"Nos vies rêvées", le premier roman du docteur Maurine Graas
Pas d'idées pour un bon roman à glisser dans sa valise ? Et pourquoi pas lire local ? On vous le dit de suite, un récit pas vraiment dans la lignée des romans du terroir, plutôt aux frontières de l'imaginaire et de la pensée.
Pour son premier coup d'essai, ce n'est pas un coup dans l'eau. Avec "Nos vies rêvées", Maurine Graas, médecin à Arlon, n'a pas raté son premier roman. Un thriller soft, mais pas mièvre, qui flirte entre les barrières du réel et du désir.
"Simon est un petit garçon rêveur et solitaire. Lorsqu'il arrive dans la vallée des Trois Moulins, il rencontre Jeanne, une fillette vive, lumineuse, tout son contraire. Jusqu'où peut-on aller pour sauver la personne qu'on aime ?"
Et l'on se prête à rentrer dans le monde de Simon. Le héros prend le lecteur par la main dans son introspection. Constamment l'œil dans le rétroviseur, pas d'autres choix que d'entrer dans la bulle du personnage principal. Des silences qui en disent long. "Le récit explore les zones d'ombre qui habitent chacun de nous et la frontière fragile entre l'innocence et la faute".
Construit comme un puzzle, la trame évoque les travers humains, mais sans lourdeur. On ne peut s'empêcher à penser à Adeline Dieudonné, entre sarcasme et quotidien. L'intrigue monte en puissance. Cela se lit vite et bien, et on ne risque pas la tendinite de l'index, les 170 pages du récit défilent.
On sent manifestement que cette maman de trois enfants s'est fait plaisir et, comme c'est alors souvent le cas, celui qui opte pour le bouquin finit par ne pas le lâcher.
Avec une écriture tonique, aux phrases courtes et souvent sans verbe, l'autrice manie l'art de la narration en "Je" pour emmener le lecteur là où elle le veut. On se dit bien qu'il y a un piège, mais l'attachant Simon en proie avec ses démons finit par faire douter le lecteur. Et si c'était vrai ? Ou pas ?
La chute, optimiste, sans être à l'eau de rose paraphrase Saint-Exupéry: "A toi d'écrire notre vie rêvée".
Du stéthoscope à la plume
Et qu'est-ce que cela fait de passer du stéthoscope à la plume ? La toubib, aujourd'hui patricienne en médecine du travail, ne se prend pas la tête. "Il y a comme un sentiment d'illégitimité, c'est très anxiogène, mais d'un côté, il y a un petit sentiment de fierté d'avoir écrit un livre et qu'il a plu au comité de lecture et à une éditrice. J'écris depuis toute petite, depuis mon premier cancer, dans un but de détente, comme les gens peignent. Cela s'apparente avec le sport, à force d'écrire, il y a plein d'idées qui viennent. C'est une forme d'art-thérapie".
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