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  • 2026-08-04 21:03:04 +0000 UTC

    Aug 04, 2026

    L’histoire de la « maison hantée » de Notre-Dame-des-Neiges

    Des travaux archéologiques ouverts au public ont été menés lundi et mardi à la célèbre maison François-Leclerc de Notre-Dame-des-Neiges.

    Ce chantier visait à sonder le sol avant de solidifier la structure de ce monument historique construit en 1823 et terminé en 1824.

    Tout est à faire ou presque. On a travaillé beaucoup sur la généalogie dans le coin, mais au niveau historique, sur nos bâtiments, sur nos sites, on a travaillé trop peu, mais il n'est jamais trop tard.

    Une maison de pierres unique en son genre

    Cette maison-là, elle est vraiment particulière à la région pour avoir d'abord été un des premiers bâtiments de pierre d’une grande taille, explique Hélène Dupont-Hébert, ethnologue pour La Horde patrimoine appliquée.

    Ça a été une maison qui a accueilli longtemps des pilotes pour le Saint-Laurent, dont François Leclerc, maître pilote. Ensuite, ça a passé de main en main, puis elle a été abandonnée éventuellement, explique-t-elle.

    Hélène Dupont-Hébert examine un trou sur un site archéologique.

    Hélène Dupont-Hébert, ethnologue pour La Horde patrimoine appliqué sur le site de la maison hantée de Notre-Dame-des-Neiges.

    Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel

    Derrière les rumeurs de marins assassinés et de fantômes qui entourent le bâtiment, les sondages des archéologues mettent tranquillement au jour une réalité historique tout aussi captivante.

    Des indices précieux sous la terre

    Les premières découvertes, bien que modestes en apparence, réjouissent les chercheurs.

    Les archéologues ont mis au jour un ancien plancher de bois dans ce qui devait être la cave, révélant des rondins d'époque prouvant que l'espace était habité et non sur de la simple terre battue, ainsi que des clous à tête carrée et des débris de coquillages témoignant d'une alimentation locale basée sur les fruits de mer.

    Une pointe de silex a également été extraite du sol.

    Clous carrés et autres artéfacts sur une table.

    Les archéologues ont déjà découvert un plancher de bois d'époque dans la cave et des clous à tête carrée.

    Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel

    Probablement importée d'Europe, cette pierre d'une couleur particulière intrigue.

    Comme le sol québécois ne possède naturellement que du chert, ce morceau de silex suggère des réseaux d'importation ou même la fabrication locale de pierres à fusil pour la chasse ou la défense du territoire par des miliciens, selon Dany Larrivée, historien et directeur général de la municipalité de Notre-Dame-des-Neiges.

    Selon lui, ces artéfacts qui peuvent sembler banals permettent de mieux comprendre les habitudes des habitants de la maison, voire même les relations entre les pilotes du Saint-Laurent et les miliciens au dix-neuvième siècle.

    On fouille la maison pour en apprendre davantage, puis boucher un peu les vides qui sont formés par les questions qu'on a. [...] Dans un milieu rural comme le nôtre, c'est la seule maison de pierres qui existe. François avait forcément de l'argent, donc probablement une grande influence, mais laquelle?, questionne l’historien.

    Les documents témoignent que le pilote était entouré de beaucoup de personnes influentes de son époque, mais rien sur son rôle.

    Il a joué un rôle dans le développement territorial, ça paraît d'une évidence, mais il n’y a pas un document qui est capable de nous le dire, on le sait juste par déduction en voyant son entourage, fait que la maison a encore beaucoup à dire et le site aussi.

    La fin du mythe de l’auberge sanglante

    La maison François-Leclerc traîne depuis des générations une réputation de maison hantée. La légende veut qu'un marin y ait été poignardé lors d'une bagarre dans ce qu'on croyait être une auberge de pilotes, avant d'être enterré sous la cave.

    Dany Larrivée remet toutefois les pendules à l'heure : le bâtiment n’était pas un relais public, mais bien la résidence privée de trois pilotes du Saint-Laurent, dont François Leclerc, le premier propriétaire du bâtiment.

    Archéologues sur le site d'une structure en pierre.

    Les travaux pour solidifier la structure ont déjà été entamés pour garantir aux archéologues un lieu sécuritaire.

    Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel

    L'imaginaire collectif aurait fusionné cette demeure avec une véritable auberge de pilotes de l'époque située à Saint-Fabien-sur-Mer.

    Il ne faut pas en vouloir quand l'histoire elle dérive, elle a quand même ses fondements, cette légende-là, confie l'historien, préférant laisser coexister le mythe et la science.

    Dany Larrivée.

    Dany Larrivée, directeur général de Notre-Dame-des-Neiges et historien.

    Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel

    De nombreuses questions demeurent d’ailleurs sans réponse, comme la cause exacte du décès de François Leclerc en 1837, absent du registre des noyades de la Maison Trinité, ou la perte tragique de trois de ses enfants en quelques semaines en 1831, avant l'arrivée du choléra.

    Un patrimoine local à rebâtir

    Pendant les fouilles qui se déroulaient lundi et mardi, un cahier spécial a été mis à la disposition du public pour recueillir leurs récits d'épouvante et souvenirs d'enfance, nourrissant ainsi à la fois les archives municipales et les légendes entourant la maison.

    Des visiteurs avec des archéologues sur un site archéologique.

    Les fouilles archéologiques étaient ouvertes au public lundi et mardi.

    Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel

    La maison François-Leclerc de Notre-Dame-des-Neiges subira ensuite d'importants travaux pour préserver ce qu'il reste de l'édifice construit en 1824.

    La Municipalité investira près de 200 000 $ pour refaire la maçonnerie, les cadres de portes et de fenêtres et y construire un squelette en bois qui permettra aux murs de demeurer debout.

    Avec les informations de Andréanne Lebel et MIchel-Félix Tremblay

    2026-08-04 21:03:04 +0000 UTC