« On n’est pas à vendre » : les indemnités d’Alto peinent à convaincre des agriculteurs
Des centaines d’agriculteurs du Québec et de l’Ontario se sont réunis samedi à Rigaud, à la frontière entre les deux provinces, pour montrer leur opposition au projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto. Cette nouvelle mobilisation survient au moment où Alto cherche à conclure une entente-cadre sur les compensations des expropriations avec l’Union des producteurs agricoles (UPA).
On a une fierté. On n’est pas à vendre, s'indigne Karine Bercier, une agricultrice de Saint-Isidore, dans l’est ontarien.
La présence d’autant d’agriculteurs est pour elle un sacrifice nécessaire, en cette période de l’année où il y a tant à faire dans les fermes.
Les terres de Mme Bercier pourraient faire partie des 1700 propriétés expropriées, dont au moins 500 terres agricoles traversées par le TGV, selon les estimations du président-directeur général de la société d’État, Martin Imbleau.

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Des centaines d'opposants au projet de TGV étaient réunis à Rigaud samedi.
Des expropriations compensées
Mises bout à bout, les indemnités proposées par Alto aux agriculteurs expropriés attendraient jusqu’à 350 % de la valeur marchande des terres agricoles ciblées, selon des informations obtenues par Radio-Canada.
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Cela inclurait aussi des indemnisations pour les conséquences sur les propriétés et la perte de récoltes.
Un propriétaire dont la terre est évaluée à 60 000 $ pourrait ainsi recevoir de 200 000 $ à 220 000 $.
L’idée de céder ses terres est tout simplement impensable pour Karine Bercier, qui dit vouloir les préserver pour la relève.
Les générations passées ont travaillé pour nous [...]. Nous autres, on est toujours là pour les prochaines générations futures. On a zéro intention de vendre.

L'agricultrice Karine Bercier dit avoir reçu six lettres de la part d'Alto demandant l'accès à ses terres agricoles, ce qu'elle a refusé. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Karine Bercier
On n’est pas là pour des compensations. On est là pour protéger nos terres, car on les transmet de génération en génération, souligne le président général de l’UPA, Martin Caron, présent à la manifestation.

Martin Caron dans son étable à Louiseville. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Pierre Milot
L’UPA exige la « suspension immédiate » du projet dans son entièreté.
M. Caron demande au ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, de faire preuve de transparence. Il estime que d’autres priorités pourraient être financées au Québec, citant notamment le logement, l’itinérance et les routes.
Quelles sont les positions des partis par rapport au TGV?
| Parti politique | Propositions |
|---|---|
| Coalition avenir Québec | Appuie le projet de TGV fédéral entre Québec et Toronto. |
| Parti libéral du Québec | Appuie le projet de TGV fédéral entre Québec et Toronto, mais souhaiterait une modification de tracé pour minimiser l'impact sur les terres agricoles. |
| Québec solidaire | Appuie le projet de TGV fédéral entre Québec et Toronto, mais exige qu'Ottawa respecte les lois et le territoire québécois. |
| Parti Québécois | Sous le PQ, le Québec se retirerait du projet de TGV d'Alto. |
| Parti conversateur du Québec | Le PCQ s'oppose au projet de TGV d'Alto entre Toronto et Québec. |
Limiter l'impact du tracé
Les détails du programme de compensation des expropriations n’ont pas été rendus publics, mais il n’est pas prévu qu’Alto achète des terres dans leur entièreté, selon des sources au fait du dossier.
Moins de 5 % de la surface des propriétés serait acquise dans la grande majorité des cas, selon Caroline Des Rosiers, porte-parole d’Alto.

Une centaine d'agriculteurs étaient réunis à Rigaud, à la frontière entre l'Ontario et le Québec.
Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron
Le promoteur du projet a acheté un premier terrain « stratégique », sans préciser son emplacement. La société d’État est à la recherche d’experts en immobilier pour se préparer aux expropriations à venir.
On veut limiter les impacts que l'infrastructure peut avoir dès le départ, ajoute-t-elle, par exemple en suivant les limites des lots et les infrastructures existantes.
Des passages supérieurs et inférieurs seront construits pour permettre le maintien de l’accès entre les terres divisées par le tracé des rails, d’après la porte-parole.

L'Union des producteurs agricoles demande la suspension du projet de TGV entre Québec et Toronto.
Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron
Malgré les promesses d’Alto de maintenir l’accès aux terres divisées, l'agricultrice Karine Bercier craint que cela ne soit pas suffisant. Ils ne feront pas des ponts à chaque petit chemin, pense-t-elle.
C’est déjà de longues journées [pour les agriculteurs]. Des détours de 45 minutes aller-retour, c’est énorme de demander ça sur toutes nos fermes.
Alto devrait présenter un tracé raffiné du corridor Montréal-Ottawa cet automne.
Avec les informations de Félix Pilon