Pakistan : après des manifestations, l'état d’urgence imposé dans un bastion de l’opposition

La contestation enflait dans la province du Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord-ouest du Pakistan. À l’appel du principal parti d’opposition, le Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI), les rassemblements s’étaient multipliés ces derniers jours dans plusieurs districts pour demander la libération d’Imran Khan, leader du parti et ancien premier ministre, emprisonné depuis 2023. Dans ce bastion gouverné par le PTI, plusieurs milliers de soutiens avaient entamé une « longue marche » – comme elle a été surnommée – vers la capitale, Islamabad.

Une région de 40 millions d’habitants

C’est dans ce contexte que l’État fédéral a instauré, dimanche 11 octobre, l’état d’urgence dans l’ensemble de la province, en vertu de deux articles de la Constitution. Islamabad a suspendu les autorités locales du PTI et pris le contrôle administratif de la région peuplée de 40 millions d’habitants. Le bureau du premier ministre, Shehbaz Sharif, a fait savoir que la décision avait été prise en raison de la « détérioration de la situation de l’ordre public au Khyber Pakhtunkhwa » mais aussi « de l’indifférence délibérée du gouvernement provincial dans la guerre contre le terrorisme ».

Islamabad accuse les dirigeants provinciaux de négliger la lutte contre le terrorisme islamiste, dans cette province frontalière de l’Afghanistan où les attentats se sont multipliés ces derniers mois. Le parti d’Imran Khan rejette ces accusations, estimant que le gouvernement fédéral ne lui a pas fourni les fonds et le matériel nécessaires, rapporte l’agence Reuters.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement provincial du Khyber Pakhtunkhwa sera en conséquence « non opérationnel jusqu’à ce que la situation s’améliore », a précisé le ministre de la justice, Azam Nazeer Tarar, lors d’une conférence de presse, en détaillant les dispositions prises pour que la province soit administrée directement par son gouverneur, qui représente le gouvernement fédéral.

Imran Khan privé de procès équitable depuis trois ans

L’ancien premier ministre Imran Khan est emprisonné depuis août 2023. Les autorités pakistanaises l’accusent de diverses infractions, de la corruption à la trahison en passant par l’incitation à la violence à la suite d’émeutes antigouvernementales en mai 2023. Lui rejette ces allégations et dit être ciblé pour des raisons politiques. Cet été, Amnesty International s’alarmait que « depuis trois ans, les autorités pakistanaises privent systématiquement Imran Khan de son droit à un procès équitable, le soumettent à un isolement prolongé et limitent son accès aux soins médicaux ainsi qu’aux visites de sa famille ».

Les craintes suscitées par l’état de santé de cet homme de 74 ans ont alimenté un mécontentement croissant, auquel s’est greffée une colère liée à la situation économique. Le gouvernement avait d’abord cherché à éviter une démonstration de force de l’opposition, en entamant des pourparlers avec le PTI. En échange de certaines demandes de l’opposition – notamment l’accès d’Imran Khan à ses médecins – le gouvernement fédéral exigeait un accord sur le renforcement des mesures de sécurité dans le Khyber Pakhtunkhwa.

Les discussions ont échoué le 4 octobre, ce qui a déclenché le début des manifestations. De quoi faire dire à l’opposition que cette reprise en main est dictée par des raisons politiques, plus que sécuritaires. « Il s’agit davantage d’un coup d’État déguisé en situation d’urgence », a déclaré à l’agence Reuters Zulfikar Bukhari, assistant d’Imran Khan et porte-parole de son parti, ajoutant que cela « risque d’entraîner davantage d’effusions de sang et d’instabilité ».

Le président du PTI, Junaid Akbar, a indiqué sur la plateforme X que le chef du gouvernement du Khyber Pakhtunkhwa, Sohail Afridi, avait été arrêté dimanche 11 octobre, ainsi que le président du parti dans la province. Contacté par l’AFP, le gouvernement pakistanais n’était pas en mesure de commenter dans l’immédiat cette information.