« On a franchi un seuil » : après l’été 2026, faut-il apprendre à vivre avec moins d’eau ? - ICI
Publié le mardi 8 septembre 2026 à 13h44
L’été 2026 restera dans les annales météorologiques. Épisodes caniculaires à répétition, incendies spectaculaires et, par endroits… la sécheresse et les restrictions d’eau. Près de 1 400 cours d’eau étaient à sec en juillet, un record en France.
Doit-on apprendre à vivre avec moins d’eau ? C’est l’une des questions que l’on doit se poser après cet été 2026, inédit à bien des égards. Quel bilan tirer de cet été ? Quels enseignements ? Et quelles solutions restent à trouver pour préserver ce véritable trésor qui sort de nos robinets ?
Ce sont les questions que nous avons notamment posées à Emma Haziza, hydrologue et docteure de l’École des Mines de Paris. Pour elle, le constat de cet été est sans appel : « On a franchi un seuil qu’on n’avait pas atteint jusque-là. On l’a vu avec tous ces petits cours d’eau qui alimentent l’intégralité de notre territoire et qui se sont retrouvés à des niveaux de sécheresse inédits jusque-là. »
Selon l’Office français de la biodiversité, ce sont près de 1 400 cours d’eau qui étaient à sec en juillet dernier. Un coup dur pour les sols et les nappes phréatiques, mais aussi pour le vivant. Les animaux sauvages sont notamment dépendants de ces cours d’eau. Mais alors, que s’est-il passé ? L’hiver dernier s’est montré particulièrement généreux en eau. Et pourtant… « On a eu trop d’eau, de manière exceptionnelle, en hiver. Et au printemps, le système a basculé. On peut avoir des quantités d’eau colossales, pour autant, le stock hivernal peut ne pas tenir durant l’été. Ça, c’est quelque chose de nouveau », explique Emma Haziza au micro de Johann Guérin.
Le Bureau de recherches géologiques et minières confirme : les niveaux d'eau des réserves souterraines sont également très préoccupants. 94 % étaient en baisse au 1er août et 63 % des points d’observation se situaient sous les normales.
Autre point d’étonnement : les zones géographiques dans lesquelles ces phénomènes de sécheresse sont apparus. « Il y a des zones comme le Massif central, la Creuse, la Bretagne, qui se sont rapidement retrouvées à sec du fait de leur géologie, sans réservoir profond. Il y a le Grand Est aussi. C’est la Méditerranée qui s’en est le mieux sortie cette année, c’est contre-intuitif. On a quand même eu des feux de forêt qui se sont déclenchés par des phases de sécheresse dans le Pas-de-Calais. C’était vraiment impensable avant. Il y a des phénomènes nouveaux qui impactent l’intégralité de la France. »
Peut-on continuer à consommer de l'eau normalement ?
Pour la docteure Emma Haziza, on ne peut plus faire comme s’il ne se passait rien : « Si on continue à utiliser l’eau comme on l’utilisait avant, sur un stock qui est moins important, on va, de manière de plus en plus chronique, venir tarir nos milieux souterrains », avec des conséquences sur l’alimentation, la consommation ou encore la production d’énergie, qui « demande des quantités d’eau absolument colossales ».
Et les conséquences, nos primeurs et agriculteurs les ont déjà vues. C’est ce que confirme Hervé au micro d’ICI Mayenne. Il tient le Potager Fleuri à Louverné, un potager de vente directe entre le producteur et le consommateur. Et dès cet été, il a dû s’adapter : « Il a fallu faire des choix. On a arrêté d’arroser des choses pour garder de l’eau pour le plus urgent. On a arrêté de planter des choux parce qu’on savait qu’on n’avait pas assez d’eau pour autre chose. »
Il a donc fallu faire des choix, mais aussi adapter son activité : « On est passé en tuyau goutte à goutte, en micro-arrosage, ce qui fait qu’on a réduit les quantités d’eau pour économiser. On a tout mis sur programmation pour que ça soit plus facile à gérer. Mais ça n’a pas été simple. Le pire, c’est qu’on nous annonçait de la pluie, mais à chaque fois, c’était repoussé à 15 jours plus tard. Mais il fallait bien continuer à fournir des légumes, c’était le plus important. »
Le constat sur le futur de son activité est sans appel pour Hervé : « Il y a certainement des choses qu’on produira moins ou différemment. Il va y avoir des choses à revoir, c’est sûr. »
Même sentiment chez Didier, agriculteur et auditeur d’ICI Bourgogne : « On est au mois de septembre et on attend la pluie. On n’a eu que quelques millimètres. Pour que la nature reverdisse, il faudrait au moins une centaine de millimètres. On est très loin de ce qu’il faudrait. Et dans les semaines qui s’annoncent, ce n’est pas prévu. »
« Je récupère l’eau de la machine à laver »
En dehors des traditionnels mousseurs d’eau et autres réducteurs de débit pour les douches, que peut-on faire de plus ? « Toutes les consommations peuvent être réduites », affirme Emma Haziza au micro de Johann Guérin.
En Champagne-Ardenne, Nicole récupère ses eaux usagées depuis des années : « Stocker un peu l’eau à la maison et l’utiliser pour la chasse d’eau ou arroser le jardin. Moi, personnellement, je réutilise l’eau de ma douche. Le manque d’eau m’inquiète beaucoup. J’essaye de communiquer au maximum à mon entourage. »
Même son de cloche chez Béatrice : « Je récupère l’eau de pluie, l’eau de la machine à laver pour les fleurs, l’eau du lavage de légumes et de mains pour les toilettes. »
Le système D semble déjà bien ancré. Mais est-il suffisant ?
Pour aller plus loin :
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Retrouvez l'interview en intégralité de Emma Haziza, hydrologue et docteure de l’École des Mines de Paris au micro de Johann Guérin :
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