« On veut juste pouvoir continuer à vivre de notre métier » : le port de Nice bloqué par la colère des pêcheurs, le récit d’une journée pas comme les autres

Il est 14 heures, l’étau se desserre à l’entrée du port de Nice. Le Royal Clipper, l’emblématique cinq-mâts de la compagnie monégasque Star Clippers, pourra finalement venir s’amarrer dans le bassin Lympia. Tôt dans la matinée, le Pascal Lota de la Corsica Ferries avait dû, quant à lui, changer de cap. Ses quelque 600 passagers partis la veille de Propriano ont finalement débarqué à Savone. Conséquence du coup de force organisé ce jeudi 17 septembre par les marins-pêcheurs des Alpes-Maritimes.

Dès 6 heures, ils avaient pris position entre les deux phares. « On ne laisse passer que ceux qui bossent ! », hurle l’un de ces professionnels depuis le pont de son bateau. Le barrage tenu par une dizaine d’embarcations se voulait filtrant. « On n’est pas là pour embêter les locaux », expliquait Arnaud Allari, second Prud’homme à Saint-Jean-Cap-Ferrat, à l’heure de lever le blocus.

Les pêcheurs maralpins entendaient surtout peser sur les négociations qui se tenaient à Paris. La date de ce mouvement ne devait en effet rien au hasard. La ministre déléguée en charge de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, avait rendez-vous ce jeudi matin avec les représentants de cette profession qui a commencé à manifester sa colère dès le début de la semaine.

La « double-peine » de la hausse du prix du gazole

Le blocus du port de Nice, ainsi que celui du Grau-du-Roi, fait suite aux actions déjà menées ces 96 heures à Frontignan, Sète, Fos-sur-Mer et Port-la-Nouvelle.
Le blocus du port de Nice, ainsi que celui du Grau-du-Roi, fait suite aux actions déjà menées ces 96 heures à Frontignan, Sète, Fos-sur-Mer et Port-la-Nouvelle.
Jean François Ottonello / Nice Matin

Le blocus du port de Nice, ainsi que celui du Grau-du-Roi, fait suite aux actions déjà menées ces 96 heures à Frontignan, Sète, Fos-sur-Mer et Port-la-Nouvelle. Les marins-pêcheurs français dénoncent la hausse du gazole qu’ils subissent de plein fouet. « Pour nous c’est la double peine », explique Julien Cepero, pêcheur à Antibes. La flambée des prix du carburant pèse sur leurs charges d’exploitation, comme elle pèse sur le pouvoir d’achat des particuliers qui leur achètent de moins en moins de poisson.

Ces professionnels qui ont vu leurs effectifs fondre ces dernières années se disent complètement « asphyxiés ». « Nous étions 89 à Cannes dans les années soixante-dix. Aujourd’hui nous ne sommes plus qu’une trentaine », constate amèrement Franck Dubbiosi, pêcheur de père en fils depuis cinq générations. Pour tenter d’éviter que la profession, déjà confrontée à l’accumulation des normes européennes, ne boive la tasse, le gouvernement lui a promis une compensation de 35 centimes par litre de carburant consommé… « Sauf que c’était il y a 4 mois et qu’en réalité on ne l’a toujours pas touché », se sont empressés de dénoncer les pêcheurs maralpins auprès d’Eric Ciotti.

Le maire de Nice à leur rencontre

Après 6 heures de discussions « animées » mais « constructives », la ministre déléguée à la Mer a annoncé que les aides aux pêcheurs « suivront la variation des cours du carburant ».
Après 6 heures de discussions « animées » mais « constructives », la ministre déléguée à la Mer a annoncé que les aides aux pêcheurs « suivront la variation des cours du carburant ».
Jean François Ottonello / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Le maire de Nice est venu à leur rencontre en début de matinée. D’abord pour les assurer de son « soutien ». Pour l’élu local, le gouvernement doit prendre « ses responsabilités » et « débloquer sans attendre » l’aide promise. Même si elle « reste insuffisante ». Car le fondateur de l’union des droites pour la République a aussi son propre cap à quelques mois de l’échéance présidentielle. Et en tant que président d’une formation politique, Éric Ciotti a, « avec nos députés » et « avec Marine Le Pen », une « proposition très claire » sur le sujet : « baisser massivement la TVA » appliquée sur la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Cela coûterait 12 milliards d’euros mais le maire de Nice sait déjà où les trouver.

Les marins-pêcheurs n’en demandent sans doute pas tant. « On veut juste pouvoir continuer à vivre de notre métier », résume le Cannois Franck Dubbiosi. Et cela en passe, pour eux, par un coup de pouce de l’État. Pour l’obtenir ces professionnels maralpins se disent prêt à reconduire leur mouvement : « On a démontré qu’on pouvait bloquer le port, qu’on en était capable, et s’il le faut on le refera », prévient Arnaud Allari.

Après 6 heures de discussions « animées » mais « constructives », la ministre déléguée à la Mer a annoncé que les aides aux pêcheurs « suivront la variation des cours du carburant ». Reste à savoir si cela suffira à apaiser leur colère ?