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  • 2026-08-05 18:02:07 +0000 UTC

    Aug 05, 2026

    Nicolas et Carla Sarkozy : les vacances corses d'un couple indestructible

    Sur la plage du Maquis, leur hôtel de Porticcio, en juillet, juste avant un aller-retour à Nice pour la commémoration des attentats.

    Sur la plage du Maquis, leur hôtel de Porticcio, en juillet, juste avant un aller-retour à Nice pour la commémoration des attentats.

    © DR

    En Corse, le couple a repris son souffle avant les échéances décisives de l’automne. Avec l’espoir d’un horizon enfin dégagé

    Le lieu semble avoir été décrit par Gide dans « Les nourritures terrestres » avant d’exister : « La porte de la maison s’entrouvrait un instant sur un accueil de lumière, de chaleur et de rire, et puis se refermait pour la nuit. Rien de toutes les choses vagabondes n’y pouvait plus rentrer. » C’est ici, à la pointe du cap Nègre, que se retrouvent chaque été, depuis près de vingt ans, les Bruni-Sarkozy – ou Sarkozy-Bruni. On ne sait dans quel ordre l’écrire, tant les deux noms semblent désormais indissociables. Les Américains auraient sans doute inventé un mot pour cette union : Sarkoni ou Brunozy. Les Français, par élégance, s’en sont abstenus. « Dès que je les sais là-bas, je me dis qu’il ne peut plus rien leur arriver », confie une intime, encore marquée par l’année qu’ils viennent de vivre. Ils y passeront le mois d’août, après avoir séjourné pendant une quinzaine de jours du côté de Porticcio, près d’Ajaccio.

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    Franchi le modeste portail, le regard s’arrête d’abord sur les deux imposantes tours qui donnent à la maison sa silhouette singulière. On entre par un couloir dont les proportions surprennent. Quelques marches descendent, apparaît alors la grande salle, sous son haut plafond. Rien ou presque n’a changé depuis la construction, à la fin des années 1930 : les faïences anciennes sont restées en place, les tomettes d’origine aussi, et le mobilier d’époque semble attendre ceux qui l’ont toujours connu. André Faraggi, le premier. Cet ancien pilote de l’air, proche de Marcel Dassault et d’Abel Chirac, le père de Jacques Chirac, tomba sous le charme de ce promontoire rocheux dominant la Méditerranée. Il en fit sa demeure avant de le vendre en 1971 à la famille Bruni Tedeschi. Puis vient la terrasse. « C’est ici que sont pris les repas le soir », raconte un habitué. Dans le parc, les citronniers venus d’Italie côtoient les cyprès et les plants de lin. L’air est chargé d’odeurs de sel, d’agrumes et de résine.

    Nicolas et Carla Sarkozy : les vacances corses d'un couple indestructible

    Nicolas et Carla Sarkozy : les vacances corses d'un couple indestructible

    © DR

    La journée, chacun suit son rythme. Lui, lorsqu’il ne part pas courir à la fraîcheur des premières heures, enfourche son vélo. Direction le col de Babaou, à 400 mètres d’altitude. Parfois, il va taper quelques balles au club local. Elle, pendant ce temps-là, part nager. « Elle adore cela », commente sobrement une amie. Avant de poursuivre : « Ce n’est pas monacal, mais ils ont leurs rituels. » À 18 heures, l’apéritif. « Marisa, la mère de Carla, aime que cela commence tôt », raconte un habitué des lieux. On vous tend un verre de vin ou de whisky. Il est rare que ce soit le seul. Les deux hôtes, en revanche, s’en tiennent aux « softs ». Par habitude, pour Nicolas. Par choix, pour Carla. Une promesse faite à sa fille quelques mois plus tôt. « Tiens, ne bois pas d’alcool pendant un an », lui a-t-elle lancé. « D’accord », a répondu sa mère, aussi simplement que cela. Elle qui reconnaît volontiers n’avoir jamais été une femme mesurée.

