Mulhouse. Nuisances, incivilités, dégradations : les riverains du bar Le Gambrinus sont en colère

La problématique est sans doute aussi vieille que le Gambrinus, bar mulhousien de la rue des Franciscains, qui a ouvert au milieu des années 1980. Nuisances sonores nocturnes, incivilités, troubles, dégradations… En 2013 déjà, un article publié dans nos colonnes parlait d’un « éternel conflit » entre des riverains et des cafetiers du centre-ville.

Mais, selon une soixantaine de Mulhousiens qui se sont constitués en collectif et ont fait signer une pétition à l’automne dernier, la problématique s’est accentuée depuis le Covid (« La crise sanitaire a abîmé des choses, notamment en matière de civisme », estiment-ils) et plus encore depuis que l’établissement a changé de propriétaire, à l’automne 2023.

« Terrasses sauvages »

Dans cette artère historique, étroite, pavée, du centre-ville, ce serait ainsi devenu « l’enfer à vivre », en raison de ce que génère le bar situé à un bout de la rue. « Il n’y a plus de limite par rapport au voisinage », témoignent plusieurs représentants du collectif, en cette fin d’été. « La clientèle du bar occupe l’espace public de manière totalement débridée – avec de gros pics [de fréquentation] en fin de semaine, dans le non-respect des lois d’occupation du domaine public. Elle occupe toute la largeur de la rue, bloquant quasiment le passage, improvise des terrasses sauvages un peu partout sous nos fenêtres, se servant des compteurs électriques, des poubelles et de rebords de fenêtre comme table. C’est pour nous une source de dérangement et d’agression incessante. Notre cadre de vie et de travail s’en trouve extrêmement perturbé. »

Rue des Franciscains, des riverains ont accroché des affiches sur les façades de leur immeuble pour demander à la clientèle du bar Le Gambrinus de ne pas improviser de terrasses sous leurs fenêtres. Photo Vincent Voegtlin

Rue des Franciscains, des riverains ont accroché des affiches sur les façades de leur immeuble pour demander à la clientèle du bar Le Gambrinus de ne pas improviser de terrasses sous leurs fenêtres. Photo Vincent Voegtlin

Selon le collectif, des riverains auraient fini par déménager et plusieurs appartements seraient désormais vacants. « C’est qu’on n’a plus de répit. L’ancien propriétaire fermait l’établissement de temps en temps, notamment le dimanche. Aujourd’hui, c’est du non-stop, qu’importe le jour de la semaine. C’est agressif, c’est usant, on est à bout », disent-ils.

Plusieurs courriers et mails ont été échangés avec la Ville de Mulhouse (depuis plus d’un an), et la sous-préfecture (depuis la mi-juillet 2026). Dans l’un d’eux, daté du 25 septembre 2025, adressé par la Ville au collectif, on peut lire : « Par courriel […] vous avez fait part de nuisances sonores régulièrement générées en soirée par le bar Le Gambrinus. Ces nuisances sont en effet de nature à porter atteinte à votre tranquillité et celle des riverains du quartier. […] Au cours de la période allant du 1 er  juillet au 15 septembre 2025, plus de 300 passages de la police municipale ont été effectués sur un créneau horaire de 20 h à 3 h. […] Des regroupements d’individus ont effectivement pu être constatés, sans toutefois que des infractions caractérisées puissent être relevées. »

Des problématiques semblables avaient émergé en 2013. La mairie avait alors interdit l’utilisation de la terrasse.   Photo archives Dom Poirier

Des problématiques semblables avaient émergé en 2013. La mairie avait alors interdit l’utilisation de la terrasse.   Photo archives Dom Poirier

Plusieurs pistes d’actions évoquées

Dans un autre, daté du 22 décembre 2025, la Ville écrit : « Les attroupements importants, pouvant atteindre 150 à 200 personnes en fin de semaine, génèrent effectivement des perturbations fréquentes de nature à porter atteinte à la tranquillité des riverains. […]. Après avoir fait le point sur l’évolution de la situation observée ces derniers mois, plusieurs pistes d’actions ont été évoquées (limitation et/ou interdiction de terrasse, révision des horaires d’ouverture de l’établissement, etc.) et feront l’objet d’une étude de faisabilité dans les prochains jours. »

La Ville poursuit : « Depuis plusieurs semaines, les services de police nationale et municipale […] sont intervenus à de nombreuses reprises en soirée. […] Ces interventions ont permis de constater un certain nombre d’infractions, lesquelles ont fait l’objet de plusieurs rapports transmis au bureau de la sécurité et de la réglementation de la sous-préfecture qui, au regard de la situation observée, envisage une fermeture administrative de l’établissement pour une durée d’un mois. »

« On n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation »

Depuis ? Rien n’a changé, estime le collectif. « Ces démarches n’ont, à ce jour, donné aucun résultat concret, malgré les promesses écrites. On a le sentiment qu’on n’a pas pris la mesure de notre désarroi et de la gravité de la situation. »

Nous avons tenté de joindre le patron du Gambrinus. Au téléphone, notre interlocuteur, qui n’a pas souhaité donner son identité, ne savait pas dire le prénom du patron, ni comment s’orthographiait son nom, ni quel était son numéro de téléphone direct. Il a raccroché lorsque nous lui avons demandé quelle était sa fonction au sein de l’établissement.

Depuis la mi-août, des barrières de sécurité à ruban rétractable ont été installées pour délimiter la terrasse du Gambrinus.   Photo Vincent Voegtlin

Depuis la mi-août, des barrières de sécurité à ruban rétractable ont été installées pour délimiter la terrasse du Gambrinus.   Photo Vincent Voegtlin

Également contactée, la Ville de Mulhouse n’a pas répondu précisément aux questions adressées. Elle a indiqué : « Nous entendons les habitants de la rue de Franciscains, mais le sujet du cadre de vie au centre-ville mérite une réflexion plus large et ne peut se résumer à une seule situation. » Pour elle, l’enjeu est « de trouver un juste équilibre entre dynamisme nocturne et qualité de vie ». Elle assure qu’elle poursuivra les échanges engagés avec les riverains et les restaurateurs « afin d’identifier ensemble des solutions aussi équilibrées que possible ». À cette fin, elle dit travailler notamment à l’élaboration d’une charte « visant à fixer un cadre clair et partagé ».

Fermeture administrative temporaire ?

Dans un courrier daté du 13 août 2026, la sous-préfecture du Mulhouse écrit, elle, à l’intention du collectif : « [Nous] avons bien pris connaissance des relances, pétitions et réunions, ainsi que de l’absence de résultats concrets que vous [collectif] déplorez à ce jour. » Elle poursuit : « Les services de police [nous] ont informés que la voie publique était en effet occupée de manière indue, en lien avec l’exploitation de ces établissements et que cela générait des troubles à la tranquillité publique. En conséquence, trois mises en demeure ont été notifiées le 7 août 2026 à des établissements situés rue de la Loi et rue des Franciscains. Cette procédure pourrait aboutir à la mise en œuvre de fermetures administratives temporaires. » Depuis, des barrières de sécurité à ruban rétractable ont été installées pour délimiter la terrasse du Gambrinus, sans que cela ne change vraiment les choses, selon les riverains.