"Ni une victoire ni une défaite": les avocates des plaignantes réagissent à l'annulation de la tournée de Patrick Bruel
Publié hier à 23h08
Lire dans l'appBFMVincent Vantighem avec Alexandra Gonzalez et Coralie Rabatel

Patrick Bruel à Paris le 27 mai 2024 - MATTHIEU MIRVILLE / MATTHIEU MIRVILLE / DPPI VIA AFP
Après l'annonce de l'annulation de la tournée de Patrick Bruel ce mardi 1er septembre, les avocates des plaignantes ont réagi à cette décision. Elles demandent à présent à ce que la justice puisse travailler dans la "sérénité".
"Ni une victoire ni une défaite judiciaire". Alors que Patrick Bruel a annoncé ce mardi 1er septembre qu'il annule la tournée qu'il devait entamer début octobre, les avocates des femmes qui l'accusent de violences sexuelles ont réagi à la nouvelle.
Auprès de BFMTV, Me Myriam Guedj-Benayoun a indiqué "prendre acte" de cette décision, se disant "relativement satisfaite pour [ses] clientes qui vivaient très mal cette tournée". D'abord parce qu'elle mettait à mal "la sérénité des débats", mais aussi parce que les plaignantes avaient le sentiment de ne pas être écoutées en voyant le chanteur "continuer sa vie comme si de rien n'était".
Dans un communiqué, l'avocate a toutefois précisé que cette annulation "ne préjuge de rien" et ne constitue "ni une victoire ni une défaite judiciaire". Elle a tenu à rappeler que derrière "le débat médiatique de ces dernières semaines" il y a "des femmes qui ont parlé, qui ont déposé plainte et dont la parole a été suffisamment prise au sérieux par l’institution judiciaire pour conduire, après des investigations, à l’ouverture d’une information judiciaire et à une mise en examen".

Sachant que Patrick Bruel a dit vouloir que la justice puisse travailler "sereinement, loin du bruit et loin des pressions", Me Myriam Guedj-Benayoun abonde. "C’est précisément ce que mes clientes demandent depuis le début: que les faits qu’elles dénoncent soient examinés par la justice, avec rigueur, sérénité et dans le respect des droits de chacun".
Elle précise toutefois que les plaignantes "n'attendent pas d'être entendues par Patrick Bruel. Elles attendent d'être entendues par la justice". "La présomption d’innocence doit naturellement être respectée, poursuit-elle. Mais elle ne saurait avoir pour corollaire l’effacement de la parole des plaignantes. Elles ont, elles aussi, droit au respect, à la sérénité et au temps judiciaire."
Me Jade Dousselin, avocate de Daniela Esltner et d'autres plaignantes, fait quant à elle part d'"un grand soulagement". "Nous nous en réjouissons" mais cette annonce "ne peut à elle seule nous faire oublier les errements de l'été", a-t-elle écrit dans un communiqué.
Un nombre "considérable" de témoignages
"Six années après un premier classement sans suite dont les motivations et les conclusions continuent encore légitimement d'interroger, et alors que la justice est désormais saisie d'un nombre exceptionnellement considérable de témoignages et de plaintes, il lui appartient de prendre l'entière mesure de la gravité des faits dénoncés, de l'ampleur du dossier et, surtout, du risque qu'ils sont susceptibles de révéler", écrit l'avocate.
La question n'est "pas de condamner avant de juger, ni de réclamer une justice d'exception" mais "au contraire de s'en prémunir", assure Me Jade Dousselin. "Nous devons être vigilants à ce que la liberté laissée à un homme mis en cause par des dizaines de femmes (quel qu'il soit et quelle que soit sa popularité) ne conduise jamais à méconnaître la nécessité de prévenir la réitération éventuelle de faits d'une particulière gravité".
Depuis plusieurs semaines, des responsables politiques, des maires et des associations féministes appelaient Patrick Bruel à renoncer à se produire sur scène alors que des dizaines de femmes l'accusent désormais d'agressions sexuelles.

Marschall Truchot : Patrick Bruel annule sa tournée de concerts – 01/09
22:55
Plaintes et accusations ne cessent de s'accumuler depuis l'enquête de Mediapart parue en mars qui s'était fondée sur le témoignage de huit femmes couvrant une période allant de 1991 à 2019.
À ce stade, le chanteur a été mis en examen dans quatre dossiers, notamment pour viol et tentatives de viol, et a été placé sous le statut, plus favorable, de témoin assisté dans quatre autres dossiers, dont un viol à Dinard (Ille-et-Vilaine) en 2012 et un autre à l'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse).
Ce mardi, il a annoncé l'annulation de sa tournée sur Instagram, estimant que celle-ci est "devenue l'incarnation d'un débat qui la dépasse". Il justifie cette annulation par un souci "d'apaisement" mais assure que cette décision "ne signifie en aucun cas qu'(il) renonce à (se) défendre".
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