Ouverture d'un procès de six Français accusés de terrorisme en Irak

Chaque vendredi, samedi et dimanche matin, le journaliste Nicolas Poincaré, nous apporte son éclairage sur la géopolitique contemporaine.

Un procès débute aujourd’hui, l e procès de six Français qui se tient à Bagdad en Irak. Ils sont accusés de terrorisme et risquent la peine de mort… Ce sont des Français soupçonnés d’avoir appartenu au groupe de l’Etat Islamique. Ils seront six aujourd’hui dans le box mais ils font partie d’un groupe plus large de 49 jihadistes français qui devraient tous être jugés très prochainement.

Quel est leur profil ?

Ce sont pour certains des rescapés de la bataille finale qui a abouti à la fin du califat de DAESH.
En 2019, après la chute des deux capitales du groupe terroriste Mossoul et Raqqa, les derniers combattants s'étaient réfugiés autour de Baghouz à la frontière entre la Syrie et l’Irak. La bataille a été féroce, les djihadistes étaient réfugiés dans des tunnels, ils n'avaient plus rien à perdre. En face d'eux, les combats étaient menés au sol par les forces kurdes syriennes, appuyée par des forces spéciales américaines et françaises. Honnêtement, il faut le dire, l’objectif de cette coalition n'était pas de faire des prisonniers, mais plutôt d'éliminer un maximum de ces terroristes. C’est une histoire qui n’a jamais été racontée en détail mais qui le sera sans doute un jour.
Et parmi les membres de DAESH arrêtés à cette époque se trouvaient quelques dizaines de Français.
Qui ont d’abord été incarcérés dans des prisons kurdes en Syrie. Mais l’an dernier après la chute du Régime de Bachar El Assad, la France a demandé et obtenu qu’ils soient discrètement transférés en Irak, pays jugé moins instable. Et depuis un an, ce groupe d’une cinquantaine de Français est donc enfermé dans une prison de Bagdad…
On n’a pas la liste des six premiers qui seront jugés aujourd’hui, mais on connaît l’identité de la plupart du groupe de 47 et certains sont connus. Adrien Guihal, originaire de Seine Saint Denis, converti à l’islam. C'est la voix qui a revendiqué l’attentat du 14 juillet à Nice.
Thomas Barnouin et Thomas Collange, ce sont deux convertis issus de la filière d’Artigat en Ariège. D’autres sont originaires de Toulouse, de Vesoul et d'Albi. Un est un ancien champion de natation en France. Au sein de l’Etat Islamique, ils ont été combattants, logisticiens, ou propagandistes.

Leur procès ne devrait pas durer très longtemps...

Il sera sans doute expéditif. En 2019, onze français ayant le même profil avaient déjà été jugés en Irak. Les audiences individuelles avaient duré deux heures, parfois moins.
Énoncé des charges, quelques questions à l’accusé, plaidoirie d’un avocat commis d’office, les juges se retirent cinq minutes pour délibérer et rendent leur verdict. En l'occurrence, en 2019 les 11 Français avaient tous été condamnés à mort . Peine qui avait ensuite été commuée en détention à perpétuité. Après intervention de la France…
Le plus vraisemblable c’est que le même sort sera réservé aux six Français qui sont jugés aujourd’hui et au 43 autres qui le seront bientôt.
Ce qu’on peut retenir c’est que la France a suivi de près ce dossier. Les services secrets ont veillé à ce que les membres de Daech soient bien enfermés sévèrement pendant 8 ans en Syrie, qu’ils soient transférés en Irak lorsque la Syrie n’a plus offert assez de garanti. La France ne s’est pas intéressée à leurs conditions de détention, elle n’a pas facilité le travail de leurs avocats français qui sont tenus à l'écart… La France ne souhaite pas leur rapatriement vers les prisons françaises. Ils sont considérés comme des membres d’un groupe qui a déclaré la guerre à la France et qui ne peut pas espérer aujourd’hui l’aide de la France.
Mais tout de même au bout du compte, Paris devrait intervenir pour que ces 49 Français ne soient pas exécutés.