"On m’a traité de fasciste" : à Paul-Valéry, le blocage des universités, à Montpellier, s’est retrouvé au cœur du débat démocratique entre "pro" et "anti"
Alors qu’une AG avait décidé, vendredi 9 octobre en soirée, de la réouverture de l’université Paul-Valéry, le Scum, syndicat étudiant, s’y est opposé ce lundi 12 octobre pour, dit-il, ne pas affaiblir le mouvement de revendication.
Après l’enthousiasme des premiers jours de blocage à l’université Paul-Valéry, à Montpellier, pour soutenir les revendications des lycéens et pour demander, notamment, l’inscription des "sans-facs", après l’ivresse de voir tous les campus de la ville, tels des dominos, rejoindre la lutte (sciences, droit, etc.), le mouvement étudiant connaît ses premiers atermoiements.
Une pétition qui dit non au blocage de la fac de droit et de science politique a ainsi été publiée sur change.org, ce week-end. Une assemblée générale (AG), vendredi soir, à l’université de lettres, sciences humaines et sociales a conclu au déblocage ce lundi 12 octobre.
Déblocage ou pas à Paul-Va ?
Un déblocage non suivi d’effet, en raison de l’opposition des membres du Scum (Syndicat de combat universitaire de Montpellier), pour qui l’AG était, en substance, "téléguidée par la présidence de l’université" et visait à affaiblir le mouvement.
Autant dire que l’assemblée générale prévue ce lundi à 14 h, sur le parvis de l’Atrium de Paul-Va, qui a réuni environ 300 personnes, a suscité nombre de prises de parole, parfois dissonantes.
Des questions de démocratie
Sous l’arbre à palabres, Renaud, par exemple, s’est inquiété au micro des menaces et des insultes qu’il a pu recevoir lorsqu’il est arrivé, ce lundi matin, pour soutenir les lycéens de Clemenceau. "On m’a traité de fasciste, simplement parce que j’étais d’accord avec la levée du blocage aujourd’hui", a-t-il relevé, précisant : "Je ne suis pas contre tout type de blocage mais contre les blocages anti-démocratiques".
"D’autant, précise Lila, étudiante en cinéma, que l’idée en rouvrant les portes, c’était d’aller dans les amphis et dans les salles de cours pour tracter, mobiliser un maximum de gens et avoir une assemblée générale vraiment représentative."
Une guerre des syndicats ?
D’autres ont encore déploré "une guerre entre syndicats, où les gens se crachent dessus alors qu’ils défendent les mêmes causes et ont les mêmes valeurs" en appelant à l’union et à s’ouvrir à d’autres formes d’action, comme l’occupation plutôt que le blocage. Le débat est ouvert…
En attendant, l’ensemble de la communauté étudiante est appelé à manifester avec les lycéens ce mardi 13 octobre. Rendez-vous place Albert-1er à 13 h.
Le plaidoyer des étudiants en DAEU
Noa Bales, étudiant en DAEU (Diplôme d’accès aux études universitaires), a livré un vibrant plaidoyer pour lui et ses camarades de promotion, acculés par la suppression des cours, et a demandé une dérogation. Âgé de 21 ans, non titulaire du bac, il mise tout sur cette formation qui doit lui permettre d’obtenir l’équivalent du baccalauréat et lui ouvrir les portes de l’enseignement supérieur. "Le DAEU, c’est comme une seconde chance, c’est le choix de reprendre des études après avoir été longtemps à l’arrêt, de changer de métier ou de voie. Certains d’entre nous ont des familles à nourrir, des obligations financières. C’est une formation de reconversion professionnelle qui coûte plus de 1 000 euros et nous n’avons que huit mois pour changer nos vies. Alors, je pose la question : n’y a-t-il pas un autre moyen de montrer notre contestation que de nous empêcher d’étudier ? Je vous demande de penser à ceux qui font des sacrifices pour étudier, à ceux dont la parole n’est pas forcément écoutée." Son collègue Benjamin, 31 ans, ne dit pas autre chose : "À 16 ans, on m’a viré de l’école et 15 ans plus tard, je ne peux pas reprendre des cours de français, d’anglais ou de méthodologie en visio, c’est trop dur, je n’y arrive pas."