Nash pour “Bonchour“ : l'humoriste nous parle de son spectacle
Avec Bouchour, Nash se dévoile sans filtre. Nourri de ses anecdotes personnelles, de ses expériences professionnelles et de son humour d’observation, le spectacle permet à l’humoriste de raconter son parcours entre personnages, improvisation et sujets du quotidien qui l’agacent. À l’occasion de la reprise de son spectacle à l’Européen, à Paris, elle nous raconte son rapport à la scène, ses modèles et ses envies pour la suite. Entretien.
J’ai construit mon spectacle essentiellement avec des anecdotes personnelles. Je me suis dit qu’en racontant des choses de ma vie, cela allait peut-être toucher des gens qui avaient vécu la même chose ou des situations similaires. Pour un premier spectacle, j’avais vraiment envie que les gens me découvrent.
Techniquement, je l’ai construit en jouant souvent dans des comedy clubs, avec des passages de 10 minutes par-ci, 10 minutes par-là. Au fur et à mesure, j’ai trouvé le fil rouge de mon spectacle, autour de ma vie, mais aussi avec beaucoup d’humour d’observation. Je parle par exemple de choses qui m’énervent dans la vie ou que je suis quelqu’un d’impulsif.
C’est toujours mal vu lorsqu’une femme est impulsive, alors que pour les hommes, on va plutôt dire que ce sont des “bad boys“ quand ils sont un peu nerveux. Les femmes, tout de suite, ça fait peur. Je me suis donc dit : vous avez le droit d’être énervées un petit peu !
Dans le spectacle, on découvre aussi votre vie avant de devenir humoriste et le déclic qui vous a menée jusqu’à la scène. Lorsque vous rêviez de devenir humoriste, imaginiez-vous que votre vie serait aujourd’hui celle que vous vivez ?
Quand j’ai commencé, je ne me suis pas dit que j’allais en faire un métier. J’ai commencé à une période de ma vie où je ne savais plus vraiment ce que je voulais faire. J’étais un peu perdue et je me suis dit que ça allait devenir un hobby, une passion, et que cela allait aussi me permettre de voir la vie différemment.
Au fur et à mesure, j’ai vu que ça commençait à devenir un métier. Encore aujourd’hui, je me dis que c’est fou. Je trouve ça incroyable de faire ce métier, de se lever et de se dire que ce soir, on va faire rire les gens. Je réalise la chance que j’ai, mais je suis toujours très fière de ce qui se passe et toujours très surprise lorsque les gens viennent au spectacle. Vous êtes en loge et à quelques mètres, il y a des gens qui font la queue pour venir vous voir, vous.

J’espère garder ça toute ma vie. Ce côté émerveillé, le fait de voir qu’il y a des gens qui viennent, d’être toujours surprise, c’est une force. Il y a quelque chose de magique à ne jamais voir tout ça comme quelque chose de normal ou d’acquis. Aujourd’hui, c’est mon métier, donc c’est différent, mais je me dis que c’est beau. Je reviens un peu de loin.
Dans votre spectacle, vous parlez beaucoup de ce qui vous énerve. Mais qu’est-ce qui, à l’inverse, vous met en joie au quotidien ?
C’est d’abord Céline Dion. J’ai pu assister au karaoké au Grand Rex et j’étais devant son hôtel la nuit dernière. Je suis vraiment fan. Pour moi, Céline, c’est ma mère !
Mais il n’y a évidemment pas qu’elle qui me donne de la force. Je suis quelqu’un de très jovial. J’aime danser, faire la fête, voir mes amis. Il n’y a pas un jour où je ne vois pas mes amis. Ma famille aussi. Ma mère m’inspire à chaque fois parce qu’elle est hilarante. Il y a plein de choses qui me mettent en joie, à côté de toutes celles qui m’énervent. Ça contrebalance bien.
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Sur les réseaux sociaux, vous renvoyez justement cette image très solaire et joviale. Le spectacle permet finalement de découvrir une autre facette de vous. Est-ce quelque chose que vous recherchez ?
Dans mon spectacle, j’essaye d’être le plus moi-même possible. Sur scène, c’est vraiment moi à 100 %. Dans la vie, je suis moi, mais sur scène, je suis une version de moi complètement sincère. Je ne me demande pas : ‘‘Qu’est-ce qu’on va penser de moi ?‘‘ Je parle à cœur ouvert et je me dis que si on m’aime comme ça, c’est cool, parce que c’est vraiment moi.
