Mulhouse. À l’Afsco, l’espace snoezelen est un havre de paix pour les enfants et les auxiliaires

Snoezelen est un terme qui vient du néerlandais. Il est la contraction de snuffelen, qui signifie renifler, flairer ou explorer, et de doezelen, qui se traduit par somnoler, se détendre ou se relâcher. Un espace snoezelen, ou multisensoriel, est une pièce pensée pour apaiser, en stimulant les sens des enfants dans un environnement calme. Une pratique déjà utilisée dans des instituts accueillant des personnes en situation de handicap. L’Association familiale et sociale des Coteaux (Afsco) est l’un des premiers établissements de la région mulhousienne à s’en être équipé, avec une inauguration à la rentrée 2025. Un an après, l’espace a trouvé sa place dans les habitudes de l’équipe, qui accueille des enfants de 10 semaines à 3 ans.

Déjà adeptes de la salle snoezelen

Les enfants y viennent deux par deux dans la pièce, accompagnés par une auxiliaire de puériculture. Pendant ce temps, les autres petits du groupe sont en salle de psychomotricité avec une deuxième professionnelle. « Dedans, tout est pensé pour qu’ils soient à l’aise. Sans leurs chaussures, ils se déplacent librement dans la pièce et interagissent comme ils le veulent avec ce qu’ils veulent », explique Cécile Fulleringer, directrice de la crèche. L’adulte qui accompagne les enfants se fait volontairement discret et se met en retrait. « Ça fait du bien aussi aux professionnels », assure-t-elle.

Les séances ont lieu le matin, l’après-midi étant déjà bien chargée avec entre autres la sieste et le goûter. Anciennement un bureau, la pièce est légèrement en retrait de l’agitation habituelle de la salle de jeux. Elle fait à peu près la taille d’une chambre, soit une dizaine de mètres carrés. Au même moment, Kays se dirige à petits pas vers la salle. Son regard se pose sur la directrice, qui l’encourage à entrer : « Oui, vas-y Kays, Sandrine te rejoindra. »

Cécile Fulleringer est directrice de la crèche de l’Afsco. Elle a organisé deux jours de formation pour les auxiliaires de puériculture de l’établissement au sujet de l’espace snoezelen.   Dessin Bearboz

Cécile Fulleringer est directrice de la crèche de l’Afsco. Elle a organisé deux jours de formation pour les auxiliaires de puériculture de l’établissement au sujet de l’espace snoezelen.   Dessin Bearboz

Une bulle de sérénité

Dans la salle, les lumières sont éteintes et le volet fermé. Mais une colonne à bulles, haute d’un peu plus d’un mètre, éclaire la pièce. À côté, des fibres optiques diffusent elles aussi leur lumière. Au sol, des tapis et des poufs aux couleurs fluo permettent aux enfants de s’installer confortablement. « L’idée, c’est vraiment qu’ils puissent souffler. Il y a des casiers avec des objets de massage qu’ils peuvent utiliser comme ils l’entendent », explique Sandrine, auxiliaire de puériculture.

Le fond sonore joue un rôle important. Des musiques d’ambiance sont diffusées par une petite enceinte installée en hauteur. Deux disques y tournent en boucle, « Bébé zen » et « Musique douceur ». Des mélodies lentes, ponctuées de bruits d’animaux marins, une musique que Kays semble particulièrement apprécier. Il se place au milieu de la pièce et se balance doucement, de gauche à droite. Quelques instants plus tard, Ilian le rejoint dans l’espace snoezelen. Les deux enfants, qui viennent de quitter un groupe encore plein d’excitation, communiquent désormais à voix basse.

« La différence est frappante. C’est aussi un moment privilégié pour nous, auxiliaires, de voir les enfants évoluer dans ces espaces, de les voir interagir et essayer de les comprendre », détaille Sandrine. En 2024, alors que cette salle snoezelen n’avait pas encore vu le jour, les professionnelles avaient déjà mis en place des ateliers pour calmer les plus jeunes. « On pratiquait de la relaxation. Les enfants s’allongeaient sur des tapis et, dans l’obscurité, ils fixaient des planètes au plafond. C’était efficace, mais pas autant que la salle snoezelen », explique Sandrine. Les deux pratiques sont désormais combinées.

Véronique Greth est directrice adjointe de la crèche de l’Afsco. Elle a évalué le coût de l’espace snoezelen à 8 000 euros, en grande partie pris en charge par la CAF.   Dessin Bearboz

Véronique Greth est directrice adjointe de la crèche de l’Afsco. Elle a évalué le coût de l’espace snoezelen à 8 000 euros, en grande partie pris en charge par la CAF.   Dessin Bearboz

Des enfants soulagés

Après une vingtaine de minutes à l’écart du brouhaha, Sandrine sonne peu à peu la fin du temps calme. Spontanément, les enfants rangent les objets qu’ils ont sortis et l’aident à remettre la pièce en ordre. Kays et Ilian, tous deux âgés de deux ans, regagnent ensuite le groupe, qui s’apprête à aller déjeuner. Leur comportement contraste avec celui des autres enfants. Ils enfilent calmement leurs chaussures et se mettent en rang.

« On ne peut plus s’en passer désormais. C’est très vite rentré dans la pratique quotidienne », glisse Sandrine avec le sourire. Pour l’équipe, la pièce permet notamment d’offrir un temps à l’écart du groupe aux enfants les plus timides ou les plus nerveux, avant leur retour parmi les autres.

Sandrine est auxiliaire de puériculture depuis 15 ans. Elle a bénéficié pour la première fois de l’espace snoezelen à la rentrée 2025.   Dessin Bearboz

Sandrine est auxiliaire de puériculture depuis 15 ans. Elle a bénéficié pour la première fois de l’espace snoezelen à la rentrée 2025.   Dessin Bearboz

Un espace à 8 000 euros

Pour aménager l’espace, la direction s’est inspirée d’autres installations existantes. Les professionnelles ont également bénéficié de deux jours de formation à la fin de l’année 2024. « Elles ont bénéficié d’une approche théorique, avant une mise en situation dans des modèles déjà existants », expose Véronique Greth, directrice adjointe de la crèche. Au total, l’espace snoezelen aura coûté 8 000 euros, en grande partie financés par la CAF. Les parents ont eux aussi pu découvrir la pièce. Certains ont ensuite reproduit une partie de l’installation chez eux. « Ça aide certains d’entre eux à trouver le sommeil », poursuit Véronique Greth. L’espace commence également à susciter la curiosité au-delà de l’Afsco. « On a eu des sollicitations d’autres crèches pour découvrir le fonctionnement de cet espace », ajoute-t-elle.