Mulhouse. Ancien salarié de la SACM, Hubert Mattern y a vécu « les temps héroïques de l’informatique »

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Dans le cadre du bicentenaire de la Société alsacienne de constructions mécaniques, d’anciens salariés de l’entreprise témoigneront ce jeudi 24 septembre, à 18 h, à KMØ. Entré dans l’entreprise en 1956, Hubert Mattern y a rapidement intégré le service informatique. À 93 ans, le Mulhousien nous livre ses souvenirs.

François Fuchs -

Aujourd’hui à 07:30

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Hubert Mattern dans son appartement à Mulhouse, avec sa lettre d’embauche à la SACM où il a débuté sa carrière en 1956.  Photo François Fuchs
Hubert Mattern dans son appartement à Mulhouse, avec sa lettre d’embauche à la SACM où il a débuté sa carrière en 1956.  Photo François Fuchs

« Nous référant à notre entretien […], nous vous informons que nous sommes disposés à vous engager en qualité d’employé aux écritures deuxième échelon, à partir du 1er juillet 1956. » Ainsi débute la lettre d’embauche d’Hubert Mattern à la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM), un document que le Mulhousien de 93 ans a précieusement conservé. « Quand j’ai démarré, c’était 47 heures de travail par semaine et deux semaines de vacances par an, avec une journée supplémentaire tous les 10 ans », précise-t-il.

En déplacement pour voir sa famille, le nonagénaire ne participera pas à la table-ronde organisée ce jeudi 24 septembre à KMØ avec d’autres retraités de l’entreprise mulhousienne. Mais quand il a vu que L’Alsace et les DNA avaient investi cette année un ancien bâtiment de la SACM à la Fonderie, cet abonné de très longue date, veuf, père de deux filles et cinq fois grand-père, nous a proposé de nous raconter sa carrière dans la maison.

Né en 1933 au sein d’une famille installée place du Printemps à Mulhouse, Hubert Mattern a connu l’école en allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a poursuivi sa scolarité jusqu’au bac, travaillé quelque temps dans une librairie, puis a été appelé en Algérie. C’est à son retour à Mulhouse qu’il a intégré la SACM.

Un ordinateur et des disques « énormes »

En cette deuxième moitié des années 1950, le nouvel embauché n’est pas resté longtemps employé aux écritures. « Ils avaient créé le service informatique et ils cherchaient des volontaires. J’ai été retenu et formé. C’étaient les débuts de l’informatique. À l’époque, il y avait Bull et IBM. À la SACM, nous avions pris IBM. Et ce premier ordinateur, c’était quelque chose d’énorme », raconte-t-il.

Travail au pupitre de l’ordinateur IBM 1 401 à disques durs magnétiques de la SACM, à la pointe du progrès en 1962. Cet ordinateur était installé au premier étage du bâtiment 73, à côté des bureaux des méthodes textile et diesel.  Photo fournie par Patrick Perrot issue du f onds SACM du Cerare

Travail au pupitre de l’ordinateur IBM 1 401 à disques durs magnétiques de la SACM, à la pointe du progrès en 1962. Cet ordinateur était installé au premier étage du bâtiment 73, à côté des bureaux des méthodes textile et diesel.  Photo fournie par Patrick Perrot issue du f onds SACM du Cerare

La machine XXL servait « pour la comptabilité, les achats, les stocks, les fichiers du personnel, les paies… », explique Hubert Mattern. L’époque était aux cartes perforées et aux premiers disques magnétiques. « Il y avait un service perforation, avec 25 ou 30 filles. Elles travaillaient avec un genre de machine à écrire. Comme c’était assez stressant, elles avaient une pause durant laquelle elles pouvaient faire de la gymnastique pour se détendre ; à l’époque, c’était un peu d’avant-garde. Les disques étaient énormes. Tous les soirs, on faisait une copie des données qu’on mettait dans un bâtiment à côté pour avoir une sauvegarde au cas où il y aurait un incendie. C’était les temps héroïques de l’informatique ! »

Quand la machine ne fonctionnait pas, « on avait deux ou trois dépanneurs qu’on pouvait contacter », se remémore encore le Mulhousien, qui évoque aussi les services que pouvaient se rendre, en cas d’urgence, le service informatique de la SACM et ses homologues de l’usine Alsthom [avec un « h » à l’époque] de Belfort ou des Mines de potasse à Mulhouse.

Autre souvenir de la SACM conservé par Hubert Mattern : un presse-papiers que l’ancien informaticien a reçu en cadeau de l’entreprise.   Photo François Fuchs

Autre souvenir de la SACM conservé par Hubert Mattern : un presse-papiers que l’ancien informaticien a reçu en cadeau de l’entreprise.   Photo François Fuchs

« Toute la journée, on écrivait des programmes »

L’équipe d’Hubert comptait six personnes, « des analystes programmeurs, comme ils nous ont nommés. Toute la journée, on écrivait des programmes. Ce n’était pas comme aujourd’hui où vous achetez un logiciel, à l’époque, on faisait ça dans l’entreprise ».

Au début des années 1980, le Mulhousien a dû quitter le service informatique. « Un nouveau directeur est arrivé. Il a estimé que le service était vétuste, qu’il fallait des machines plus récentes. Et nous, les anciens, ils nous ont foutus dehors. C’était sympa… », ironise Hubert.