« Je me dis que si les gens reviennent, c’est aussi une forme de reconnaissance : ils ont passé un bon moment la première fois et ont envie de revivre l’expérience. »
Nash
Le spectacle est articulé de sorte que chaque chose, chaque personnage, trouve sa place. J’arrive au spectacle et je raconte ce que je faisais avant. Avant, j’ai enchaîné plein de boulots et j’ai rencontré cette Sandrine, qui existe réellement dans ma vie.
À ce moment-là, je l’incarne parce qu’elle fait partie de mon histoire. Elle revient de temps en temps parce que j’articule cela autour de l’idée que j’ai des « rechutes ». Parfois, quand je suis énervée, je peux voir quelqu’un dans la rue ou dans le train qui m’énerve et prendre la voix de Sandrine.

Parce que si vous dites ‘‘petit con‘‘ avec la voix de Sandrine, vous avez envie de rire ! Ça ne veut pas dire que j’insulte les gens, mais je peux me le permettre à travers elle. Chaque chose trouve sa place sans que ce soit non plus trop calculé. Quand je parle de choses qui m’énervent ou que je pose des questions au public, ce sont toujours des questions ciblées, qui nécessitent une réponse.
Mon public est très libre. Au début du spectacle, je dis que si je devais résumer mon spectacle en une phrase, je dirais que c’est comme l’émission C’est mon choix. Chacun vient avec sa problématique, son bagage. On parle, on discute, on rigole et moi, je raconte aussi des choses.
Si quelqu’un a quelque chose à dire, il le dit et on rigole. J’ai repris mon spectacle à Compiègne la semaine dernière et, sur les anecdotes que j’ai eues, c’était incroyable ! Cela fait aussi que le spectacle n’est jamais exactement le même. C’est très agréable. J’ai des gens qui reviennent, parfois deux, trois ou quatre fois. Il y a même quelqu’un qui est venu cinq fois de suite. C’est hyper gratifiant. Je me dis que si les gens reviennent, c’est aussi une forme de reconnaissance : ils ont passé un bon moment la première fois et ont envie de revivre l’expérience.
Quels sont les retours du public qui vous ont le plus marquée ou touchée ?
J’ai eu un retour qui m’a énormément touchée. Un garçon travaillait comme préparateur en pharmacie, dans une pharmacie beauté et me disait qu’il en avait marre de son travail. Dans le spectacle, je parle du fait que si vous avez un rêve, il faut que ça devienne un projet. Un jour, il est venu me voir, pour la troisième ou quatrième fois. À la fin, il est parti et m’a envoyé un message le lendemain pour me dire : ‘‘J’ai démissionné.‘‘ Il a démissionné après mon spectacle parce qu’il y avait pensé toute la soirée en rentrant. Il a dit à sa patronne : ‘‘Je veux faire ce que je veux, je m’en vais.‘‘ J’ai trouvé ça incroyable.
Je reçois aussi des messages de personnes qui me remercient de leur avoir changé les idées ou d’avoir dédramatisé une situation. Je parle notamment de certaines expériences dans le spectacle, et cela peut toucher des hommes comme des femmes qui ont vécu la même chose. De l’entendre sous une autre forme, ça dédramatise. Cela permet aussi d’oublier ses propres problématiques pendant le temps passé dans la salle.
À partir du 27 septembre, vous allez jouer à l’Européen, à Paris. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Pour moi, l’Européen, c’est une belle consécration. Ça faisait longtemps que je voulais jouer là-bas. Depuis que j’ai commencé l’humour, je crois que j’ai toujours voulu jouer à l’Européen. J’adore cette salle. Je trouve qu’elle se prête parfaitement au spectacle de stand-up parce qu’il y a une alchimie qui se fait assez naturellement, notamment grâce à la disposition des sièges. C’est une arène. C’est aussi l’une de mes plus grandes salles pour le moment. J’avais fait 200 places au République et là, on passe à 300. C’est vraiment une belle étape.
Quels sont les prochains rêves que vous aimeriez réaliser ?
Il y a plein de choses à cocher. On n’en est qu’au début ! Il y a forcément les grandes salles qui vont arriver en 2027 puisqu’on commence à s’attaquer aux salles de plus de 1 000 personnes. Il y a aussi une demande des gens qui me suivent : ils veulent voir Sandrine sur grand écran. Ils veulent la voir en mini-série, à la télévision ou au cinéma.
La prochaine étape, pour moi, serait donc de me lancer dans le cinéma. Si je pouvais écrire Sandrine moi-même, ce serait idéal. Ce serait vraiment un rêve de faire Sandrine au cinéma. Mais même s’il n’y a pas que Sandrine. Faire du cinéma est déjà un objectif de vie et de carrière pour moi.

