Mulhouse. Les tensions et violences perdurent dans le centre-ville, éclipsant les revendications lycéennes

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Ces derniers jours, les manifestations lycéennes ont contraint les commerces de l’hypercentre à baisser temporairement leurs rideaux. Ce vendredi 2 octobre, malgré une pause dans ce mouvement désordonné, lourd en dégradations de matériel et mobilier urbains, forces de l’ordre et groupes de jeunes gens ont continué à se confronter près de Porte Jeune, bien loin des revendications lycéennes.

Alain Cheval -

Aujourd’hui à 19:06 | mis à jour aujourd’hui à 19:10

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Le centre-ville mulhousien a connu une nouvelle journée de débordements en marge de la mobilisation lycéenne, ce vendredi 2 octobre. Avec de nouveaux affrontements, départs de feux, vitrines brisées et autres provocations auxquelles les forces de l’ordre ont répondu par de nombreux jets de gaz lacrymogène.  Photo Jean-François Frey
Le centre-ville mulhousien a connu une nouvelle journée de débordements en marge de la mobilisation lycéenne, ce vendredi 2 octobre. Avec de nouveaux affrontements, départs de feux, vitrines brisées et autres provocations auxquelles les forces de l’ordre ont répondu par de nombreux jets de gaz lacrymogène.  Photo Jean-François Frey

Fatigués, ces commerçants de l’hypercentre qui doivent, avec régularité, fermer leurs grilles pendant les débordements ; fatiguées, les forces de l’ordre redéployées au fil des mouvements ; fatigués aussi, les riverains dépassés par le spectacle qui se déroulent sous leurs yeux, comme cette femme âgée de 72 ans, qui loge dans la Tour de l’Europe. Agacée, elle discute avec les policiers en faction Porte Jeune. En regardant les jeunes courir, au loin, dans tous les sens elle lâche : « De notre temps, lorsqu’on manifestait, nous étions organisés. Là, ce sont des gamins qui viennent juste pour s’amuser. »

Des groupes de perturbateurs qui ont envahi le centre-ville de Mulhouse dès 9 h ce vendredi et se sont confrontés aux polices nationale et municipale, ainsi qu’aux gendarmes mobiles déployés en nombre.   Photo Jean-François Frey

Des groupes de perturbateurs qui ont envahi le centre-ville de Mulhouse dès 9 h ce vendredi et se sont confrontés aux polices nationale et municipale, ainsi qu’aux gendarmes mobiles déployés en nombre.   Photo Jean-François Frey

Rue des Maréchaux, ce commerçant est sur le pas-de-porte de son commerce branché sneakers et streetwear premium. Il raconte les quatre jours qui viennent de s’écouler , expliquant qu’il a fallu s’adapter : « On filtre les entrées et lorsqu’il y a des échauffourées entre jeunes et policiers, on baisse le store. Mais j’avoue que pour les commerçants, c’est vraiment difficile dans un contexte global qui n’est déjà pas simple. »

Rencontre surprenante dans un centre-ville chahuté par les manifestations et les débordements : le chanteur Claudio Capéo était venu à Mulhouse le temps d’une choucroute et de quelques emplettes, ce vendredi.   Photo Jean-François Frey

Rencontre surprenante dans un centre-ville chahuté par les manifestations et les débordements : le chanteur Claudio Capéo était venu à Mulhouse le temps d’une choucroute et de quelques emplettes, ce vendredi.   Photo Jean-François Frey

Claudio Capéo vient faire ses achats

Petit rayon de soleil pour ce dernier lors de cette « pause » méridienne. Il voit arriver dans son magasin le toujours souriant Claudio Capéo. Il a quitté sa vallée le temps d’une choucroute et de quelques achats. Le calme est revenu. Les groupes de perturbateurs qui ont envahi le centre-ville dès 9 h se sont dispersés, après s’être confrontés aux polices nationale et municipale, ainsi qu’aux gendarmes mobiles qui ont notamment protégé l’accès au centre Porte Jeune.