Il a fini sa carrière à la SACM en s’occupant de questions d’assurances et en s’investissant au sein du comité d’entreprise, au sein duquel, adhérent de la CFDT, il a siégé une dizaine d’années. « Je m’occupais du social, c’est-à-dire des campings qu’on avait à droite et à gauche, des colonies de vacances, des cadeaux de Noël, etc. »

À 93 ans, le retraité de la SACM continue à faire des vidéos lors de ses sorties en ville, dans la nature ou lors de ses déplacements. Il les partage sur sa chaîne YouTube.   Photo François Fuchs

À 93 ans, le retraité de la SACM continue à faire des vidéos lors de ses sorties en ville, dans la nature ou lors de ses déplacements. Il les partage sur sa chaîne YouTube.   Photo François Fuchs

Fin 1992-début 1993, période où le groupe finlandais Wärtsilä est devenu actionnaire majoritaire de l’entreprise, l’ancien informaticien a fait l’objet d’un licenciement économique. « Une entreprise, c’est bien. Mais quand une entreprise décline, c’est compliqué », commente le nonagénaire, qui continue à conduire sa Citroën C3 et à faire des vidéos qu’il partage sur sa chaîne YouTube. « Ça m’oblige à trouver des idées de sujet et à sortir. Ce qui concerne la ville marche mieux que la nature. Quand je fais une vidéo sur le marché de Noël de Mulhouse, par exemple, ça fait des centaines de vues. »

La table-ronde de ce jeudi 26 septembre se déroulera dans les locaux qu’occupe aujourd’hui KMØ, sur l’ancien site mulhousien de la SACM à la Fonderie.  Photo Vincent Voegtlin

Une table-ronde à KMØ ce jeudi

L’entreprise André Koechlin & Compagnie, qui deviendra la SACM, a été créée en 1826. Dans le cadre des nombreux événements programmés pour marquer le bicentenaire de cette naissance, une table-ronde sur le thème « Une journée à la SACM » est organisée ce jeudi 26 septembre, à 18 h, dans l’amphithéâtre de la Place du Village by CA de KMØ, 30 rue François-Spoerry à Mulhouse, sur le site historique de l’entreprise à la Fonderie.

Ce rendez-vous, ouvert à tous, est proposé par Yvan Renckly, René Reinauer et Yves Frey qui en sera l’animateur. D’anciens salariés de l’entreprise feront revivre par leurs témoignages une journée à la SACM pendant les Trente glorieuses.

« Travailler à la SACM dans les Trente glorieuses laissait espérer, à tous les niveaux de la hiérarchie, une progression par la formation continue […] Les conditions de travail étaient très différentes d’un poste à l’autre, ces situations ont laissé des souvenirs marquants, aussi bien individuels que collectifs », observent les organisateurs. Poursuivant : « Pourtant, ces salariés d’une même entreprise ne se connaissaient pas forcément, ils travaillaient sur des produits différents dans des organisations juxtaposées avec un seul lieu commun : la cantine ! L’éventail des métiers était vertigineux. La SACM était une ville dans la ville avec ses grands et petits métiers. Ses salariés profitaient d’une action sociale avancée : bibliothèque, sport, culture, colonies de vacances… »

L’entrée à cette table-ronde est gratuite. Réservation en ligne : https://my.weezevent.com/conference-une-journee-a-la-sacm

Dans le cadre des Journées du patrimoine, une visite commentée de l’ancien site SACM mulhousien est proposée le samedi 24 octobre.  Photo fournie - Drone Supervision

Les rendez-vous d’octobre

Les événements organisés pour marquer le 200e anniversaire de la création de l’entreprise André Koechlin & Compagnie, qui deviendra la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM), vont se poursuivre jusqu’à début 2027. Après la table-ronde de ce jeudi 24 septembre, trois rendez-vous sont prévus au mois d’octobre :

Mercredi 7 octobre, à 18 h , à KMØ (30 rue François-Spoerry à Mulhouse), conférence sur le thème « SACM, quelle belle usine ! », avec Pierre Vidal, du CCPM (Conseil consultatif du patrimoine mulhousien), Patrick Perrot, du Cresat (Centre de recherches sur les économies, les sociétés, les arts et les techniques), et Frank Schwarz, du service Inventaire et patrimoines de la Région Grand Est. Ils évoqueront l’histoire, des années 1820 à nos jours, d’une usine à l’architecture diversifiée.

Mercredi 21 octobre, à 18 h , à KMØ, conférence sur le thème « Réhabilitation douce et patrimoniale », avec l’architecte Guillaume Delemazure (DEA Architectes), qui évoquera la démarche de restauration des bâtiments de la SACM qui accueillent aujourd’hui KMØ, menée avec la double volonté d’en préserver l’authenticité tout en respectant les contraintes des normes actuelles.

Samedi 24 octobre à 14 h , dans le cadre des Journées de l’architecture, déambulation au Village Fonderie (départ devant KMØ). Cette visite commentée de l’ancien site mulhousien de la SACM sera conduite par Pierre Vidal, Patrick Perrot et l’architecte Pierre Lynde (Formats urbains).

On peut suivre l’actualité des rendez-vous du bicentenaire de la SACM sur la page Facebook dédiée : Histoire SACM

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