« Nos playlists sont 100 % humaines » : comment le français Qobuz se démarque de Spotify, Deezer et Apple Music

Spotify, Deezer, Apple Music… Les géants du streaming ont bouleversé l’accès à la musique. Face à eux, un petit acteur français né en 2008 tisse pourtant sa toile sur ce marché ultra-concurrentiel. A sa tête, Georges Fornay, ancien de Sony. Entretien.

Challenges – Comment Qobuz a-t-il réussi à se faire une place à l’ombre des géants du streaming ?

Georges Fornay – D’abord grâce à une qualité audio haute résolution. Ensuite, si notre catalogue compte 100 millions de titres comme celui de nos concurrents, nous l’enrichissons d’une offre éditoriale unique : plus de 700 000 articles signés par des journalistes, en complément du streaming et du téléchargement. Et nous ne proposons que des abonnements payants, sans publicité, ce qui nous permet de mieux rémunérer les artistes.

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En 2019, Qobuz accumulait les pertes. Comment avez-vous renoué avec la rentabilité et atteint une croissance record en 2025 ?

Il a fallu faire des choix stratégiques : privilégier l’international, car se concentrer sur la France aurait été une erreur. J’ai embauché, notamment des ingénieurs. Et à tous les niveaux – en particulier au marketing –, une gestion frugale est nécessaire.

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N’est-ce pas risqué de cibler cette niche du payant ?

Le potentiel de croissance du streaming payant reste très fort dans de nombreux pays, en Asie comme en Amérique latine. Je dis souvent que nos clients sont des militants, car ils ont en général plus de 40 ans, tandis que nos concurrents ciblent les moins de 30 ans. Qobuz se démarque : quand tout le monde va dans une direction, nous allons dans l’autre.

En tant que PME française de 130 salariés, avez-vous connu des moments de découragement ?

C’est vrai que nous sommes partis de loin. Mais nous avons tenu en pariant sur un développement géographique maîtrisé. Pas besoin d’être présent dans 180 pays. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir été soutenu financièrement par des institutions comme Bpifrance. En Europe, les investissements dans le divertissement restent compliqués.

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Il y a eu un déclic pour Qobuz aux États-Unis l’an dernier…

Oui, des influenceurs ont relayé sur TikTok un communiqué détaillant notre taux de reversement moyen par écoute, plus favorable aux artistes que celui de nos concurrents. En vingt-quatre heures, les souscriptions aux périodes d’essai ont été multipliées par dix. Tout repose sur nos valeurs : faire découvrir des artistes et valoriser leur travail. Un utilisateur Qobuz génère 120,30 euros de revenu moyen annuel, six fois plus que la moyenne du marché.

Face au raz-de-marée de titres générés par intelligence artificielle, comment réagissez-vous ?

Là encore, nous misons sur l’humain. Nous n’utilisons pas d’argent pour pousser des artistes dans nos playlists, qui sont réalisées à 100 % par nos équipes, sans aucune IA. Et nous avons développé notre propre système pour détecter la fraude et les contenus générés par IA.

Comment imaginez-vous Qobuz dans cinq ans ?

Nous continuerons d’explorer de nouveaux marchés. L’Inde, c’est trop tôt ; la Chine, très compliqué ; mais le Japon, en retard sur le streaming payant, a du potentiel, tout comme l’Amérique du Sud, en pleine croissance. Et l’entreprise restera familiale : c’est important.