Ornella Muti : « J’étais terrorisée par les chiens d’Alain Delon. Il les emmenait partout, même dans les caravanes »
Ornella Muti, inoubliable princesse Aura dans « Flash Gordon ».
© Sipa
C’est l’une des reines du cinéma mondial. L’actrice italienne Ornella Muti était l'invitée de l’Étrange Festival qui prend fin ce week-end à Paris. L’occasion était trop belle de la rencontrer dans son hôtel parisien, pour l’exercice de la filmographie commentée dont voici la première partie.
C'est sa fille aînée, l'actrice et chanteuse Naike Rivelli, qui lui ressemble d'ailleurs comme deux gouttes d'eau, qui vous ouvre la porte et vous fait patienter quelques instants. Puis la Princesse Aura de « Flash Gordon » arrive et s'installe confortablement sur le sofa. Pas de chichi ici. Si Francesca Romana Rivelli, alias Ornella Muti, est l'une des légendes du cinéma transalpin, elle est ravie d'être à Paris pour assister à l'édition 2026 de « L'Étrange Festival » et parler cinéma, sa grande passion. La veille de notre entretien, réalisé le 20 septembre 2026, elle a présenté sur la scène du Forum des images son premier film en tant qu'actrice, « Seule contre la mafia » de Damiano Damiani, qui ressortira en Blu-ray chez Artus Films en octobre 2026.
« Seule contre la mafia » de Damiano Damiani
Ma sœur aînée Claudia Rivelli devait faire le casting et m’a demandé de l’accompagner. Comme j’étais seule ce jour-là, je l’ai suivie. Franca Viola, la jeune fille du fait divers, était très jeune quand elle a refusé la coutume en Sicile de se marier à l’homme qui l’avait enlevée. Elle n’avait que 14 ans. Elle était vraiment très jeune mais elle a changé le destin de toutes les femmes siciliennes. Donc j’ai accompagné ma sœur, et comme j’étais moins âgée qu’elle, Damiano Damiani m’a choisie. C’était un tournage dur. On a tourné dans des villages sinistrés par le tremblement de terre de 1968. On travaillait beaucoup, aussi à l’époque, il n’y avait pas vraiment de règlements. Donc, c’était un film difficile. Et pour moi, comme je ne voulais pas faire l’actrice, je ne savais pas trop quoi faire (rires). J’aime bien interpréter des femmes qui ont quelque chose à dire.
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« Romances et Confidences » de Mario Monicelli (1974)
Avec Ugo Tognazzi (grand acteur italien avec lequel elle va beaucoup tourner de films dans les années 70, NDLR), nous sommes devenus très amis dans la vie. Ugo était un homme exceptionnel, un grand acteur. Je ne savais toujours pas comment réagir aux indications des metteurs en scène et il était très attentif. Mon rôle dans « Romances et Confidences » n’était pas facile à interpréter pour une jeune actrice, c’est une femme venue d’un petit village qui débarque à Milan et qui va prendre son destin en main. Pendant le tournage, j’étais enceinte de ma première fille, Naike. Je me souviens, j’ai appris le résultat des analyses la veille du début du tournage. Ma mère a appelé la production mais Mario Monicelli a insisté. Donc j’ai fait le film. Après quand il est sorti au cinéma, j’avais la petite donc le succès du film m’a un peu échappé.
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« La Dernière femme » de Marco Ferreri (1976)
Marco Ferreri avait une réputation d’être un homme difficile, qui réalisait des films provocateurs. Quand il m’a appelé pour faire le film, je n’ai pas hésité. Je n’avais jamais eu peur de faire des choses. J’ai peur quand je dois les faire, mais je n’ai pas peur de la réception des films. Quand il est sorti en Italie, cela a été un choc. Il y a eu beaucoup de débats. C’est un film où la femme a le pouvoir et l’homme (interprété par Gérard Depardieu), ne sait plus quoi faire. C’est la castration symbolique, métaphorique puis physique. Marco a toujours fait des films profonds.
« Mort d’un pourri » de Georges Lautner (1977)
J’étais terrorisée par les chiens d’Alain Delon. Il les emmenait partout, même dans les caravanes où nous attendions pour le maquillage. Il me disait : « ne bouge pas trop brusquement ». Il y avait tout le temps des chiens prêts à te mordre, je pense qu’ils étaient un peu méchants, agressifs en tout cas. Je me demandais tout le temps, « qu’est-ce que je fais, je bouge ou je ne bouge pas » (rires).
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« Flash Gordon » de Mike Hodges (1980)
C’est le producteur Dino De Laurentis qui m’a choisie. C’était une expérience fantastique avec des décors géniaux. Il y avait un arbre gigantesque, c’était comme vivre dans un conte de fées. C’était un pari, le film avait un gros budget. En Italie, je lisais des comics comme Mandrake, Diabolik. Le film est rapidement devenu culte.
« Conte de la folie ordinaire de Marco Ferreri (1981)
J’avais entendu parler de l’écrivain Charles Bukowski mais je ne connaissais pas ses œuvres, je savais que ça parlerait d’alcool, de défonce mais avec beaucoup de sens et de recherche existentielle. Même si tu ne partages pas cet univers-là, il évoque des sentiments qui appartiennent à tout le monde. Je jouais dans ce film le rôle de Cass, une prostituée aux comportements autodestructeurs. Si une femme est belle, on ne cherche pas vraiment à savoir qui elle est car on est frappé par sa beauté et on s’arrête à sa superficialité.
Retrouvez dimanche la seconde partie de sa filmographie commentée.
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