La tension est encore montée à plusieurs reprises au centre-ville de Mulhouse, ce vendredi 2 octobre.   Photo Jean-François Frey

La tension est encore montée à plusieurs reprises au centre-ville de Mulhouse, ce vendredi 2 octobre.   Photo Jean-François Frey

Des violences qui desservent la mobilisation lycéenne

« Faille » dans le dispositif, des éléments perturbateurs investissent un temps les parkings souterrains pour y récupérer les extincteurs et sortir des conteneurs auxquels ils veulent mettre le feu. Repérés, ils s’éloignent. Assis en grappes devant le conservatoire de musique, d’autres, - les mêmes ? - se filment. On croirait presque qu’ils sont les figurants d’une série, tous habillés de la même manière, en noir avec bonnet ou capuche. L’ambiance de leur côté est bon enfant et lorsqu’on demande s’ils sont lycéens, le fou rire est garanti. Ils tentent un « oui monsieur, on est tous des lycéens ».

De nombreux étudiants et lycéens ne peuvent aujourd’hui que déplorer la tournure prise par le mouvement, les actes de violence faisant passer au second plan les raisons de leur colère.   Photo Jean-François Frey

De nombreux étudiants et lycéens ne peuvent aujourd’hui que déplorer la tournure prise par le mouvement, les actes de violence faisant passer au second plan les raisons de leur colère.   Photo Jean-François Frey

Difficile d’être dupes : ils n’ont, de façon générale, ni l’âge ni le profil d’étudiants ou lycéens. Ils sont là pour s’amuser même si, pour certains le face-à-face avec la Brigade anticriminalité (BAC) fait parfois un peu mal et peut se terminer par une interpellation. Certains des jeunes gens participant aux affrontements avec les forces de l’ordre ont à peine entre 10 et 15 ans.

Mais dans ce jeu du chat et de la souris, force est de constater que nous sommes bien loin des revendications lycéennes , des slogans et des pancartes portées en début de semaine. Ce vendredi en fin de journée, les affrontements et dégradations ont repris au centre, entre vitrines brisées rues du Sauvage et autres jets de mortier, tandis que les réseaux sociaux avaient même vu fleurir dans la journée des « appels à l’émeute »… Des agissements qui, au final, desservent largement la mobilisation lycéenne et éclipsent les revendications de la jeunesse.

Après deux jours de mobilisation lycéenne ayant débouché sur des affrontements avec les forces de l’ordre, le calme est revenu devant le lycée Mermoz de Saint-Louis ce vendredi 2 octobre au matin.  Photo Sébastien Spitaleri

Retour au calme au lycée Mermoz de Saint-Louis

À Saint-Louis, devant le lycée Mermoz, le contraste est saisissant ce vendredi 2 octobre en milieu de matinée. Vingt-quatre heures plus tôt , les gaz lacrymogènes des policiers répondaient aux jets de projectiles, cailloux et cocktails Molotov des lycéens. Les agents du service propreté de la Ville de Saint-Louis ont fait place nette dès jeudi après-midi et tout a été nettoyé autour de l‘établissement. Restent quelques traces de plastique brûlé après les feux de poubelles allumés à certains endroits. Ce vendredi matin, seule une patrouille de police venue de Wittenheim stationne devant l’établissement, trois agents échangeant dans le calme et répondant aux questions de deux lycéens qui s’intéressent au journalisme et ont eu envie de relayer des informations sur les réseaux sociaux, avant de quitter les lieux peu avant 10 h 30.

Les cours en distanciel maintenus lundi et mardi

Pour rappel, les portes du lycée Mermoz sont restées closes ce vendredi 2 octobre et les cours ont eu lieu en distanciel. Dans l’après-midi, la proviseure Marie-Carmen Grandhaye Garcia a informé les élèves et parents que ces cours à distance seront maintenus le lundi 5 et le mardi 6 octobre. Plusieurs lycéens ont relayé sur les réseaux sociaux un appel à reprendre la mobilisation mardi prochain devant l’établissement scolaire de Saint-Louis.

S.Sp.

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