"On n'a pas fait ça pour l'argent": les 1.450€ d'indemnité versés aux agriculteurs mobilisés dans les Fagnes ne suffiront pas à couvrir leurs frais
1.450 €, c'est le montant que vont percevoir les 110 agriculteurs recensés par les Communes de Jalhay, Waimes, Malmedy, Baelen et Butgenbach, ayant prêté main-forte aux services de secours lors de l'incendie des Fagnes. Cet argent est composé d'une indemnité de 750 € versée par la Province de Liège et d'un don de 700 €, issu d'une cagnotte mise en place par la Fédération des Jeunes Agriculteurs (FJA).
ncendie dans les Hautes Fagnes en août 2026, le plus gros de Belgique: tous nos articles"L'appartenance syndicale n'a pas d'importance"
La FJA a été surprise par l'élan de générosité des citoyens qui ont contribué à faire grossir la cagnotte jusqu'à 85.000 €. "On ne s'attendait pas à récolter une telle somme, confie Pierre d'Hulst, porte-parole de la FJA. Ça prouve que les citoyens ont perçu l'ampleur de l'investissement que les agriculteurs ont fourni."
Aide pour les agriculteurs intervenus lors de l'incendie des Hautes Fagnes : ils devraient recevoir 700 € de la FJA et 750 € de la Province de LiègeComme mentionné plus haut, les 110 agriculteurs bénévoles mobilisés dans les Fagnes recevront 700 € chacun, tandis que les 50 fermiers mobilisés à Wellin, pour un autre incendie survenu le même week-end, recevront 150 €. Qu'ils soient affiliés ou non à la FJA, ils seront tous indemnisés. "Dans ce genre de moment, l'appartenance syndicale n'a pas d'importance, on ne regarde pas à ça", assure le porte-parole.

La Province de Liège a, elle aussi, mis la main au portefeuille, en indemnisant à hauteur de 750 € les personnes mobilisées. "Il s'agit d'un montant forfaitaire compensatoire, qui prend notamment en compte le remplacement de pièces sur les machines, tels que les filtres à air, détaille le député provincial André Denis (MR). Cet argent sera versé aux agriculteurs selon la liste établie avec les bourgmestres des communes concernées."
"Ça m'a fait chaud au cœur"
Pour beaucoup d'agriculteurs, cette somme ne couvrira pas les frais générés lors de leur passage en fagnes, que ce soit le temps passé loin de leur exploitation, l'achat de carburant ou l'usure de leur matériel. "De vendredi à lundi, mon tracteur a été mobilisé 40 heures, relate Harry Raven, agriculteur à Stoumont. J'ai dû changer de filtre à air, ce qui m'a coûté 300 €. C'est clair que ça ne couvre pas tous mes frais, mais ce n'est pas important, on n'a pas fait ça pour l'argent. Quand j'ai vu la mobilisation des citoyens, ça m'a fait chaud au cœur."
Harry a roulé dans les Fagnes du vendredi au lundi. "J'ai roulé à partir de 19 h 30 vendredi jusqu'à 4 heures du matin samedi. Je suis remonté sur mon tracteur de 15 heures à minuit. Dimanche, un autre chauffeur a pris mon tracteur à partir de 8 h 30, jusqu'à 2 heures du matin lundi. J'ai ensuite repris le relais une dernière fois jusqu'à 9 heures du matin. Lorsque j'ai appris que certains avaient été mobilisés directement par la Province, je suis reparti avec mon tracteur." Bien que sa machine n'était plus active sur le feu, Harry a continué à s'investir, notamment en fournissant des tuyaux et des raccordements spéciaux, facilitant la connexion des cuves agricoles aux camions des pompiers.
Une quinzaine de fermiers réquisitionnés
Comme Harry l'a spécifié, certains agriculteurs ont été réquisitionnés par la Province de Liège dès le lundi 17 août 2026, soit le quatrième jour du sinistre. Valentin Gobels, agriculteur à Charneux (Jalhay), a fait partie des hommes concernés. "Puisque j'ai été réquisitionné par la Province, mes heures passées dans les Fagnes vont être facturées, révèle-t-il. On doit être environ une quinzaine à avoir reçu un document par mail de la Province le lundi, qui couvrait nos heures en intervention jusqu'au jeudi, donc le week-end, on n'a pas été couvert."

