Nostalgie auto. Il y a 50 ans, ils gagnent l’ancêtre du Dakar, sur une R 12 break... Gordini !
Contrairement à une idée largement répandue, Thierry Sabine n’a pas inventé le rallye-raid et le Paris-Dakar n’était pas la première course du genre.
Quelques années avant le premier Dakar, l’Abidjan-Nice, né de l’ambition de Jean-Claude Bertrand, partait d’Abidjan pour rejoindre Nice à travers la Haute-Volta, le Niger, l’Algérie, le Maroc, l’Espagne puis la France, sur un parcours d’environ 10 000 kilomètres. La première édition s’élance fin décembre 1975 et s’achève en janvier 1976.
La course la plus dure du monde
Le concept est simple : des voitures, des motos, des camions réunis sur un parcours hostile, avec une organisation pour le moins…basique. En effet, les concurrents emportent nourriture, couchage et outillage à bord. La navigation au milieu de l’Afrique?
Elle repose sur un road-book sommaire et une carte Michelin de l’Afrique de l’Ouest. Chaque journée de course apporte son lot d’incertitudes : rios à franchir, pierres, chaleur écrasante, animaux hostiles, pannes et bivouacs improvisés.
Et ne comptez pas sur l’organisateur pour vous simplifier la vie : Jean-Claude Bertrand est aussi l'organisateur du Bandama Rally, une course entrée dans l’histoire, quand en 1972, aucun concurrent ne parvient à rallier l’arrivée.
Un break R12 pour faire la course. Photo Renault
Briavoine, un maçon pilote
Jean-Claude Briavoine, entrepreneur normand devenu pilote, découvre le tout-terrain au milieu des années 1970 et remporte la première Coupe de France des rallyes tout-terrain.
« C’est le sport automobile qui est venu à moi. J’étais un sage petit entrepreneur de maçonnerie en campagne Normande. Tous les quinze jours, il y avait un rallye qui se courait près de chez moi. Un beau jour ça m’a agacé, et j’ai pris une licence et j’ai commencé la course automobile avec une Panhard 24 TC en rallyes goudrons en 1966 ».
« Un jour de 1970, un rallye tout-terrain a été organisé en France, le Rallye Infernal. Il avait été créé par un organisateur de rallyes qui ne trouvait pas normal que les anglais aient le RAC et qu’il n’y ait pas de rallye terre en France. J’y ai participé avec une Renault 4. Au fur et à mesure, d'autres rallyes tout-terrains ont été organisés en France. Puis un jour nous sommes partis en Afrique. » nous explique Jean-Claude Briavoine.
Lorsque Bertrand lui téléphone fin 1974 pour trouver une voiture destinée au Bandama, il ne se doute pas encore qu’il prépare l’une des pages les plus originales de l’histoire de Renault en Afrique.
Une voiture étonnante
En effet, pour courir l’Abidjan-Nice, Briavoine ne choisit pas un gros 4X4 mais une voiture bien moins attendue : une Renault 12 1600 initialement destinée au marché américain.
Avec l’aide de l’ingénieur Renault Hubert Melot, il renforce les suspensions, adapte les ressorts, monte une plaque pour protéger le moteur en tôle d’Alpax, un moteur Gordini et une transmission intégrale conçue par Sinpar.
La préparation n’est pas réalisée au service course de Renault, ni au sein de l’atelier d’une écurie de course ou même chez un garagiste, mais dans le sous-sol de la maison de Jean-Claude Briavoine.
Briavoine finira pilote d'usine chez Lada. Photo N.Laperruque
Un modeste break familial
La voiture ne paie pas de mine, mais elle est redoutablement efficace. Sa principale faiblesse reste la boîte de vitesses, mise à rude épreuve par les pistes africaines.
Lors de cette première participation, Briavoine parvient même à réparer ses roulements et ses crabots dans l’immense atelier d’Arlit, au Niger, avant de terminer troisième du rallye derrière deux Land Rover, un résultat déjà remarquable pour une Renault 12. Le pilote privé, va donner des idées à la régie Renault.
