleur niveau depuis une décennie", notamment grâce aux investissements publics et aux infrastructures liées à la Coupe du monde 2030. Elle prévoit encore 4,2 % en 2026.

Tourisme, infrastructures, énergie, numérique, mobilité ou gestion et rénovation urbaine : autant de secteurs où certaines entreprises bruxelloises peuvent chercher leur place, bien que la majorité soit des PME.

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"Tous les entrepreneurs bruxellois vont-ils devoir passer par cet homme, étiqueté PS ?"

Nadia Kammachi, elle-même active professionnellement avec des entrepreneurs investissant au Maroc, ne conteste d'ailleurs pas ce potentiel. "Aujourd'hui, le Maroc est pris d'assaut par une série d'investisseurs, dont des investisseurs belges", explique-t-elle, citant notamment les énergies renouvelables, le tourisme, l'IA ou la rénovation urbaine.

La peur de coupes drastiques à Bruxelles ? "Des choix douloureux, mais il ne faut pas être aveugle"

Mais pourquoi fallait-il, pour cela, nommer directement un très proche d'Ahmed Laaouej alors qu'un réseau économique existe déjà et que d'autres profils existent ? La réponse se trouve évidemment dans l'arrangement interne pour laisser la place de chef cab à Raphaël Jehotte sans pénaliser Moustapha Budchich. "Mais tous les entrepreneurs bruxellois vont-ils devoir passer par cet homme, étiqueté PS ? Cela pose question. Le PS étend sa toile d'araignée à l'international", termine-t-elle.


La mission économique, une réelle opportunité ?

Hub. Brussels nous signale que toutes les thématiques de la mission économique "n'ont pas encore été définies", mais "à ce stade, les thèmes évoqués de manière informelle seraient la construction durable, la transition énergétique, la digitalisation, la santé et la logistique". Une réunion avec l'ambassade est prévue.

"À l'exception de la logistique, ces secteurs présentent tous un intérêt pour la Région bruxelloise et ses entreprises. Nous avons déjà organisé au Maroc des missions dans les domaines de la construction, de la santé et du digital, des secteurs dans lesquels le Maroc connaît actuellement un important développement", précise encore Hub. Brussels.

"Le tourisme et le secteur muséal constituent également des domaines d'intérêt pour Bruxelles. Des missions ont d'ailleurs été organisées sur ces thématiques en 2025 et 2026, et la prochaine mission économique pourrait être l'occasion d'en assurer le suivi", termine l'organisation.

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