    « Tout l’été, les invités se succèdent ici », raconte la même intime. Pour un dîner, une nuit, parfois davantage. La demeure compte une dizaine de chambres, toutes tournées vers la mer. Les enfants passent aussi. Pas forcément longtemps. Pas toujours en même temps. Mais ils passent. Jean, depuis Saint-Tropez, n’est qu’à quelques kilomètres. Louis, installé depuis peu à Menton, pas beaucoup plus loin. « Cette année aura peut-être été celle où les liens se sont resserrés davantage encore », constate Véronique Waché, la conseillère en communication de l’ancien président. Le mot « prison » n’est pas prononcé, mais il s’entend. Le 21 octobre dernier, Nicolas Sarkozy entrait à la Santé, à Paris. Condamné à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen, il y a passé trois semaines avant sa remise en liberté, dans l’attente de son procès en appel, qui s’est tenu en mai dernier. La cour rendra sa décision le 30 novembre. De cette épreuve, il a tiré un livre, « Le journal d’un prisonnier », vendu à plus de 270 000 exemplaires. Et peut-être une manière différente de regarder les choses.

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    Ils scrutent une eau turquoise… comme leurs noces. Ils ont fêté cette année leurs dix-huit ans de mariage.

    Ils scrutent une eau turquoise… comme leurs noces. Ils ont fêté cette année leurs dix-huit ans de mariage.

    © DR

    « L’important, c’est de vivre », répète-t-il comme un mantra. Une phrase à laquelle il s’accroche, et qui lui permet d’en étouffer une autre : « Vais-je y retourner ? » Il n’en parle pas, ou peu. Les affaires restent à distance. Carla y veille. Elle ne veut pas qu’elles « bouffent leurs énergies, dictent leurs conversations ou leurs journées ». Elle prend très au sérieux les échéances judiciaires, mais elle refuse qu’elles deviennent leur horizon, nous explique leur entourage. « Elle a été spectaculaire », juge Michaël Fribourg. Les superlatifs lui viennent naturellement lorsqu’il évoque celle qui siège depuis un an au conseil d’administration de Chargeurs Invest, le groupe qu’il dirige. « Elle était tellement préoccupée par les menaces physiques qui pesaient sur son mari qu’elle en oubliait presque ce qu’elle-même était en train de traverser. Toute son inquiétude allait vers lui. » Le traitement par hormonothérapie qu’elle suivait depuis son cancer du sein, diagnostiqué en 2019, semblait soudain compter moins que le reste.

    Parfaite osmose vestimentaire pour un couple qui avance main dans la main.

    Parfaite osmose vestimentaire pour un couple qui avance main dans la main.

    Olivier Sanchez / Crystal Pictures / © Olivier Sanchez / Crystal Pictures

    Aujourd’hui, cela est derrière elle, explique-t-elle à ses proches, même si elle continue de se soumettre aux examens nécessaires, dans l’espoir que la rémission laisse bientôt place à la guérison. En décembre dernier, elle partageait la nouvelle sur les réseaux sociaux, le visage en partie dissimulé derrière une boîte de Tamoxifène. « Elle regarde l’avenir avec sérénité, témoigne un fidèle. Celui de sa santé, comme celui des échéances judiciaires de son mari. Elle n’a jamais douté de son innocence et attend désormais que celle-ci soit reconnue par la justice. » Déjà, début juillet, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a déclaré recevable la requête de Nicolas Sarkozy, dénonçant une atteinte au secret professionnel, dans l’affaire Bismuth. « 90 % des requêtes ne font pas l’objet d’une communication au gouvernement », rappelle à Match son avocat, Me Patrice Spinosi. Pour autant, il reste prudent sur l’issue de la procédure. « On ne sait pas quelle sera la décision de la cour », souligne-t-il. Mais il espère une condamnation de la France, estimant que « les risques existent réellement ».

    Même ici, les selfies ne leur laissent pas de répit.

    Même ici, les selfies ne leur laissent pas de répit.