Une course à crédit
Encouragé par cette troisième place et par la robustesse démontrée de la R12 Sinpar, Renault décide de préparer deux voitures pour l’édition suivante, une pour Jacky Privé, l’autre pour Briavoine. Mais le constructeur n’a ni l’intention de les engager officiellement ni l’intention de les fournir gratuitement aux équipages.
Gérard Larrousse, patron du service compétition de Renault propose aux deux pilotes de leur vendre les Renault 12. Privé peut acheter la sienne, Briavoine n’en a pas les moyens. Mais l’envie de courir est la plus forte et le garçon est malin. Il négocie alors un arrangement rocambolesque avec Gérard Larrousse.
La Renault 12 sera achetée à crédit. Briavoine paye la première traite, s’engage à ramener la voiture à Nice… avant de la rendre au service compétition de Renault ! Si la R12 arrive, le crédit sera annulé.
Une machine incassable
C’est dans ces conditions précaires que Briavoine prend le départ avec son copilote Alain Oger, professeur d’éducation physique passionné d’automobile.
Leur Renault 12 Break 4x4 Sinpar embarque le quatre-cylindres Gordini à deux carburateurs double corps, développant environ 160 ch, pour un poids contenu de 1 040 kg. De quoi donner un peu de souffle à ce paisible break familial. Mais plus que la performance pure, la préparation de Briavoine privilégie avant tout la solidité.
La R12 break est devenue une machine conçue pour encaisser tout ce que l’Afrique mettra sous ses roues. Au menu : traction intégrale, suspensions renforcées, protections mécaniques et une mécanique simple, réparable loin de toute assistance.
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La victoire de Nice
Le rallye s’achève à Nice le 16 janvier 1977 après 10 000 km de pistes défoncées et de pièges en tous genres. Face aux Land Rover, aux voitures de courses bien plus puissantes et autres 4X4, la Renault 12 de Briavoine et Oger franchit la ligne d’arrivée en tête.
Briavoine n’aura pas à rembourser la voiture. Pour Renault, cet exploit inespéré est immédiatement exploité par le service communication. Une fois rentré chez lui, Briavoine reçoit un télégramme de félicitations d’Amédée Gordini.
Le pape de tous les préparateurs rend hommage au maçon ayant bricolé sa R12 dans son sous-sol. Pour Briavoine c’est la consécration. Mais ce succès ne fait peut-être pas plaisir à tout le monde.
Renault ne veut pas payer
Pour Gérard Larrousse, patron du service compétition de Renault, cette victoire ne semble pas être une si bonne nouvelle : “Larousse m’a appelé pour me reprocher d’avoir gagné avec une Renault. Le discours était le suivant, avec cette victoire Renault allait être obligé de me donner une voiture pour mes prochaines courses, et il ne le souhaitait pas !” Une attitude qui va pousser Briavoine à claquer la porte de Renault.
Jean-Claude Briavoine participera à de nombreux Dakar. Photo N.Laperruque
Le Paris-Dakar et la Niva
« Quelques semaines plus tard, je marche dans une rue d’Evreux, en Normandie et je tombe sur un véhicule totalement nouveau, que je n’avais jamais vu, une Lada Niva! Je l’ai regardé sous toutes les coutures. Elle était compacte, légère, 4X4. Après m’être glissé dessous, dans la rue, je me suis dit que tout le travail que j’avais fait sur la R12 était transposable sur la Niva. J’ai cherché l’importateur et je leur ai téléphoné. »
Au même moment, Thierry Sabine, un ancien concurrent de l’Abidjan-Nice, lance le premier Paris-Dakar. Briavoine, lui, poursuivra sa carrière sur Lada Niva, terminant troisième du Dakar en 1981 puis deuxième en 1982. L’expérience du pilote et préparateur amateur sera finalement reconnue par une marque.