Non, le Code du travail suisse ne fait pas que 49 pages
Virginie Schadler
Publié le 07/09/2026 à 07h02 • Mis à jour le 07/09/2026 à 07h02
L'essentiel
- Le 2 septembre sur CNews, Sarah Knafo affirme que le Code du travail suisse ne faisait que 49 pages.
- Cette affirmation est largement relayée sur les réseaux sociaux.
- L’information est en réalité fausse, le Code du travail suisse étant largement complété par d’autres textes.
C’est une vieille rengaine. Depuis plusieurs années déjà, les personnalités politiques comparent la taille du Code du travail français à celui de nos voisins européens. Septembre 2013, sur le plateau de l’émission « Des paroles et des actes » (France 2), François Bayrou brandit de la main droite le Code du travail suisse (un fin livret de quelques pages) et de la gauche le Code du travail français.
Dernière occurrence en date : Sarah Knafo, le 2 septembre 2026, sur le plateau de CNews. La députée européenne du parti Reconquête compare l’exemplaire français au Code du travail suisse, louant ce dernier pour ses prétendues 49 pages.
L’extrait en question est posté sur son compte X : « Si on fait une petite comparaison : en France, vous avez un Code du travail qui fait 4.000 pages, en Suisse, le Code du travail fait 49 pages. Est-ce que les Suisses se bousculent pour venir profiter du paradis social français ? Non, pas du tout. »
FAKE OFF
Alors certes, « le droit français est complexe et touffu », assure l’avocate Diane Buisson auprès de 20 Minutes. Mais l’affirmation est trompeuse car il n’existe pas de « Code du travail » suisse unique et exhaustif susceptible d’être mis en regard du Code du travail français. La France centralise toutes ses lois sociales dans un seul ouvrage, alors que la Suisse les disperse notamment entre le Code des obligations (environ 400 pages), la loi fédérale sur le travail, et de multiples réglementations cantonales, comme le précise le portail officiel de l’administration fédérale.
Si le Code suisse est effectivement moins dense, c’est aussi parce que les exemplaires français comprennent de nombreuses jurisprudences, précise l’avocate. Le Droit français va jusqu’à préciser des éléments techniques, relatifs par exemple aux dimensions des locaux ou aux équipements. Tandis qu’en Suisse, la loi fédérale pose des minima impératifs et la liberté contractuelle ainsi que les conventions collectives construisent le reste. Le Code du travail suisse compte donc moins de pages car l’État délègue certains détails aux négociations directes entre syndicats et employeurs par le biais des Conventions collectives de travail (CCT).
La rubrique Fake Off
L’avocate Diane Buisson concède que « ce Code du travail français est quand même complexe pour les petits commerces, mais c’est pour protéger les travailleurs ». En Suisse, il y a, d'après l’avocate, une plus grande flexibilité, mais « qui dit Code du travail plus petit dit aussi un droit moins protecteur […] Oui, il y a des choses à revoir dans le Code du travail, mais il est impossible de le réduire à 49 pages. Cela prendrait des années ».