    Olivier Sanchez / Crystal Pictures / © Olivier Sanchez / Crystal Pictures

    Si la CEDH devait conclure à une violation des droits de la défense, Nicolas Sarkozy saisirait la commission compétente pour demander un réexamen de sa condamnation. Une nouvelle procédure s’enclencherait alors, avec à la clef la possibilité de solliciter une relaxe. La décision de la cour est attendue au plus tôt en 2027. « Tout cela n’a fait que renforcer leur amour », estime Didier Barbelivien, un ami de toujours, qui, pour mesurer la force de ce qui unit l’ancien président à sa femme, convoque l’échelle de Richter. Quelques jours plus tôt, la bande – lui parle de « tribu » – était réunie autour d’une table chez Jean-Jean, au Bilboq. Une adresse d’Ajaccio connue des habitués pour ses pâtes à la langouste. Ce soir-là, on chanta « L’Ajaccienne » de Tino Rossi : « Que sur nos places, dans nos rues / L’on n’entende plus que ce nom / Du fond du cœur jusqu’aux nues / Napoléon ! Napoléon ! »

    Au restaurant le Bilboq, chez Jean-Jean, une institution d’Ajaccio, deux clients qui ne passent pas inaperçus. Le 22 juillet.

    Au restaurant le Bilboq, chez Jean-Jean, une institution d’Ajaccio, deux clients qui ne passent pas inaperçus. Le 22 juillet.

    Olivier Sanchez / Crystal Pictures / © Olivier Sanchez / Crystal Pictures

    Voilà plusieurs années qu’ils n’étaient venus dans ce bout de France qu’ils affectionnent tant. « Corsica, ti tengu tantu cara ! » (« Corse, tu m’es très chère »), partageait, il y a quelques jours, Carla Bruni dans une vidéo selfie tournée depuis la terrasse du Maquis, un hôtel 5 étoiles confidentiel, au bord de l’eau, où le couple avait posé ses valises. Giulia, elle, avait retrouvé les Barbelivien, qui possèdent une maison dans les environs. Quelques mois à peine la séparent des jumelles de l’auteur-­compositeur-interprète, Louise et Lola. Didier parle de son amitié avec Sarkozy comme on parle des amitiés de lycée. Celles que les années n’effacent pas. « On a connu les mêmes événements, vu les mêmes films, lu les mêmes livres. » Cet été, Nicolas lui a conseillé de lire « C’était ça ou mourir », le premier roman de Thélyson Orélien, un jeune Québécois racontant son périple d’Haïti au Canada. Le livre sera l’événement de la rentrée littéraire. Puis, comme souvent entre eux, la conversation a glissé vers le pouvoir et les hommes qui l’exercent.

    Passage par la cathédrale Santa Maria Assunta d’Ajaccio, au cœur de la vieille ville.

    Passage par la cathédrale Santa Maria Assunta d’Ajaccio, au cœur de la vieille ville.

    Olivier Huitel / Crystal Pictures / © Olivier Huitel / Crystal Pictures

    « Il est inquiet du climat politique actuel », racontent plusieurs de ses proches. « Ce qui le préoccupe, résume le consultant Pierre Giacometti, c’est de voir les extrêmes prospérer sur un terrain qu’il juge fertile, faute d’une offre politique capable de les contenir. » Certainement regarde-t-il cette situation avec les yeux de 2007. Lui qui avait réussi à aspirer les voix du Front national. Il en veut encore à Emmanuel Macron d’avoir dissous ­l’Assemblée. Et peut-être davantage de ne pas l’avoir écouté. En privé, il résume ainsi leur relation : « Je lui donne un conseil, il me dit que c’est plus qu’intelligent… pour finalement faire l’inverse. » Michaël Fribourg va plus loin : « Il n’aime pas les rois indécis. » Avant de nuancer : « En réalité, il n’aime pas les rois particulièrement. Ce qu’il préfère, ce sont les bâtisseurs… » Il cite Vincent Bolloré ou Bernard Arnault, avec lesquels l’ancien président échange régulièrement, mais également des artistes comme André Brasilier ou Pierre Soulages.

    Nicolas Sarkozy ne prendra pas part au débat. Pas cette fois. Les épreuves, sans doute, ont déplacé quelque chose en lui. Elles ne l’ont pas éloigné du monde, mais l’ont peut-être contraint à le regarder avec davantage de distance. Reste que, comme il le dit lui-même, « les tigres ne deviennent jamais végétariens ».

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