Valentin a roulé environ 120 heures dans les Fagnes. "J'y étais depuis vendredi. J'ai la chance d'avoir mon papa qui a pu aider et gérer la ferme pendant mon absence. Mais il n'y a rien à faire, tout seul, il ne pouvait pas faire autant que ce que je fais habituellement. Heureusement, je n'ai eu aucune perte au niveau des bovins." Bien qu'elle ne prenne pas en compte les heures prestées de vendredi à dimanche, cette réquisition provinciale permettra au Jalhaytois d'amortir une partie de ses frais matériels. "On a dû changer deux fois les filtres et j'ai subi une crevaison. Tout ça, je l'ai remplacé à ma charge."
Les employés et les machines de l'entreprise Tiègeoise Evrard S.A. ont aussi été réquisitionnés le lundi. "Ce que j'ai facturé me permet de couvrir mes frais, rien de plus, Jean-Luc Evrard, administrateur de l'entreprise agricole Evrard S.A. On n'a pas fait ça pour se faire du profit et puis on a eu de la chance, on n'a eu aucun dégât matériel."
Cette réquisition a été ordonnée par les services du gouverneur de la province de Liège. "C'est une réquisition menée dans le cadre du maintien à l'ordre public. La quinzaine d'agriculteurs concernés seront donc payés par le Ministère de l'Intérieur", explique André Denis.
Une mobilisation spontanée mais anticipée: "On a formé un groupe WhatsApp suite aux incendies en France"

Soucieux de la sécheresse et attentifs à l'évolution des feux de forêts en France, certains agriculteurs avaient formé un groupe WhatsApp, vers la fin du mois de juillet, pour s'organiser en cas de nécessité. Autant dire que cette initiative était arrivée à point nommé.
Dès le mois de juillet, les agriculteurs s'inquiétaient des impacts de la sécheresse, que ce soit au sein de leurs exploitations, mais aussi dans les Fagnes et les forêts. "On voyait les mégafeux en France, et on savait très bien que ça risquait d'arriver aussi en Belgique. J'ai pris l'initiative de contacter le bourgmestre de Stoumont pour lui dire que la situation en France me tracassait et que, niveau matos, les agriculteurs pouvaient aider en cas de nécessité", confie l'agriculteur stoumontois Harry Raven.
Harry Raven, agriculteur à Stoumont: "En Wallonie, on peut combattre le Mercosur, mais différemment"Ce genre d'initiatives, mettant en lien des citoyens et les zones de secours pour faire face à des sinistres de grande ampleur, sont inédites et ne jouissent pas d'un cadre légal défini. Cette situation rendait toute mise en place officielle impossible. "J'ai eu des contacts avec des bourgmestres et des pompiers, et ils étaient vraiment mal pris. Officiellement, on ne peut pas collaborer de la sorte, il n'y a rien de légal qui entourait tout ça", confie le Stoumontois.
Pour lui, ces précautions de la part des élus et des pompiers sont tout à fait justifiées. "Si quelque chose devait arriver à un agriculteur sur le terrain dans le cadre d'une collaboration officieuse, la responsabilité retomberait sur le bourgmestre, souligne-t-il. Je trouve d'ailleurs qu'ils ont vraiment eu beaucoup de responsabilités à porter pendant cette crise, on ne le souligne pas assez."
"Traumatisant mais très beau humainement parlant"
Harry finira donc par créer un groupe sur l'application de messagerie WhatsApp vers la fin du mois de juillet, regroupant quelques agriculteurs et entrepreneurs ayant du matériel à mettre à disposition. "On avait prévu une réunion de réflexion pour voir s'il était possible de rendre notre collaboration avec les pompiers légale, affirme-t-il. Elle devait avoir lieu le 21 août. On parlait aussi de faire un exercice pratique sur le terrain à l'horizon 2027, pour voir comment s'organiser avec les pompiers." Finalement, le drame qu'ils craignaient arriva plus vite qu'anticipé, et l'exercice pratique fut remplacé par un déploiement en conditions réelles.

"Dès le vendredi soir, quand j'ai vu le début du feu en Fagnes, je ne tenais plus en place, admet-il. J'envoyais des messages à des élus pour savoir s'ils avaient besoin de nous, mais ils nous disaient toujours non, faute de cadre légal." De nombreux fermiers partiront finalement vers la fagne, vendredi en fin de journée. "Ils nous ont dit d'y aller, car ça commençait à devenir grave. De là, j'ai envoyé des messages sur notre groupe, et tout s'est enchaîné très vite, se rappelle-t-il. J'avais aussi téléphoné au responsable Electrabel du barrage de Robertville, pour avoir l'autorisation d'y venir avec des tuyaux pour s'approvisionner en eau. Il a tout de suite dit oui."
Pour le DNF, l'incendie dans les Fagnes est catastrophique pour la biodiversité : "Quant au feu, on aura des foyers jusqu'à l'hiver" (vidéo)Durant le week-end, de nombreux autres agriculteurs ont rejoint le groupe WhatsApp. Pour Harry, ce fut une expérience ambivalente. "La fumée, le feu, le désastre… On peut dire que c'était traumatisant. Mais, humainement, c'était incroyable. La réaction des gens était formidable, dès le premier jour on se retrouvait avec des riverains qui nous offraient de quoi boire et manger au bord de la route. On s'est vraiment senti soutenus par la population", conclut-il.
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