Si vous deviez définir votre humour ou votre univers en trois mots, que choisiriez-vous ?
Je dirais que je suis la bonne amie un peu déjantée que vous aimez avoir dans votre groupe, parce qu’elle a toujours plus de galères que vous ! Je dirais aussi que je suis culottée. Parfois, je fais des choses au culot. Par exemple, s’il n’y a personne qui danse dans une soirée, je vais prendre le micro et aller au milieu de la piste. Et puis je dirais extravertie, déjantée, solaire et bienveillante. Je suis toujours bienveillante avec le public, c’est vraiment très important pour moi.
J’aime rigoler avec les gens. Jamais à leurs dépens. Même lorsque je parle à quelqu’un dans le public, ça ne se voit pas forcément en vidéo, mais je demande toujours à la personne si elle est d’accord pour raconter quelque chose, si cela ne la dérange pas.
Quels sont vos modèles dans l’humour ? Les artistes vers lesquels vous vous êtes tournée et dont vous vous êtes inspirée ?
J’ai grandi avec Élie Kakou. Quand j’étais petite, j’incarnais ses personnages. On faisait des spectacles et j’en garde un très beau souvenir. Et puis, ce sont aussi beaucoup Gad Elmaleh et Jamel Debbouze.
J’ai d’ailleurs eu la chance de faire très souvent les premières parties de Gad Elmaleh. Encore il y a deux ou trois semaines, j’étais avec lui sur un plateau qu’il avait organisé dans son Comedy Club à Marseille. Et j’ai aussi eu la chance de rencontrer Jamel parce que je suis dans la troupe du Jamel Comedy Club. C’est un artiste qui m’a donné beaucoup de force, beaucoup de soutien et beaucoup de conseils.
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On retrouve justement cette importance des personnages dans votre humour. Est-ce quelque chose qui vous vient notamment d’Élie Kakou ?
Oui, c’est ce qui est fou. Je trouve qu’Élie Kakou n’est pas démodé. Il a beau avoir fait ses sketches il y a 20 ou 30 ans, aujourd’hui, vous l’écoutez et vous riez toujours autant. Ça traverse les époques. Chaque personnage fait penser à quelqu’un, que ce soit le professeur, Madame Sarfati, la secrétaire… On connaît tous quelqu’un qui ressemble à ces personnages ou on peut parfaitement les imaginer.
Il faut que ce soit subtil. Quand je joue Sandrine, je mets complètement Nash de côté. Ce n’est plus moi. Et pourtant, je n’ai aucun accessoire : pas de perruque, pas de lunettes. C’est simplement mon corps qui prend une position différente, ma bouche qui se positionne différemment.
Tout cela entre en jeu. Quand vous voyez des acteurs et des comédiens, ils arrivent à vous faire oublier qui ils sont à la base. Ils incarnent tellement leur personnage qu’ils disparaissent derrière lui. C’est exactement ce que j’essaye de faire avec mes personnages.
Si vous deviez nous recommander une ou plusieurs nouvelles voix de l’humour à suivre, qui citeriez-vous ?
Il y en a pas mal ! J’aime beaucoup Arturo. Je trouve que c’est très bien écrit et ça me fait beaucoup rire. J’aime aussi Valentin Mayet. Il fait des vidéos et va lancer son spectacle. Il fait également mes premières parties.
Et en troisième, je vais prendre une fille : Juliette Clocher. Elle est encore au début de son parcours. Elle fait le micro ouvert du Comedy Club. Elle est assez nouvelle, mais la dernière fois que je l’ai vue, franchement, ça m’a beaucoup fait rire. Et Fiona G aussi, une Suissesse, que vous connaissez peut-être.
Les comedy clubs sont justement devenus de véritables viviers pour les nouveaux talents. Est-ce que vous avez le sentiment qu’ils ont beaucoup changé depuis vos débuts ?
Complètement. Quand j’ai commencé dans les comedy clubs, il y avait le Paname et le Jamel Comedy Club. Tous les autres n’existaient pas encore. C’est super qu’il y en ait autant aujourd’hui et j’espère qu’il y en aura encore plus. Les gens veulent aller dans les comedy clubs, ça prend de plus en plus d’ampleur. C’est devenu un vrai rendez-vous et je trouve ça génial pour les artistes qui débutent, parce que ce sont des lieux où l’on peut se roder, apprendre et rencontrer le public.
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