« Où sont vos gilets de sauvetage ? Votre lampe torche ? Ce matériel est obligatoire à bord et vous n’avez rien » : vaste opération de contrôle menée au large de Cannes et d’Antibes pour le week-end le plus chargé de l’été
À quelques centaines de mètres de la Baie des Milliardaires, au cap d’Antibes, les bateaux chahutent à peine. « Une mer d’huile », confirme l’adjudant-chef Hervé (1).
C’est pourtant derrière ce calme apparent que la gendarmerie maritime s’attelle à débusquer les infractions – souvent nombreuses – des plaisanciers et autres amateurs de sorties en Méditerranée.
Il s’agit de la troisième opération « Sécurité mer » de la saison estivale. Elle est organisée ce week-end du 15 août, le plus chargé de l’année sur l’eau. Destination le large d’Antibes, de Cannes et des îles de Lérins.
La direction départementale des Territoires et de la Mer (DDTM), sous l’autorité du préfet des Alpes-Maritimes, est ici à la manœuvre.
« Veuillez couper votre moteur, s’il vous plaît »
Arnaud Ciaravino / Nice-Matin
Sur leur semi-rigide, les trois militaires s’élancent depuis le port Camille-Rayon, à Golfe-Juan. Ils s’occuperont, pour leur part, uniquement d’Antibes, et en particulier de son cap très fréquenté.
Une fois sur place, ils n’abordent pas tout de suite les navires, paddles et autres jet-skis. « Il est préférable de sonder un peu le terrain avant », confie Hervé, qui s’attend à une matinée calme, avant un après-midi logiquement plus intense.
Leur premier contrevenant ne tarde pas à pointer le bout de son nez : un petit yacht manifestement en excès de vitesse. « Veuillez couper votre moteur, s’il vous plaît », lance l’adjudant Julien.
Avant tout, l’immatriculation du bateau et les justificatifs d’identité sont immédiatement contrôlés, afin de vérifier s’il ne s’agit pas d’un navire volé. Puis viennent les remontrances. « Vous naviguiez à plus de dix nœuds, lance l’officier. Autour du cap d’Antibes, c’est interdit. »
« Où sont vos gilets de sauvetage ? »
Arnaud Ciaravino / Nice-Matin
Le yacht n’est pas un cas isolé : les excès de vitesse sont particulièrement nombreux dans cette zone, jusqu’à un kilomètre des côtes. Pourquoi ? « Cette restriction a été mise en place depuis peu, à la suite d’un grave accident survenu il y a quelques années, et beaucoup ne le savent pas », explique le gendarme Maël.
Et de raconter : « Un navire circulant à une vitesse excessive avait généré une importante vague de sillage, qui a retourné le bateau d’un pêcheur professionnel. »
Le petit équipage s’en sortira avec une contravention de 4ᵉ classe, soit 135 euros. Une nouveauté. « Auparavant, nous ne disposions que de la qualification de délit. Les dossiers étaient très chronophages à monter, explique l’agent. Mais depuis le début du mois d’août, ces nouvelles contraventions, plus rapides, simplifient grandement les choses. »
Aligner les amendes n’est pas l’unique solution. Le trio fait aussi beaucoup de prévention et de pédagogie. À l’image de cette petite embarcation interceptée quinze minutes plus tard, elle aussi trop rapide. « Où sont vos gilets de sauvetage ? Votre lampe torche ? Ce matériel est obligatoire à bord et vous n’avez rien », déplore l’adjudant-chef.
Après une leçon de sécurité, les occupants, blêmes, poursuivront leur virée avec un simple avertissement. « Qu’on ne les y reprenne pas », préviennent-ils en revanche.
Une augmentation des « comportements désagréables »
Arnaud Ciaravino / Nice-Matin
Contrôler en mer, c’est aussi s’apercevoir de certaines évolutions. « Nous sommes de plus en plus sollicités sur le volet de la protection de l’environnement marin, révèle Hervé. Par exemple, la destruction ou l’arrachage de l’herbier de posidonie par les ancres de bateaux constitue une infraction grave. »
Ce samedi matin, l’ambiance est toutefois calme. Ce qui n’est pas toujours le cas : « Nous faisons face à une nette augmentation des incivilités lors des contrôles. Les gens contestent de plus en plus notre autorité, même lorsque nous faisons de la simple prévention. »
Les plaisanciers sont pourtant bien contents lorsque ces mêmes militaires volent à leur secours. Comme pour ce petit bateau tombé en panne de moteur, à seulement quelques mètres des rochers. « Composez le 196 pour joindre les secours », conseillent-ils, après avoir tenté de le redémarrer.
Si personne ne vient remorquer les malheureux, les gendarmes ne s’interdiront pas de s’en charger. « Il fait beau donc ça va, mais si la mer était démontée, on ne se poserait même pas la question, glisse Maël. Assister les personnes en danger n’est pas notre cœur de métier, mais nous le faisons dès que c’est nécessaire. »
Bilan de la journée sur l’ensemble des trois zones : 58 contrôles réalisés et 16 procès-verbaux d’infraction dressés.
1) Seuls les prénoms des militaires sont publiés.