Faire du fric : épisode 8/9 du podcast Ouvrir les vannes | France Inter
"Tu gagnes combien ?" C'est la question que l'on ne pose presque jamais aux professionnels du rire et à laquelle ils excellent à répondre sans répondre. Derrière les éclats de rire apparaît une économie fragile, morcelée, où une heure de spectacle finance en réalité des mois de travail invisible.
Les réponses sont prudentes, presque toutes nuancées. L'humoriste suisse Julie Conti dit parvenir à payer son loyer et ses charges sans avoir retrouvé le niveau de rémunération qui était le sien avant de se lancer. L'humoriste guyanaise Nénette, intermittente du spectacle depuis deux ans, vit désormais entièrement de l'humour, à condition de jouer dans des lieux détenteurs des licences nécessaires pour la déclarer. D'autres rappellent ce que représente, pour le public, une place à 28 euros, et disent y voir une forme de responsabilité vis-à-vis de ceux qui viennent les voir.
Combien vaut une blague ?
La question amuse les intéressés, qui la trouvent aussi étrange que de demander à un musicien le prix d'un couplet. Sa valeur dépend de son usage et de la notoriété de celui qui la porte : après dix-sept ans de métier, explique l'humoriste belge Cody, c'est la loi du marché qui fixe le tarif. Le directeur du Montreux Comedy Festival décrit des cachets sans commune mesure avec ceux d'il y a quatre ou cinq ans, multipliés par dix ou vingt pour certaines têtes d'affiche, avec la difficulté de programmation que cela suppose.
Le chapeau, entre école et précarité
Le stand-up a ceci de particulier que l'on s'y forme en public. Les plateaux servent à se faire connaître, à roder un texte, à essuyer des échecs. Julie Conti défend le format au chapeau comme un espace d'entraînement irremplaçable. Brigitte Rosset, ancienne présidente de l'Union romande de l'humour, créée en 2023, alerte de son côté : à un moment, construire un spectacle coûte de l'argent, et la gratuité massive des contenus sur les réseaux sociaux rend plus difficile de convaincre le public de payer une place. S'ajoute la question des subventions, rares pour un format encore peu reconnu.
Se diversifier, et faire valoir ses droits
L'humour a la particularité de passer facilement d'un média à l'autre : scène, radio, télévision, réseaux sociaux, événements d'entreprise. Cette capacité à cumuler les sources de revenus devient une condition de survie, surtout sur de petits bassins de population où l'on ne peut pas jouer indéfiniment le même spectacle.
Avec les humoristes
et Jonathan Cartelli, producteur belge / Gérard Mermet, producteur / Grégoire Furrer, créateur du festival de Montreux / Sebastien Cortesi / Brigitte Rosset / Jürg Ruchti, directeur de la Société Suisse des Auteurs / Pierre Scheurette, auteur humoristique, journaliste littéraire et chroniqueur radio et télé belge
Extraits