Où se sont arrêtées les caravanes électorales des chefs?

À l’occasion du dernier sprint de la campagne électorale qui s’entame ces jours-ci, Le Devoir a retracé les trajets parcourus par les caravanes des cinq chefs des principaux partis depuis la fin août. Tour d’horizon avant les deux dernières semaines de route.

Premier constat fait en observant le nombre de visites par région : si on prend les deux plus grandes villes québécoises, Québec (43 visites au total) domine largement sa cousine, Montréal (21 visites). Pour Emmanuel Choquette, professeur adjoint en communication politique à l’Université de Sherbrooke, la Vieille Capitale s’avère plus populaire que la métropole, comme elle est « particulièrement prisée » par plusieurs formations politiques dans ce cycle électoral.

À noter que le décompte du Devoir exclut les participations des chefs aux débats électoraux et aux entrevues médiatiques dont l’accès au public est fermé.

Les circonscriptions et régions visitées par les différents partis correspondent aussi généralement aux endroits où ils espèrent pouvoir remporter des sièges, mais où du travail reste nécessaire pour consolider une victoire, analyse M. Choquette.

Cela pourrait ainsi expliquer l’absence des chefs à Montréal, puisque le poids des régions à l’extérieur de la métropole est plus important, souligne-t-il, en citant notamment l’importance du vote francophone, qui, « à bien des égards, se retrouve à l’extérieur ».

De toutes les formations politiques, c’est Québec solidaire (QS) qui est le parti le plus présent à Montréal — avec pas moins de 11 des 21 visites totales. Le parti de gauche visite aussi le Québec, mais moins que certains de ses adversaires, privilégiant des circonscriptions comme Sherbrooke, où il a tenu trois activités en un peu plus de deux semaines. La circonscription sera chaudement disputée avec le Parti québécois (PQ), qui y a effectué une visite, et elle a aussi attiré l’attention des libéraux, qui tentent de renforcer leurs appuis en Estrie (quatre visites).

Au gré des chefs… et de la stratégie

Les troupes libérales misent tout particulièrement sur la circonscription d’Orford, où le chef Charles Milliard s’est arrêté à trois reprises dans l’espoir d’améliorer ses chances de la remporter le 5 octobre prochain.

Cette tendance est observable chez les autres chefs, à l’exception de la porte-parole solidaire, Ruba Ghazal, qui a fait deux activités dans Mercier contre six dans la circonscription voisine de Sainte-Marie–Saint-Jacques. Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a visité Camille-Laurin trois fois ; la cheffe caquiste, Christine Fréchette, s’est, elle, arrêtée à Trois-Rivières à trois reprises ; et le leader du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a stationné son autobus pas moins de cinq fois dans Bellechasse.

Cette dernière statistique ne devrait toutefois pas surprendre : les troupes d’Éric Duhaime misent majoritairement sur les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches pour aller chercher les 12 sièges qu’elles convoitent. « On voit qu’on se concentre beaucoup dans les circonscriptions où on peut faire une différence, soutient Emmanuel Choquette. Et le chef a une présence très concentrée dans ces espaces-là, c’est cohérent avec leurs discours. »

Dans Chaudière-Appalaches, l’autobus du PCQ représente ainsi plus de 50 % des 20 visites totales, tandis qu’Éric Duhaime est premier au chapitre des visites dans la Capitale-Nationale (13), devant la Coalition avenir Québec (8), le Parti libéral du Québec (8), le PQ (7) et QS (7).

Les visites montréalaises du chef conservateur orbitent d’ailleurs toutes autour des trois débats, la caravane étant en quelque sorte forcée de faire des sorties en sol montréalais pour s’éviter des allers-retours.

La CAQ ratisse plus large

Également présente aux deux débats de la semaine dernière, Christine Fréchette a toutefois jusqu’ici évité de tenir une activité en bonne et due forme à Montréal, préférant s’arrêter dans les couronnes de la métropole.

L’autobus caquiste est d’ailleurs celui qui a ratissé le plus large, évitant de visiter plusieurs fois des circonscriptions. Résultat : en 62 arrêts, l’autobus caquiste a visité 53 circonscriptions différentes. Loin devant les 34 circonscriptions visitées par Charles Milliard en 63 arrêts.

Que faut-il y comprendre ? Emmanuel Choquette émet une hypothèse : trouver où se démarquer pourrait s’avérer plus compliqué pour la Coalition avenir Québec (CAQ), qui sort d’un mandat où bon nombre de circonscriptions étaient bleu poudre. « Il ne faut pas oublier que la CAQ avait perdu beaucoup de plumes dans la plupart des circonscriptions. Alors, identifier avec précision, savoir où ça peut être le plus payant, ça peut être peu plus difficile. »

Avec 13 des 17 régions visitées, c’est Paul St-Pierre Plamondon qui a stationné son autobus dans le plus de régions différentes, suivi de Christine Fréchette (12) et de Charles Milliard (11). Viennent ensuite Ruba Ghazal (9) et Éric Duhaime (7).

À deux semaines du vote, les sols de la Côte-Nord et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine n’ont pas encore été foulés par un chef de parti. Le PQ et les libéraux prévoient d’ailleurs se déplacer un peu à bord d’un avion plus tard dans la campagne.