Nuisances aériennes, Waterloo s'immisce dans l'action en justice bruxelloise : "La santé des Brabançons wallons ne vaut pas moins que celle des Bruxellois"

"Puisque les gens de Koekelberg ne comprennent rien, nous récapitulons" ; "Des pourritures dont le seul but est de faire crever le voisin" ; "Encore et toujours des mensonges de Koekelberg", etc. Sur les réseaux sociaux, les collectifs de défense des riverains survolés par les avions de l'aéroport de Bruxelles National se tirent dessus à balles réelles.

À notre gauche (l'ouest), les Bruxellois du centre de la capitale, survolés via la piste 07L – parfois à très basse altitude −, depuis la mise en place de la nouvelle route appelée "route Crucke". Plus de 250 000 Bruxellois impactés (Anderlecht, Koekelberg, le centre de Bruxelles, Schaerbeek, Evere, Haren mais aussi Jette, Berchem-Sainte-Agathe, etc.), des nuits courtes, voire blanches en cet été caniculaire. "Jamais je n'avais entendu autant d'avions aussi fort", commente ce Molenbeekois d'une soixantaine d'années. "Les avions passent toutes les deux à trois minutes, sans cesse et très bas. C'est invivable." Lui, et toutes les autres victimes de la route Crucke sont défendus par un collectif récent, très actif sur les réseaux sociaux et dans les médias : Free Air 4 Brussels.

"Nous avons pris un avocat pour tenter de calmer la situation"

À notre droite (l'est), le collectif "Piste 01 ça suffit". Il représente les Bruxellois et Brabançons wallons survolés lorsque les avions atterrissent sur la piste 01. Sont essentiellement concernés les habitants de Braine-l'Alleud, Waterloo, Wezembeek-Oppem, Rhode-Saint-Genèse, Kraainem, Woluwe-Saint-Pierre, Auderghem, etc.. Le groupe Piste 01 existe depuis une vingtaine d'années. Il agrège aujourd'hui des anciens collectifs tels que Awaccs, UBCNA, Kraainem, etc. Et est soutenu par un autre collectif Wezembeek-Oppem UBCNA, beaucoup plus agressif vis-à-vis du collectif Free Air 4 Brussels.

Récemment, le collectif Free Air 4 Brussels a mis en demeure, par lettre d'avocat, l'ASBL Piste 01 ça suffit de cesser ses commentaires désobligeants et insultes via les réseaux sociaux. "Nous avons pris un avocat pour tenter de calmer la situation", explique le président de Free Air 4 Brussels, Vincent Vanwijnsberghe. "Il n'y a pas de dispute mais nombre de commentaires sont insultants et dénigrants. On se fait agresser. Nous n'avons jamais agressé personne."

Du côté de l'ASBL Piste 01 ça suffit, on reproche la communication "mensongère" de Free Air 4 Brussels, notamment sur le nombre de "victimes" du survol. "Ils comparent leurs 280 000 survolés par la piste 07 à 30 000 survolés par la piste 01. C'est mensonger et efface les habitants de Wezembeek-Oppem, de Woluwe-Saint-Pierre, Kraainem et du Brabant wallon. Soit plus de 100 000 personnes. Voici une façon particulière d'informer les gens…", pose le président de Piste 01 ça suffit. Free Air 4 Brussels assure se baser sur les chiffres délivrés par l'étude de l'ULB. "On a beaucoup de compassion pour les riverains de l'est de Bruxelles et du Brabant wallon. Mais le vrai problème est que les vols au-dessus de nos têtes ont triplé alors qu'ils ont été divisés par deux chez eux. Je les comprends mais on ne peut pas résoudre les problèmes de la 01 en déviant tout sur la 07", renchérit Vincent Vanwijnsberghe.

Des "propos diffamatoires, relevant de la manipulation"

Au-delà des invectives sur les réseaux sociaux via commentaires acerbes et affiches virulentes générées par l'intelligence artificielle, ce combat se joue également entre bourgmestres. À Woluwe-Saint-Pierre, Benoît Cerexhe a piqué un coup de gueule contre des "propos" qu'il juge "diffamatoires, relevant de la manipulation" de Free Air 4 Brussels pendant que la commune de Molenbeek offrait à l'ASBL une campagne de com' sur les sucettes JCDecaux installées sur son territoire. À Waterloo, Florence Reuter (MR) a elle aussi réagi virulemment. Leur reproche premier ? La communication de Free Air 4 Brussels dont l'objet principal est de renvoyer les atterrissages sur la piste O1. "Il faut tenir compte du Brabant wallon qui subit lui aussi des nuisances, même s'il est plus éloigné de l'aéroport", plaidait-elle dans La DH début juin. "On demande à être concerté, y compris avec Bruxelles."

Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux.
Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux. ©dr

Le conflit entre les "victimes" de l'aéroport national prend désormais une tournure juridico/politique. La commune de Waterloo se joint en effet à l'action en cessation environnementale intentée par le gouvernement bruxellois contre l'État belge en juin dernier via une "intervention en action volontaire". La décision vient d'être prise en collège communal, confirme la bourgmestre Florence Reuter (MR) à La Dernière Heure. Elle est soutenue par l'ASBL Piste 01 ça suffit qui rejoint, elle aussi, l'action. La commune de Rhode-Saint-Genèse envisage également de s'associer à la démarche. Objectif : "protéger les gens qui ne sont pas protégés par l'action bruxelloise". Cette intervention volontaire permet ainsi d'intervenir dans l'action d'une partie et de faire valoir son propre point de vue.

Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux.
Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux. ©dr

"Il faut que les intérêts des Waterlootois soient pris en compte"

Entre autres demandes, cette action bruxelloise réclame que l'État belge ordonne la cessation immédiate de l'utilisation de la "route Crucke" via la piste RNP07 – renvoyant donc implicitement une majorité d'atterrissages sur la piste 01 −, qu'elle rétablisse une hiérarchie entre les pistes dites secondaires (01 et 07) et les routes prioritaires (25L et 25R), qu'elles relèvent les normes de vent, etc.

Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux.
Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux. ©dr

"L'action en cessation environnementale de la Région bruxelloise a pour objectif de tout renvoyer sur la piste 01, donc les habitants du sud-est de Bruxelles, de Wezembeek-Oppem, de Waterloo et Braine-l'Alleud. Nous nous y opposons", argue Charles Sohet. "Nous comprenons que certains Bruxellois se disent dévastés par le survol, qu'ils voient passer un avion toutes les deux minutes. Nous, cela 23 ans que ça dure. Personne ne mérite d'être survolé de la sorte. Mais la santé des Brabançons wallons ne vaut pas moins que celles des Bruxellois. Nous nous sentons oubliés dans ce combat. Actuellement, on ne parle que de Bruxelles, pas des victimes de la piste 01."

Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux.
Les comités de défense des riverains survolés par l'aéroport de Zaventem se déchirent sur les réseaux sociaux. ©dr

Florence Reuter, insiste : "Il faut que les intérêts des Waterlootois soient pris en compte. À partir du moment où les communes bruxelloises contestent la situation actuelle, nous voulons aussi être entendus. Certaines communications des ASBL bruxelloises sont violentes. Ce que les Bruxellois subissent aujourd'hui, nous le subissons depuis plus de 15 ans. Aujourd'hui, il n'y a plus rien qui s'explique. On sait que le dossier est communautaire mais on ne lâchera rien."

"Jean-Luc Crucke a ouvert la boîte de Pandore. Il a créé la chienlit"

Officiellement, tout le monde joue la carte de l'apaisement. "Si l'on veut éviter ces nuisances, il faut s'attaquer à la cause, pas à la conséquence (ce que demande également la région bruxelloise dans son action contre l'État belge, NdlR)", analyse Charles Sohet. En clair et entre autres choses : en revenir aux normes de vent d'avant 2003 et le changement de règles instauré par Bert Anciaux (ministre de la Mobilité à l'époque) et redéfinir l'usage exceptionnel des pistes 07 et 01. "Notre but n'est pas d'opposer Bruxellois et Brabançons wallons. Il faut que les intérêts des uns et des autres soient pris en compte", apaise Florence Reuter.

Pour Vincent Vanwijnsberghe, la responsabilité première vient du Fédéral. "Jean-Luc Crucke (ministre fédéral en charge du dossier, Les Engagés -NdlR) a ouvert la boîte de Pandore. Il a divisé les Bruxellois et les Brabançons. Il a créé la chienlit", pose-t-il. "Des convergences sont possibles, notamment sur les normes de vent, la fin des vols de nuit, etc., mais qui ne peuvent pas justifier le maintien de cette route Crucke dont la cadence des atterrissages pourra monter à 66 avions par minutes. Nous sommes pour un débat serein. Nous sommes prêts à collaborer", poursuit-il tout en convenant que cela sera "très compliqué car les intérêts de chacun sont différents".

Plus que jamais, la balle est dans le camp du ministre Jean-Luc Crucke, qui a l'obligation d'apporter une solution pour le 1er octobre prochain.

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